Sauvai met en note : Théophile
1357. Marcel, Prévôt des Marchands, y assassina en présence du Dauphin, Robert de Clermont, Maréchal de France, et Jean de Conflans, Maréchal de Champagne. »
« ... le guichet où furent lacérées les bulles de l'antipape Bénédict, et d'où repartirent ceux qui les avaient apportées, chapes et mitres en dérision, et faisant amende honorable par tout Paris? »
— Sauvai, 5 : « On déchira au Palais en 1401. les Bulles de l'Antipape Benedict : et ceux qui les avoient apportées y firent amende honorable, mitres et vêtus d'une tunique de toile, où ces Bulles et les armes de Benedict étoient peintes, renversées; et de là furent traînez dans un tombereau par les rues et les carrefours de Paris. »
« ... et la chambre dorée? et le lion de pierre qui se tenoit à la porte, à genoux, la tête baissée, la queue entre les jambes, comme les lions du trône de Salomon, dans l'attitude humiliée qui convient à la force devant la justice? » — Sauvai, 4 : « Le lion de pierre dorée, qu'on voit au-dessus de la porte, à genoux, la tête baissée, la queue entre les jambes, n'est là qu'afin de faire entendre que tout ce qu'il y a de grand doit s'humilier en entrant : aussi tient-on que les lions du Trône de Salomon signifîoient la même chose. »
« ... et les délicates menuiseries de Du Uancy? » — Sauvai, 4 : « Du Ilancy, célèbre menuisier sous Louis XII. apporta d'Italie cette manière de placage que les gens du métier appellent moderne, pour la distinguer de la gothique. »
« Que nous a-t-on donné pour tout cela, pour toute cette histoire gauloise, pour tout cet art gothique? les lourds cintres surbaissés de M. de Brosse, ce gauche architecte du portail Saint- Gervais, voilà pour l'art... » — Sauvai, 3-4 : « Depuis, cette salle a été rebâtie sous la conduite de Brosse, l'Architecte du portail St Gervais et du Palais d'Orléans. »
«... et quant à l'histoire, nous avons les souvenirs bavards du gros pilier, encore tout retentissant des commérages des Patrus. »
— Sauvai, 4 : « Touchant les piliers qui soutiennent la voûte, il y en a un qu'on appelle le gros pilier, non pas pour être plus gros que les autres, mais à cause que depuis une longue suite d'années, et même avant l'embrasement, il servoit de rendés-vous à un petit nombre choisi de personnes célèbres : et de fait présentement on y trouve d'ordinaire encore les Patrus, et autres de grand mérite que leurs ouvrages ont mis en réputation. »
« Les deux extrémités de ce gigantesque parallélogramme étaient occupées l'une par la fameuse table de marbre, si longue,
si large et si épaisse que jamais on ne vit, disent les vieux papiers terriers dans un style qui eût donné appétit à Gargantua, pareille tranche de marbre au monde... ». — Sauvai, 3 : « A l'autre bout de la salle étoit dressée une table, qui en occupoit presque toute la largeur, et qui de plus portoit tant de longueur, de largeur, et d'épaisseur, qu'on tient que jamais il n'y a eu de trancbes de marbre plus épaisses, plus larges, ni plus longues. »
«... l'autre par la chapelle où Louis XI s'était fait sculpter à genoux devant la Vierge, et où il avait fait transporter, sans se soucier de laisser deux niches vides dans la file des statues royales, les statues de Charlemagne et de saint Louis, deux saints qu'il supposait fort en crédit au ciel comme rois de France. » — Du Breul, 171 : « En l'an d 477. le Roy Louis unziesme ayant une dévotion particulière aux saincts Charlemagne etLouys jadis Roys de France, voulut que les statues ou images, qui estoient eslevees en ladite grand salle selon leur ordre, et les temps de leurs règnes, fussent transportées et eslevees sur deux colonnes aux deux costez de la chapelle dudit Palais, laquelle (selon Corrozet) il avoit fait faire. Et voulut aussi que sa statue le representast à genoux devant l'image de la Vierge Marie, ainsi comme on la voit encore. »
Pour faire cette description à demi historique du Palais de Justice, Victor Hugo n'a eu qu'à prendre dans un seul chapitre de Sauvai, à une seule page de Du Breul, les détails qui lui convenaient. Ce qu'il a su faire de ces matériaux est assurément merveilleux. Mais son procédé n'est pas toujours aussi simple. Il lui arrive de rapprocher des détails qui n'étaient pas destinés à se réunir. Il le faut bien quand il veut décrire ce qui n'a jamais existé, comme « le Retrait où dit ses heures Monsieur Louis de France ». (II, 304.)
C'est probablement dans Sauvai que Victor Hugo a trouvé le nom même de cette chambre. Mais ce n'est pas à propos de Louis XI que Sauvai cite l'expression. Il s'agit de Louis, duc d'Orléans, second fils de Charles V, qui, avec d'autres princes de la famille royale, habita l'hôtel Saint-Maur (II, 276). Sauvai parle de la grandeur des appartements qui leur étaient attribués. « Ces appartements étoient proportionnés chacun à la dignité et au rang des personnes. Et afin de faire voir qu'ils contenoient même des lieux superflus, le Duc d'Orléans avoit près de sa chambre jusqu'à des bains et des étuves, et de plus un cabinet qui lui servoit simplement à dire ses heures, qu'on appelloit le retrait où dit ses heures Monsieur Louis de France. »
Avant de décrire ce retrait, Victor Hugo dit un mot de la
chambre que Louis XI avait au Louvre, et dont la somptuosité effrayait ce roi bon bourgeois. « La grande chambre de cinq toises carrées qu'il avait au Louvre, avec sa grande cheminée chargée de douze grosses bêtes et de treize grands prophètes, et son grand lit de onze pieds sur douze, lui agréaient peu. 11 se perdait dans toutes ces grandeurs. Ce roi bon bourgeois aimait mieux la Bastille avec une chambrette et une couchette. » Sauvai indique les dimensions de la chambre du roi au Louvre (II, 275) : « Sa chambre avoit cinq toises et demie de longueur sur cinq de largeur. » Plus loin (279), décrivant « les dedans des maisons royales », il dit : « La cheminée de sa chambre (du roi) à l'Hôtel St Pol, avoit pour ornement de grands chevaux de Pierre; celle de sa chambre au Louvre, en 1365, étoit chargée de douze grosses bêtes et des treize grands Prophètes, qui tenoient chacun un rouleau. » A la page suivante, il parle des lits : « Les lits que l'on nommoit couches et couchettes, étoient extraordinairement grands : quand ils ne portoient que six pieds de long sur autant de large, on leur donnoit tout simplement le nom de couchettes; mais lorsqu'ils étoient de huit pieds et demi sur sept et demi, ou bien de onze sur dix, ou de onze sur douze, en ce cas là on les appelloit des couches. »
Alors vient la description de la chambrette de la Bastille : « C'était un réduit de forme ronde, tapissé de nattes en paille luisante, plafonné à poutres rehaussées de fleurs de lys d'étain doré avec les entrevoues de couleur, lambrissé à riches boiseries semées de rosettes d'étain blanc et peintes de beau vert-gai, fait d'orpin et de florée fine. » Sauvai (II, 279) nous apprend qu'en effet les chambres des maisons royales étaient nattées et richement lambrissées. « Les chambres, les salles, les galleries, et même les chapelles, étoient nattées, lambrissées de bois le plus rare qu'on pouvoit trouver... » Les fleurs de lys d'étain doré se voyaient dans les chambres du roi et de la reine (II, 279) : « Les poutres et les solives des chambres du Roi et de la Reine étoient rehaussées de Fleurs-de-lis d'étain doré, et les entrevoues de couleur en détrempe. » Pour les rosettes d'étain blanc nous trouvons une indication plus précise, « En 1365, le lambris de la chambre de parade du Roi, au Louvre, où il tenoit ses requêtes, étoit peint de rouge, et de rosettes d'étain blanc. » C'est à l'hôtel Saint-Pol qu'on voyait le beau vert-gai fait d'orpin et de florée fine (II, 281). Sauvai décrit une galerie que fit achever Charles V dans l'appartement de la reine. « Depuis le lambris jusques dans la voûte, étoit représenté sur un fond vert, et dessus une longue terrasse
qui regnoit tout au tour, une grande forêt, pleine d'arbres, et d'arbrisseaux... le tout étoit de beau vert-gai fait d'orpin et de florée fine. »
« 11 n'y avait qu'une fenêtre, une longue ogive treillissée de fil d'archal et de barreaux de fer, d'ailleurs obscurcie de belles vitres coloriées aux armes du roi et de la reine, dont le panneau revenait à vingt-deux sols. » C'est par de semblables croisées qu'étaient éclairées, d'après Sauvai, ]es chambres du roi et de la reine (II, 279) : «... les croisées treillissées de fil d'archal, et de barreaux de fer; d'ailleurs obscurcies de vitres pleines d'images de Saints et de Saintes, ou bien des devises du Roi et de la Reine, dont le panneau revenoit à vingt-deux sols ».
« Il n'y avait qu'une entrée, une porte moderne à cintre surbaissé, garnie d'une tapisserie en dedans, et, au dehors, d'un de ces porches de bois d'Irlande, frêles édifices de menuiserie curieusement ouvrée, qu'on voyait encore en quantité de vieux logis il y a cent cinquante ans. Quoiqu'ils défigurent et embarrassent les lieux, dit Sauvai avec désespoir, nos vieillards pourtant ne s'en veulent point défaire et les conservent en dépit d'un chacun. » Sauvai décrit en effet ces porches de bois d'Irlande, et sa description se termine par la phrase que cite Victor Hugo (II, 278) :
« On ne trouvait dans cette chambre rien de ce qui meublait les appartements ordinaires, ni bancs, ni tréteaux, ni formes, ni escabelles communes en forme de caisse, ni belles escabelles, soutenues de piliers et de contre-piliers à quatre sols la pièce. » Tous ces détails sont dans Sauvai (II, 279). « Les sièges ordinaires des chambres, et même de la chambre du Roi, aussi bien que de celle de la Reine, depuis St Louis jusqu'à François I, étoient des escabelles, des bancs, des formes, des tréteaux; et il n'y avoit que la Reine qui eut des chaises de bois pliantes. On usoit alors de deux sortes d'escabelles : les communes étoient pleines, garnies de panneaux de bois des quatre côtés, comme un coffre ou une caisse, et coutoient trois sols la pièce; les belles étoient soutenues sur des piliers et contre-piliers, celles-ci valoient quatre sols. »
« On n'y voyait qu'une chaise pliante à bras fort magnifique; le bois en était peint de roses sur fond rouge, le siège de cordouan vermeil, garni de longues franges de soie et piqué de mille clous d'or. » C'est exactement ainsi que Sauvai décrit les chaises pliantes dont il a parlé un peu plus haut (II, 279) : « Les chaises pliantes étoient à bras, le bois peint de roses rehaussées d'or sur un fond rouge, Je siège de cordouen vermeil, c'est-à-dire de cuir
de Cordoue rouge et toutes garnies de longues franges de soie, attachées avec des doux dorés. »
« Enfin au fond un simple lit de damas jaune et incarnat, sans clinquant ni passement; les franges sans façon. C'est ce lit, fameux pour avoir porté le sommeil ou l'insomnie de Louis XI, qu'on pouvait encore contempler, il y a deux cents ans, chez un conseiller d'État, où il a été vu par la vieille madame Pilou, célèbre dans le Cyrus sous le nom à'Arricidie et de la Morale vivante. » C'est dans Pierre Mathieu (p. 492) que Victor Hugo a trouvé la description du lit de Louis XL « On void aujourd'huy à Paris en la maison d'un Conseiller d'Estat le lict où il couchoit, et on ne le peut voir sans s'estonner du luxe de ce siècle et de la simplicité de celuy-là. Il est de damas jaulne et incarnai sans clinquant ni passement, les franges sans façon. » Quant à la vieille madame Pilou, elle est nommée plus d'une fois par Sauvai, et même, dans un passage, avec les détails qu'ajoute Victor Hugo, mais il ne s'agit pas du tout du lit de Louis XL Sauvai (I, 189) dit combien était générale autrefois l'habitude d'aller à cheval dans Paris. « La vieille madame Pilou, célèbre dans le Cirus, sous le nom d'Arricidie, et de la Morale vivante, m'a dit qu'en sa jeunesse les Grands de France... alloient ainsi par la Ville l. »
Les adaptations sont très fréquentes dans Notre-Dame de Paris. Gringoire, passionné pour l'architecture, veut faire admirer à Claude Frollo la chapelle du logis qu'on appelle le For-1'Evêque (II, 245-46). « Est-ce que vous ne trouvez pas, par exemple, cette métamorphose de basse-taille exécutée avec beaucoup d'adresse, de mignardise et de patience? » Cette phrase de Gringoire paraît bien avoir été empruntée à Sauvai. Elle s'applique, chez lui, à un édifice qui n'existait pas encore au temps de Gringoire, le château de Madrid, construit au bois de Boulogne par François Ier et Henri IL (II, 308.) « Le plus grand des escaliers y est admiré à cause de son noyau creux, et que son rampant est enrichi de métamorphoses de basses-tailles exécutées avec beaucoup d'adresse, de tendresse 2 et de patience. » Puis Gringoire fait entrer l'archidiacre sous la tourelle de l'escalier du For-1'Évêque. « Voilà un escalier! chaque fois que je le vois, je suis heureux. C'est le degré de la manière la plus simple et la plus rare de
1. Victor Hugo place dans le retrait de Louis XI un chauffe-doux. Nous lisons dans Sauvai (II, 2TJ) : « Jusques dans les galleries et les chapelles il y avoit des cheminées et des poëlles, qu'ils appelloient chauffe-doux. »
2. Victor Hugo a remplacé tendresse par mignardise . Sauvai (11, 112) parle du balcon du Palais-Cardinal « ciselé avec plus de tendresse, de mignardise et de patience que ne pourroit estre l'argent... »
Paris. Toutes les marches sont par dessous délardées. Sa beauté et sa simplicité consistent dans les girons de l'une et de l'autre, portant un pied ou environ, qui sont entrelacés, enclavés, emboîtés, enchaînés, enchâssés, entretaillés l'un dans l'autre, et s'entremordent d'une façon vraiment ferme et gentille. » Cette description est prise mot pour mot dans Sauvai1 (I, 436). Mais dans Sauvai, elle s'applique à un escalier du couvent des Bernardins2.
Quand Gringoire traverse la Seine avec l'archidiacre et la Esmeralda, il leur décrit le logis Barbeau qu'on aperçoit près de la rive (II, 366) : « C'est un beau logis. Il y a une chapelle couronnée d'une petite voûte pleine d'enrichissements bien coupés. Au-dessus vous pouvez voir le clocher très délicatement percé. Il y a aussi un jardin plaisant qui consiste en un étang, une volière, un écho, un mail, un labyrinthe, une maison pour les bêtes farouches, et quantité d'allées touffues fort agréables à Vénus. Il y a encore un coquin d'arbre qu'on appelle le luxurieux, pour avoir servi aux plaisirs d'une princesse fameuse et d'un connétable de France galant et bel esprit. » La petite voûte pleine d'enrichissements bien coupés, nous la retrouvons dans Sauvai, mais au lieu d'être une voûte de chapelle c'est une voûte d'alcôve. Il s'agit encore du château de Madrid (II, 308) : « On y voit des alcôves couronnées d'une petite voûte pleine d'enrichissemens bien coupés. » Le jardin plaisant, avec l'étang, la volière, etc., est aussi, dans Sauvai, un jardin qui n'existait pas au xve siècle. C'est tout simplement le jardin des Tuileries (II, 286) : « Derrière le Louvre est le Jardin des Tuilleries, long de trois cens toises ou environ, et fait par Catherine de Medicis pour accompagner son Palais. Il consiste en un étang, une volliere, un bois, une orangerie, un écho, un labyrinthe, un mail, une maison pour les bêtes farouches, et quantité d'allées couvertes d'arbres touffus que la fraîcheur de l'ombre rend tout à fait délicieuses. » Enfin le « coquin d'arbre » se trouvait dans le jardin de l'hôtel de Guise. Il en est question à la même page de Sauvai. « Le Jardin de l'Hôtel de Guise, Fêtes et Dimanches, regorge de petit peuple l'après-diné; pour les autres jours, il ne s'y trouve que d'honnêtes gens le soir, On y a fait voir un arbre qu'on appelle le luxurieux, pour avoir servi aux plaisirs d'un Maréchal de France, galant et bel esprit, et d'une Princesse autant fameuse par sa beauté que par ses amours. »
1. La seule différence c'est que Sauvai dit : (Tune façon aussi ferme que gentille. 2 C'est sans doute parce que Victor Hugo a dans l'esprit le nom de ce couvent que l'archidiacre entraine Gringoire dans la rue des Bernardins.
Une autre adaptation assez curieuse, c'est la description des peintures qui ornent la maison de Coictier, rue Saint-André-des- Arcs1. Coictier les décrit à Louis XI en lui demandant de l'aider un peu en la bâtisse de sa maison. « Je suis au bout de ma finance, poursuivit le docteur, et il serait vraiment dommage que la maison n'eût pas de toit. Non pour la maison, qui est simple et toute bourgeoise, mais pour les peintures de Jehan Fourbault1, qui en égayent le lambris. Il y a une Diane en l'air qui vole, mais si excellente, si tendre, si délicate, d'une action si ingénue, la tête si bien coiffée et couronnée d'un croissant, la cbair si blanche qu'elle donne de la tentation à ceux qui la regardent trop curieusement. Il y a aussi uneCérès. C'est encore une très belle divinité. Elle est assise sur des gerbes de blé et coiffée d'une guirlande galante d'épis entrelacés de salsifis et autres fleurs. Il ne se peut rien voir de plus amoureux que ses yeux, de plus rond que ses jambes, déplus noble que son air, de mieux drapé que sa jupe. C'est une des beautés les plus innocentes et les plus parfaites qu'ait produites le pinceau. » Cette Diane et cette Cérès ne sont pas des figures imaginaires. Mais c'est seulement sous Louis XIII qu'elles furent peintes. C'est à cette époque que Jacques Blanchard orna la galerie basse de l'hôtel de Bullion de peintures allégoriques représentant les douze mois. Sauvai les décrit longuement, et s'arrête surtout aux deux mois dans lesquels sont représentées Diane et Cérès (II, 4 94). « Mais surtout je ne saurois me taire d'une Diane sur une nue qu'on voit dans son mois de Novembre... ses yeux gracieux et bien fendus, ses joues fraîches et vermeilles, ses bras ronds, sa gorge blanche, son air noble, sa tête bien coéffée et couronnée d'un Croissant, donnent de
1. Cette maison ne fut construite qu'après la mort de Louis XI.
2. Victor Hugo parle ailleurs de Jehan Fourbault (I, 87). « On avait attaché aux maisons de la tète du pont (au Change) trois drapels représentant le roi, le dauphin et Marguerite de Flandre, et six petits drapelets où étaient pourtraicts le duc d'Autriche, le cardinal de Bourbon, et M. de Beaujeu,et madame Jeanne de France, et M. le bâtard de Bourbon, et je ne sais qui encore; le tout éclairé de torches. La cohue admirait. — Heureux peintre Jehan Fourbault! dit Gringoire avec un gros soupir. » Telle paraît avoir été en effet la spécialité de Jehan Fourbault, qui est mentionné dans les Comptes de la Prévôté. P. 442 (1481) : « A Jehan Fourbault peintre demeurant à Paris, la somme de six livres parisis, qui due lui étoit pour avoir besogné de son mestier, à avoir pourtrait en six petits Drapelets le Prince d'Orange, seigneur d'Argueul et le sieur de Fiennes, contenant huit Drappels environ trois pieds en quarré, qui mis et attachés ont été par l'Ordonnance dudit Seigneur, tant à l'Hostel de la Ville, le Palais et Chastelct, dont les deux furent dessirés au prix de vingt sols parisis chacun Drapelet, par marché fait, etc. » — P. 415 (1485) : « A Jehan Fourbault peintre, demeurant à Paris, la somme de quatorze livres quatre sols parisis, pour ses peines et salaires d'avoir fait plusieurs ouvrages de son métier ou ministère qui a été fait devant le Chastelet à la première entrée du Roi notredit Seigneur en cette ville de Paris. »
la tentation à ceux qui la regardent trop curieusement. » Sauvai admire en particulier le mois d'août, où Flore et Cérès assistent au défi de Pan et d'Apollon. « A la vérité Flore est une très belle Déesse, la beauté de Cerès néanmoins est toute autre. Cette Divinité est assise sur des gerbes de bled, et coéfTée d'une guirlande d'épics, entrelassée de salsifies, et de ces autres fleurettes, dont les bleds d'ordinaire sont entremêlés; qu'une coéffure si simple est galante, et qu'elle accompagne bien son beau visage! Il ne se peut rien voir de plus gracieux que sa tête, de plus amoureux que ses yeux, de plus doux, ni de plus noble que son air, rien enfin de plus rond que son sein, ses bras, ses mains et ses jambes : sa juppe est si bien drappée; en un mot c'est une des beautés les plus iunocentes et les plus parfaites qu'ait produit le pinceau. »
Si nous revenons à des descriptions plus réelles, nous n'en trouverons pas dont les détails coïncident aussi exactement avec un texte que ceux de la description de la Grand'Salle, même quand Victor Hugo décrit l'Hôtel de Ville, Noire-Dame, l'hôtel Saint- Pol ou Montfaucon. Cependant beaucoup de traits encore nous permettent de voir combien il a suivi de près les textes qu'il a consultés. Les trois noms de l'Hôtel de Ville, la maison au Dauphin, la Marchandise, la maison aux Piliers, donnes ad piloria, ses trois parties essentielles, la chapelle, le plaidoyer, l'arsenal, les fleurs de lis de Mathieu Biterne, le nouveau bâtiment construit d'après les plans et sous la direction de Dominique Bocador, tout cela se trouve dans Sauvai comme dans Victor Hugo1. Pour Notre-Dame, c'est sans doute à Du Breul qu'il doit la citation latine résumant l'aspect imposant de la cathédrale, quae mole sua terrorem incutit spectantibus2. C'est d'après Du Breul aussi qu'il parle des portes de l'édifice3, des statues de rois ornant le premier étage de la façade \ des innombrables statues qui peuplaient autrefois les entrecolonnements de la nef et du chœur5, du pavé
1. Notre-Dame, I, 91-92, 100; Sauvai, II, 325, 480-83. — Victor Hugo parle de la fièvre de Saint-Vallier. Il en est question clans Sauvai, II, 591.