CHAPITRE PREMIER
Introduction. Travaux modernes.
Celui qui veut étudier lhistoire grecque, se trouve fort embarrassé s’il tient à ne traiter que des questions nouvelles. Tout a été si souvent et si abondamment discuté qu’il ne lui reste rien à faire, à moins qu’il n’examine avec l’aide des inscriptions quelque particularité très spéciale de l’époque hellénistique. Si l’étude de la décadence grecque lui semble dénuée d'intérêt, s’il désire s’occuper d’une époque moins attristante, il doit renoncer à l'espoir d’être le premier à parler d’un sujet neuf et se résoudre à rencontrer dans ses recherches beaucoup de prédécesseurs. C’est là aussi le sort de celui qui veut parler de l’œuvre de Solon.
Malgré une littérature considérable, ce sujet n’est pas absolument épuisé. Bien des questions ont été rouvertes par la découverte de l’’Afnvatwy rolreia d’Aristote. On a publié à cette occasion de très nombreux ouvrages et une quantité d'articles de revues; on a exposé beaucoup d’idées nouvelles ; on a remis en discussion bien des choses que l’on avait jusqu’alors crues fermement établies. Mais depuis quelques années cette exubérante production de la critique s’est un peu ralentie. Peut-être est-il encore temps de dégager de tout cela ve conclusions intéressantes.
Parmi les ouvrages modernes que j'ai étudiés avec le plus de profit et auxquels j'ai fait le plus d’emprunts!, je dois citer : tout d’abord les commentaires que MM. Keil et de Wilamowitz-Mœllendorf ont donnés de la Constitution d’ Athènes d’Aristote, peu après l'apparition de cette œuvre; puis l’Histoire de l’antiquité de M. Eduard Meyer et l'Histoire athénienne de M. de Sanctis. Mais c’est à la magistrale Histoire grecque de M. Busolt que je dois le plus. Les notes de cet ouvrage, si abondantes, si précises, si complètes, exposent d’une façon admirable l’état de la plupart des questions. Je puis dire que cette œuvre a servi de base à mon travail; sans ètre toujours parfaitement d’accord avec cet auteur, je l’ai cependant suivi de très près. Je cite parfois Fustel de Coulanges et Jakob Burckhardt. Je n’ignore pas les critiques nombreuses, parfois injustifiées, il est vrai, dont leurs œuvres ont été l’objet. Je n’aï pas cru cependant devoir passer sous silence leurs opinions lorsque, après examen, elles me paraissaient justes ou exprimées d’une façon intéressante.
Il ne m'était pas possible, dans les limites de cette dissertation, de parler en détail de toute l’œuvre attribuée à Solon. J'ai dû restreindre mon sujet: je me suis plus particulièrement occupé des circonstances dans lesquelles Solon est intervenu et de ses réformes économiques qui me paraissent de beaucoup les plus importantes. Je ne me dissimule pas les nombreuses difficultés que présente une étude semblable : je sais que les
1 Au moment où cette dissertation allait être mise. sous presse, j'ai eu connaissance d’un important mémoire de M. H. Swoboda, de l’Université de Prague. Ce travail intitulé : Beifräge sur griechischen Rechisgeschichte, a paru l’année dernière dans une revue d’histoire du droit (Zeitschrift der Savigny-Stifiung für Rechtsgeschichte. Romanistische Abteilung, XXVI, 1905). Sur certains points, en particulier dans le domaine juridique, où je suis incompétent, l’opinion de M. Swoboda est bien différente de celle des auteurs que j'ai suivis. J'ai pu constater, en revanche, que, en ce qui concerne l'histoire économique, j'étais arrivé souvent, quoique par d’autres chemins, aux mêmes conclusions que lui.
sources manquent, je connais l’extrême complexité des faits de cet ordre. Aussi n’ai-je pas la prétention d’être arrivé à des résultats définitifs ou à des conclusions nouvelles. Il me suffira d’avoir cherché à éclaircir certaines obscurités, d’avoir posé certains problèmes. De plus, en résumant ou en discutant les travaux et les hypothèses de savants allemands de premier ordre, par exemple les études si intéressantes de M. Pœhlmann! sur les crises sociales dans Pantiquité, il m’arrivera peut-être de mettre à la portée des lecteurs français bien des idées que ceux-ci n’ont pas toujours appréciées à leur juste valeur. Je serais loin de considérer ce résultat, si je l’obtenais, comme un des moindres de mon travail.
1 Voir la Bibliographie en tête du volume.