‹ Quelques sources de "Notre-Dame de Paris"Chapitre 29 sur 30 · Il faut peut-être lire plates · texte numérisé non relu

Il faut peut-être lire plates

lances et d'archegayes et quantité d'autres armures nécessaires pour la garnison du Louvre. »

Louis XI, se récriant sur les dépenses de sa maison (II, 310), dit à Olivier le Daim : « Tous les mugofs du Louvre fondront à un tel feu de dépense. » Victor Hugo a probablement trouvé ce mot dans Sauvai (II, 319). On voit par le-passage de Sauvai que le mot n'était plus dans l'usage courant au xvne siècle. « Jusqu'à François I, les trésors de nos Rois étoient en masse, dont la Chambre du Trésor de Paris quelquefois, et quelquefois les Officiers de l'Epargne et des Finances avoient la direction. Souvent ce n'étoit qu'un gros magot ou mugot(car pour un A ou un U, il ne faut pas se mettre mal avec ses amis), et nos Rois faisoient porter à ce magot tout l'or et l'argent qu'ils pouvoient épargner. »

Gringoire dit en parlant de Louis XI (II, 364) : « C'est un vilain méchant vieux roi. Il est tout embrunché dans les fourrures. » Le mot embruncher est bien fréquent dans l'ancienne langue, et il est plus d'un endroit où Victor Hugo a pu le trouver. Cependant, comme il parle, dans un autre chapitre, de l'exécution du connétable de Saint-Pol, on pourrait penser à cette phrase de la Chronique scandaleuse : « Et estoit ledit Mgr. le Connestable vestu et habillé d'une cappe de camelot doublée de veloux noir, dedans laquelle il estoit fort embrunché. » (L.-D., 122; B. de M., 350-51.)

Du reste Victor Hugo n'a pas cherché l'archaïsme d'une façon choquante. Il a usé des vieux mots avec beaucoup de réserve, et l'on a pu voir dans plusieurs cas qu'en empruntant tel ou tel passage, il substituait au mot ancien, même très intelligible, un mot plus moderne. Je n'en rappellerai qu'un exemple. P. Mathieu disait : « Son épargne est la râtelle qui s'enfle de la maigresse des autres membres. » Victor Hugo remplace maigresse par maigreur.

J'ai cité au commencement de cette étude une lettre au libraire Gosselin. Je terminerai en la rappelant. On a pu voir que Victor Hugo reste toujours fidèle à sa conception du roman historique. On a pu constater dans tous ses emprunts le même souci, celui de faire un xve siècle vrai le plus souvent possible, et toujours vraisemblable. Quant à la légitimité de ces emprunts, personne sans doute ne la contestera. Victor Hugo n'a pas cherché à les dissimuler, puisqu'il cite souvent ses sources. Mais à quoi bon le défendre quand personne ne pense à l'attaquer? On pourrait dire de lui ce qu'il disait de Shakespeare : « C'était un puissant assimilateur. Il s'amalgamait le passé. »

Coulommiers. — Imprimerie Paul BRODARD.

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