‹ Quelques réformes dans les écoles primairesChapitre 29 sur 51 · DES OBJETS DISTRIBUÉS · texte numérisé non relu

DES OBJETS DISTRIBUÉS

l'objet.

Blouses pourhomnicd. . .

Gilets dé flanelle

Camisoles de flanelle. . .

Gilets de tricot de laine.

Camisoles —

Chemises pom* hommes,

coton ëcru

Chemises pour femmes.

coton écru

Couvertures en cabri...

Toiles à paillasse

Il suffit de jeter les yeux sur ces chiffres et sur la nature des objets distribués, pour être convaincu que tous ou presque tous les vêtements donnés par les Bureaux de bienfaisance pourraient être confectionnés gratuitement par les enfants des écoles primaires.

Il suffirait que les Bureaux fournissent l'étoffe; il y aurait, grâce à ce moyen, une véritable économie ; l'argent qui représente le prix de façon des habillements ne serait pas déboursé et, avec les mêmes sommes, les Bureaux pourraient distribuer davantage aux pauvres. Au lieu d'un bienfait, du même coup il y en aurait plusieurs.

et les Bureaux de bienfaisance prêtant aux écoles un appui des plus précieux s'en verraient récompensés par un soulagement plus étendu de la misère.

A côté des réformes importantes, des modifications profondes que nous venons d'indiquer, il en est d'autres de second ordre que je me reprocherais de passer sous silence.

Compositions et concours. — Pour donner aux leçons de couture une efficacité plus grande, il serait bon de prescrire des compositions de couture, qui consisteraient dans des récompenses et des prix spécialement attachés à cet ordre d'éludés. Il ne suffirait pas de faire composer les élèves de la même classe ; il faudrait organiser des concours entre les élèves de la même école pour chaque cours et les élèves des écoles du même arrondissement. Les compositions et les concours seraient un stimulant pour les enfants et pour les maîtresses, peut-être même plus pour celles-ci que pour leurs élèves.

Inspecteurs. — Il serait bon, pour surveiller

la mise en pratique des mesures proposées, d'organiser un service d'inspection. Des inspectrices seraient chargées de s'occuper spécialement de la couture et leurs -» visites auraient lieu, au moins, deux fois par mois.

Matériel des cours de couture et de coupe. — Il ne serait pas indifférent d'attribuer aux écoles un matériel spécial aux cours de couture et de coupe. J'ai déjà eu l'occasion de me plaindre du matériel existant, on pourrait presque dire, qui n'existe pas; il faudrait combler au plus vite cette lacune. Puisque la Ville a un matériel scolaire qui tous les jours se développe et se complète, qui figure avec succès à toutes les expositions, pourquoi n'y ajouterait-elle pas une armoire destinée aux cours découpe et de confection?

Cette armoire comprendrait des corbeilles, des boîtes à ouvrage ou de coulure munies de ciseaux, de dés, d'aiguilles, de fil à bâtir, de fil à coudre, etc., des boutons, du papier bleu ou gris pour la coupe des patrons ; enfin des tissus tels que coton, toile, flanelle, fournis soit par la ville de

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Paris, soit par les Caisses des écoles et par les Bureaux de bienfaisance, soit par les municipalités, en même temps que par Tune et l'autre de ces institutions.

Machine à coudre. — Devrait-on faire rentrer dans le matériel scolaire la machine à coudre ? Grave question que je n'ai pas encore abordée, mais qui peut clore dignement la série des réformes déjà présentées. — Je l'avais soumise, dans mon enquête, aux directrices de nos écoles; presque toutes ont exprimé, en même temps, les craintes qu'inspire l'usage de la machine à coudre et le désir de la voir néanmoins pénétrer dans l'école, a J'ai souvent entendu dire, éwit M™® Joly, que la machine à coudre est fatigante pour les jeunes filles; mais comme elles ne pourraient pas travailler assez longtemps, il serait très bon de leur en apprendre le maniement. » — « Je pense qu'il serait utile, observe M°>«Collin, que chaque école possédât une ou deux machines à coudre. Puisque le fonctionnement de la machine constitue un état, il serait bon que les

élèves apprissent à la manier. » — Il convient d'ajouter que la machine à coudre n'est pas seulement un gagne-pain, un moyen de subvenir à son existence, elle est un instrument utile, presque nécessaire, et la plupart des médecins s'accordent à reconnaître que si, par hasard, la pratique exagérée de la machine à coudre peut présenter quelques inconvénients (ce qui n'est pas encore prouvé), son usage modéré intermittent, comme cela aurait certainement lieu dans une école, serait absolument înoffensif. Pour moi, je pense que l'introduction de la machine à coudre dans le matériel scolaire s'impose, est indispensable du moment qu'on veut apprendre sérieusement à coudre à toutes les enfants, et je ne craindrais pas d'ajouter dans le programme du cours supérieur l'étude pratique de la machine à coudre.

L'administration a fait un pas fort remarquable dans cette voie. Elle a prescrit l'étude théorique de la machine à coudre et a placé dans le programme des examens de coupe et d'as-

scmblage, des questions sur la connaissance des machines et sur leur emploie C'est là une mesure excellente, mais insuffisante; carie meilleur moyen de connaître les ^Sièces d'une machine à coudre est de la faire marcher au moins pendant quelque temps.

Il convient maintenant de résumer l'ensemble des réformes préconisées dans le cours de ce travail.

Depuis longtemps on se plaint, et avec beaucoup déraison, que les enfants, filles et garçons, quittent trop tôt l'école et qu'après avoir obtenu le certificat d'études si impatiemment, et souvent, si prématurément poursuivi, ils ne songent qu'à se jeter dans les bras d'une profession quelconque* D'autre part, on a observé fort judicieusement que les filles qui sont censées apprendre la couture sortent des écoles tout à fait inexpérimentées et ne peuvent^nême pas obtenir une réduction de

1. Manuel d'examen pour renseignement de la coupe et de l'assemblage f par Mme a. Giroux, p. 103.

DANS LES ÉCOLES PRIMAIRES. î223

leur apprentissage. De là le projet qui vient d'être développé.

Ce projet peut, à notre humble avis, être facilement réalisé aux conditions suivantes :

Pour les cours élémentaire et moyen, trois leçons supplémentaires par semaine ou deux leçons d'une heure et demie, de 4 heures à 5 heures ou

5 heures et demie.

Pour le cours supérieur quatre leçons supplé-

entaires d'une heure ou deux leçons de deux heu-

res, de 4 à 5 heures ou de 4- à 6 heures.

Ces leçons supplémentaires seraient faites par des maîtresses pourvues d'un diplôme spécial, dit diplôme de l'enseignement de la couture : les leçons du cours prescrites par le programme seraient laisséesàlachargedesmaîtressesordinaires.

Classement des élèves pour les leçons spéciales de couture suivant leur degré d'instruction et d'habileté.

Obligation pour toutes les filles d'assister aux leçons spéciales de couture; nécessité de réduire l'importance donnée aux cours de coupe et d'as-

Î'ÎX QUELQUES RÉFORMES

semblage el de placer avant, dans les programmes nouveaux, les cours de coupe et de confection. Une heure par semaine seulement pourrait être accordée aux cours de coupe el d'assemblage.

Organisation nouvelle permettant aux enfants de faire toutes sortes de travaux utiles. Les Caisses des écoles, les municipalités ou l'administration se chargeant de fournir les étoffes, les classes de couture du cours supérieur pourraient couper, bâtir et assembler les vêtements à confectionner.

Distribution par les maîtresses des classes de couture des ouvrages suivant leur nature et leur difficulté aux élèves des différents cours.

Affectation de tous les ouvrages confiés à ces enfants ou aux indigents ou aux enfants des écoles primaires.

Compositions et concours de couture, de confection et de lingerie, établis entre les élèves de la même école et les écoles du même arrondissement ou des divers arrondissements de la ville de Paris.

Examens et visites aussi fréquents que possible d'inspectrices.

Création d'un matériel spécial destiné aux

cours de couture.

Enfin introduction de la machine à coudre et addition dans le programme des cours de couture d'étude pratique et théorique de la machine à coudre.

Voilà, en quelques mots, une organisation nouvelle et complète des leçons et travaux de couture que l'administration- pourrait, suivant moi, appliquer de toutes pièces et le plus vite possible. Que l'essai en soit fait dans dix ou vingt écoles, ou dans une seule : peu importe, pourvu qu'il soit fait. Surtout pour retarder ou écarter définitivement la mise en pratique de nos réformes^ qu'on ne vienne pas dire que l'administration n'est pas restée inactive et s'est préoccupée de répandre et de vulgariser l'enseignement de la couture; qu'on ne vienne pas dire que les mesures prises sont suffisantes et rendent superflues les améliorations proposées. S'il est vrai que le préfet

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de la Seine, dans un arrêté daté du 16 avril 1881, a organisé des classes d'instruction professionnelle et ménagère annexées à l'école communale de jeunes filles située rue Violet, 36 ; s'il est vrai que dans un arrêté plus récent, en date du 20 juin 1881, le préfet a chargé le directeur de renseignement primaire de choisir les maîtresses spéciales chargées de ces enseignements techniques et fixé leurs émoluments; le problème que nous avons cherché à résoudre n'en reste pas moins sans solution.

Les arrêtés préfectoraux créent des classes d'instruction professionnelle et ménagère et spécialisent pour cet objet certaines écoles. Mais est-ce que, par hasard, toutes les filles qui ne se destinent pas à être des ouvrières n'auraient pas besoin d'être de bonnes ménagères? Est-ce qu'apprendre à être de bonnes ouvrières ou de bonnes ménagères doit être le privilège de certaines écoles? — La création de classes et d'écoles d'instructian professionnelle et ménagère ne tend-elle pas à matérialiser l'é-

cole et n'y introduit-elle pas, au plus grand préjudice de la culture intellectuelle, les exigences et les préoccupations de l'apprentissage? — Après tout ce que j'ai dit sur les dangers que fait courir à l'école la transformation en atelier, je crois inutile d'insister et je n'ajoute rien. L'expérience et l'avenir démontreront si le système inauguré par l'arrêté du 16 août 1881, et qui répond aux tendances, selon moi, très fâcheuses du Conseil municipal, doit être continué et étendu.

Avant de finir et pour finir, qu'il me soit permis de faire remarquer que nos réformes sont essentiellement différentes des procédés préfectoraux et municipaux. Elles tendent, non pas seulement h répandre, mais à généraliser et, si nous pouvons dire, à uniformiser les études de couture dans toutes les écoles de la Ville de Paris et pour toutes les filles : elles veulent, non pas seulement faire ou des couturières ou des lingères, mais des jeunes filles expérimentées dans l'art de la couture et tout à fait aptes aussi bien à devenir lingères, couturières, mécaniciennes, modistes, qu'à

être bonnes ménagères. — L'école qui donne l'instruction morale et intellectuelle peut-elle avoir la prétention de remplacer et de supprimer l'apprentissage? Ce serait folie de le croire; maïs elle peut singulièrement le simplifier et en réduire la durée. Ce rôle et cette ambition doivent seuls la préoccuper et lui suffire. Eh bien ! avec l'organisation des leçons et travaux de couture développés peut-être trop longuement et trop minutieusement dans les pages qui précèdent, il me semble que l'école peut retenir plus longtemps sur les bancs les enfants que le besoin et le désir du salaire sollicitent trop tôt, fournir aux jeunes filles le moyen de gagner plus vite et plus sûrement ce qui leur est nécessaire pour elles et leurs familles, et procurer à toutes un bien-être honorable qui les arrache aux mauvais conseils de la misère et les retienne dans les voies de la droiture et de l'honneur. Des écoles de filles qui prépareraient des ouvrières et des ménagères ne manqueraient pas de préparer des citoyennes et des mères de famille dignes de

porter ces noms et de remplir les grands devoirs que cette double qualité impose. Que l'administration accepte les modestes et très simples améliorations que je viens d'exposer et elle aura rendu service au pays età la société. C'est ainsi souvent que les plus petites et les plus humbles réformes produisent les plus grands et les plus féconds effets.

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