édition, 4 volumes in-8°. Paris
8. Le Roman historique à V époque romantique. Paris, 1898, p. 336, note.
tique, des noms empruntés à des documents qui sont réellement du xve siècle, ou qui s'en éloignent assez peu. Gentilshommes et bourgeois, artisans, truands même et « femmes amoureuses » se présentent à nous sous des noms qui sont bien de leur époque. Dans beaucoup de cas, il est vrai, le nom est tout aussi bien de la nôtre, mais ce qui montre alors qu'il est cependant emprunté, c'est la concordance du prénom et souvent de la profession. D'ailleurs, en général, Victor Hugo a choisi des noms assez rares pour que l'emprunt ne soit pas douteux.
Il a très réellement existé un Claude Frollo et un Jehan Frollo. Victor Hugo dit : « Comme possesseur de ce tief (Tirechappe), Claude Frollo était un des sept-vingt-un seigneurs prétendant censive dans Paris et ses faubourgs; et l'on a pu voir longtemps son nom inscrit en cette qualité, entre l'hôtel de Tancarville, appartenant à maître François le Rez, et le collège de Tours, dans le cartulaire déposé à Saint-Martin-des-Champs. » (I, 219.) La précision du renseignement n'est pas fictive. Du Breul (p. 806) donne une liste dans laquelle le nom de Claude Frollo figure au rang indiqué; et il ajoute : « J'ay eu coppie de ce Catalogue par le moyen de Dom Martin Marrier Religieux de S.-Martin-des- Champs, homme studieux et qui n'espargne aucun travail pour le profit et illustration de sa maison. » Quant au nom de Jehan Frollo, c'est celui d'un auditeur du Châtelet, qui, en 1539, fut condamné « pour l'homicide par lui commis en la personne de Rabet Esmangart, Sergent à verge au Chastelet, à estre pris et appréhendé où il seroit, et par figure à faire amende honorable au parvis dudit Chastelet, ce fait traisné sur une claye depuis le Chastelet jusques devant l'Hôtel dudit delîunt, devant lequel avoir le poing coupé, et d'illec traisné jusqu'au Pilori, et avoir la tête coupée, son corps pendu au gibet de Paris. » Les Comptes de la Prévôté, qui se trouvent dans le troisième volume de Sauvai, nous indiquent (p. 621) toutes les dépenses qui furent faites à cette occasion. Le nom de Chàteaupers n'est pas davantage un nom forgé par Victor Hugo. On le trouve au moins deux fois dans les Comptes de la Prévôté 1.
Pour les moindres personnages du roman, pour ceux même qui n'ont aucun rôle, dont le nom est seulement prononcé, Victor Hugo a eu le même souci de la vraisemblance historique. Dans le premier chapitre, deux bourgeois ont à subir les quolibets des
1. P. 488 : « Noble homme Ambroise de Chasteaupers, Esouyer, Seigneur de Gressy en France »; — P. 598 : « M'e Pierre de Chasteaupers Prestre, Chanoine de Paris. »
écoliers : Gilles Lecornu, maître pelletier fourreur des robes du roi, et Andry Musnier, libraire juré de l'Université. On voit plusieurs fois dans les Comptes de la Prévôté le nom de Gilles Lecornu, non pas pelletier fourreur, mais « Notaire et secrétaire du Roi notre Sire et Ghangeur de son Trésor ' ». Andry Musnier, lui, avait réellement été libraire juré de l'Université, mais il était mort au plus tard en 1476 \ L'anachronisme n'a pas grande importance. Bientôt paraît le cortège universitaire, et les écoliers font pleuvoir sur lui les sarcasmes. Nous entendons interpeller entre autres Joachim de Ladehors, Louis Dahuille, Lambert Hoctement, l'abbé Claude Ghoart, Simon Sanguin, l'électeur de Picardie. Si ces noms n'étaient pas universitaires, ils étaient du moins connus dans Paris. Joachim de Ladehors fut longtemps prisonnier au Châtelet et au For-1'Évêque3. Louis Dahuille, clerc des comptes du roi, figure clans les Comptes de la Prévoté en 1491 (p. 499). On y rencontre plusieurs fois les noms de Lambert Hoctement, orfèvre, et de Simon Sanguin, chaussetier\ En 1505, on y voit figurer honorable homme Claude Choart, marchand et bourgeois de Paris (p. 536). Les écoliers crient à Claude Ghoart : « Abbé Claude Choart! docteur Claude Choart! Est-ce que vous cherchez Marie la Giffarde? — Elle est rue de Glatigny. » Marie la Giffarde aurait sans doute été fort déplacée rue de Glatigny. C'était la veuve de messire Pierre des Essars, chevalier. Son nom se trouve très souvent dans les Comptes de la Prévôté 5. Enfin Robin Poussepain, le fidèle camarade de Jehan Frollo, est, en 1484, un mercier dont l'étal est « assis en la galerie du Palais » 6.
Puis viennent les noms de Michel Giborne, qui, dans la moralité, joue le rôle de Jupiter; de Richarde la Garmoise, et de Thomasse la Saillarde, que « ne haïssait pas le cardinal de Bourbon » (p. 50), de Simone Quatrelivres, Agnès la Gadine, Robine Pie-
1. P. 415. On trouve aussi dans les Comptes (p. 413) Jehan Le Cornu, clerc civil du greffe du Châtelet.
2. Comptes de 1476, p. 426 : « Thomas Gobelin, Marchand Bonnetier et Bourgeois de Paris, pour les ventes d'une maison scise à Petit-Pont à l'opposite de l'Hostel- Dieu de Paris, où pend pour enseigne l'Empereur, qu'il acquit de Thomasse. veufve de feu Andry Musnier, en son vivant l'un des quatre Libraires-Jurés en l'Université de Paris... »
3. Comptes, p. 489. « Joachim de la Dehors prisonnier au For-1'Evesque où il avoit été transféré du Chastelet, pour maladie. »
4. P. 49!). « Lambert Hoctement, Orfèvre demeurant à Paris... » — Page 437 : « Simon Sanguin, Chaussetier... ■> On trouve aussi (p. 508) : « Simon Sanguin Gruyer de la Forest de Livry et Lannoy. »