‹ Quelques réformes dans les écoles primairesChapitre 30 sur 51 · SUR UN VOYAGE DE VACANCES · texte numérisé non relu

SUR UN VOYAGE DE VACANCES

ACCOMPLI PAR LES ÉLÈVBS DBS écOLES DE 0AHÇ0N3

Du XI* arrondissement ET SUR L'UTILITÉ DE CE GENRE DE VOYAGE

Depuis plusieurs années on s'est préoccupé vivement, et avec beaucoup de raison, de procurer aux enfants des écoles municipales des vacances agréables et utiles. On a pensé que s'il était bon pendant dix mois de les instruire en les distrayant, il n'était pas mauvais pendant les deux mois consacrés au repos de les distraire et de les amuser en les instruisant. Aussi la direction de l'enseignement primaire a créé et installé des classes de vacances à l'usage des enfants que les parents ne peuvent pas conserver chez eux, ou faire voyager, ou occuper uiilement

et esérieusemnt ; aussi, continuant sa marche dans la voie du progrès et, aidée du précieux concours des municipalités, des délégations cantonales et des caisses d'écoles, la direction de l'enseignement primaire a organisé des voyages de vacances. La Ville de Paris a tenu à appliquer aux enfants généralement pauvres et déshérités qu'elle appelle dans ses écoles, ce procédé ingénieux et fécond que des chefs d'institutions

puissantes et des directeurs d'établissements relevant de l'enseignement secondaire , ont appliqué fort heureusement soit à des élèves riches ou aisés, soit à des jeunes gens qui se sont distingués dans leurs études. C'est par de semblables mesures que la Ville de Paris peut rendre les plus signalés services à ses enfants et élever le niveau intellectuel et moral des élèves de ses écoles.

11 est inutile. Messieurs, d'examiner les conditions dans lesquelles le voyage des élèves des écoles du XI« arrondissement s'est accompli : cependant il est bon de rappeler que le droit de

voyagera été accordé aux quatre ou cinq meilleurs élèves des écoles de garçons seulement, que la durée du voyage était de huit jours et que les frais et dépenses ne devaient pas dépasser la somme de 3 100 francs. Tous ces enfants ont été appelés à visiter les villes de Caen, de Cherbourg, du Havre et de Rouen sous la direction de M. A. Huré et sous la conduite de plusieurs maîtres et du secrétaire général de la mairie, M. Taté, si rempli de zèle pour tout ce qui touche aux intérêts et aux progrès de nos enfants. — De retour à Paris, M. A. Huré a présenté un très complet rapport sur le voyage de vacances qu'il avait si intelligemment et si sagement, dirigé. Nous ne craindrons pas de faire quelques emprunts à cet excellent travail soit dans le cours, soit dans les conclusions de ce compte rendu.

C'est dans ces circonstances, que la municipalité du XV arrondissement a eu la très bonne pensée de demander à tous nos jeunes voyageurs de faire le récit de leur excursion et a établi entre eux, ce que nous pouvons appeler un

DANS LES ÉCOLES PRIMAIRES. iSÏ

concours de mémoire et de narration. — Presque tous les élèves ont pris part à ce concours et ont tenu à perpétuer le souvenir de leur voyage par le récit exact et détaillé des événements et des faits qui l'avaient rempli. Vingt-cinq compositions ont été adressées à la mairie.

Afin de les examiner et de les classer, vous avez pensé, Messieurs, qu'il y avait lieu de nommer une commission, vous avez, en même temps, confié i cette commission le soin d'examiner si le voyage de vacances avait été utile et avait produit de bons résultats; enflo, s'il fallait le modifier ou le conserver sans changement dans l'avenir.

C'est avec le plus vif intérêt que votre commission a pris connaissance des compositions de chacun des jeunes voyageurs. Elle vous demande la permission de présenter tout d'abord quelques observations générales sur l'ensemble des devoirs, puiselleferapassârsous vos yeux les notes particulières allribuées à chacun des concurrents.

Presque tous les élèves se sont attardés \ le récit des préparatifs i

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^i QUELQUES RÉFORMES

surtout attachés à décrire l'emploi des premières heures et de la première journée, quelques-uns de la seconde: c'est l'enthousiasme des débutants, il est beaucoup trop vif pour durer longtemps. Après les deux ou trois premiers jours, la fatigue physique survient et, avec elle, la lassitude morale et intellectuelle. Pour beaucoup d'enfants si le voyage a été un plaisir, la relation du voyage a été un devoir ennuyeux, disons mieux, un véritable pensum.

La plupart des copies trahissent un trop grand souci des plus petits et des plus mesquins détails; trop souvent les enfants préfèrent au spectacle de la nature le menu d'un repas et font plus de cas de leur déjeuner que d'un monument historique ! — Chez presque tous les élèves il y a des inégalités choquantes; tel qui décrit correctement les chantiers et les navires commet les plus grossières erreurs grammaticales, tel autre qui brille par la distinction des sentiments et se montre un admirateur intelligent de la nature se sert de tournures incorrectes et prodigue les

fautes d'orthographe; tel enfin qui a bien profité de son séjour à Caen, à Cherbourg et au Havre, n'a rien ou presque rien vu à Rouen.

La description [de la filature du Havre et celle de rétablissement de teinture et d'apprêt de M. Besselièvre ont été un véritable écueil pour la plupart de nos jeunes voyageurs. A l'exception de deux ou trois, presque tous ont mal ou incomplètement vu et jugé ces belles usines où se dressent et fonctionnent des machines compliquées, munies de rouages si nombreux et si variés. Cela tient, d'après ' le témoignage de M. Huré, à la difficulté que les enfants ont eue de voir autrement qu'un par un tous les appareils de ces établissements industriels et aux dangers que cette visite présentait; cela tient aussi, et surtout, à ce que les enfants étaient pour la première fois mis en présence des merveilles et des secrets de l'industrie. S'il est difficile à un adulte d'arracher à une manufacture l'explication de ses mystères et la révélation de ses procédés, combien est-ce plus malaisé pour des enfants que ce spectacle

frappe, surprend, nous pourrions presque dire, écrase pour la première fois ? Afin de remédier à de tels inconvénients, nous prenons la liberté de prier le directeur de l'enseignement primaire d'ordonner des visites plus fréquentes dans les établissements industriels de Paris, heureusement si nombreux et si intéressants. Que les enfants soient d'abord introduits dans les établissements publics et dans quelques manufactures privées dont les chefs ouvriront volontiers les portes, et ces premières visites prépareront nos enfants à mieux comprendre les procédés et à mieux apprécier les machines employées dans les grandes industries.

Après ces observations générales sur l'ensemble des compositions, nous prenons la liberté de vous soumettre l'appréciation de votre Commission sur chacun des élèves qui ont pris part au concours.

Contrairement à l'usage, nous commencerons par les plus mauvaises copies ; le maximum des points étant 20 (et nous avons été indulgents), il vous sera facile de voir que beaucoup de compo-

sitions sont médiocres ou passables * (4 élèves ont 6; 2,9; 6,10; 1,11; 1,12; 3,13); que quelques-

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