Chapitre dé S t.-Denis. 21 bulletin des Lois
Id, chantres et choçurs. 16
Bourses des sémiDah^es. 3,5ooy
I^a seconde amélioration à. faire , est d'assigner un fondsi OMiyenable pour donner des bourse^ 4Ux. jeunes gens pauvres qui se destinent à Mat eccléi siastique; ' '
La troisîèiiie et la plus essaitielleest de supprimer complètement les petits sémioi^ires^ et de réduire considéraUement le nombre des grands sé« iniaairesy eu organisant sur un meilleur pied ceux qui seront conservés. Pour ce dernier objet les uni^ versités catholiques allemandes peuvent nous servir de modèle.
On ne sait pas en Allemagne ce que c'est qu'un petit séminaire, et on se garderait bien de conserver une institution qui dès lenfance dispose de la vocation des hommes, les met en dehors du monde et les expose à ne le connaître qu'au moment où ils y ont en quelque sorte renoncé. Tout individu qui se destine à l'état ecclésiastique est obligé d'abord de fréquenter les gymnases^ comme tous les autres en&ns. Des bourses y sont données aux en&ns pauvres pour suivre toutes les professions* Une fois le cours terminé, il entre à l'université pour y suivre pendant deux années les cours de philosophie (1)9 aussi bien que ceux qui se destinent au droit, au professorat ou à la médecine. Ce n'est qu'après ces deux années de philosophie que chaque élève choisit sa vocation spé" ciale et suit à son gré, soit la faculté théologi-^ que^ soit toute autre facuUé.
(1) Dans le grand^dudié de Baden , on peut atusi Uke d'avance les daux années de philosophie dans les lycées 4e Carsiruhe , Manheim et Constance.
Cecoui*$ de théologie, pour lequel des fonds spë« oaux sont destinés, afin d'en faciliter Taccès anx classes pauvres^ dure trois années. Ju$que*là tous ks jeunes gens de toutes les professions ont vécu ensemble, et ont appris à connaître le monde. Quand ils choisissent la théologie, c'est donc parceque leurs goûts se portent de ce coté, et après que leur raison leur a appris à discerner que c'était, entre toutes les vocations, celle qui leur convenait le mieux. Des examens sévères sur les langues orientales, sur le droit canonique, sur l'histoire ecclésiastique, sur toutes les branches enfin de la théologie, terminent ces trois années, après qu<n seulement commence la réclusion. L'étudiant en théologie entre alors dans un séminaire, pour feire l'application complète de toutes les connaissances qu'il a dû acquérir sur les diverses branches de son nouvel état, telles que la lithurgie, le caté* chisme, bi prédication, pour y vivre dans la retraite pendant une année scolaire, et se préparer à la vie paisible et calme qu'il va désormais être appelé à mener. C'est là qu'il commence à porter le costume ecclésiastique. Au bout d'une année, il est envoyé, coipme vicaire dans une paroisse, sous un curé formé d'après les mêmes principes, et apporte au corps entier son contingent de lumières et de moralité. J'ai beaucoup examiné le clergé catholique du pays deBaden, et je déclare que non-seulement il ne le cède en rien par ses connaissances
au clçi'gë; piSdtèstaaty. mais qu'il lui est mêuie de beaucoup supérieur ea lolérance. Le curé. d'un vilUige badois est un iutennédiaire entre les classes les .plus ëckii*ée$, dootil se rapproche par ses çtudes et ses faabitudçs^ et les classes les plus iguQrautes, avec lesquelles l'^^ercicecle ses dermrs le met cpnstammesit ^u contact. Plus que persoau^ \ï , contribue à rapprocher tes ^roiàres des pre« ^)ières» ^a leur distribuât la scioMse avec imteU geoce. IjQÎa de chercher à eatv^^enîr les idées. su« p^stitieuses^ les pratiques mescjuiiies, lesiiusses dévotions des siècles grossiers dans lesaçré«CG9ur>etc«^ eu un mot toutes les apparences de piété sans réa« lité morale^ ils sont les premiers à appeler l'examen^ à rendre à certaines cérémonies leur sens, allégorique et moral^ à rattacher constamment le christ tianisme à nnç mojrale épurée. J'ai vu un euro déchirer les images qu'on lui apportait à bénir^ pour les vendre dans des foires; en demandant si on : le prenait pour un capucin, et indemniser à j^s frais la famille qu'il amenait à quitter ce sot métier de vendeur d'images bénites. Un autre blâmait devant moi un pasteur protestant d'avoir ^it en chaire qu'on n'était sauvé que par le pro*^ teçtantisme. Je bai demandai s'il ne disait pas, lui, qu'on n'était sauvé que par le catholicisme. Il me répondit qu'il s'en garderait bien, et que jamais, à Vforjn^ ni dans le pays de Darmstadt , un prêtre çatl¥>liqiie n'oseraîty sous peine de réprimande se»
vère du goti verraient et de sçs chefs ecclé3ia$tâ<r ques, se livrer f des comparaison^ fâcheuses, ou prêcher sur la morale commune |i tous, Quand on yeuljseljiYrer àd^mouvemen^d'éloqnance dogmati^. q\}ey <)u les réserve pour le christianisme en général*
J'ai vu dans une école dç vill^gQ un curé intcrn rçge^r ^e^en&ns pro^os^ai^s ayep kçi^téçhismepifov ^es|ant, Içs cjatholiqu^e^ ayec le oaié^i^me cathi>jyii q\key et \es enfaps j u^ ^ur les pjincip^ de la reUgion iuive, saps cherclpipf*^ trahir lacçnfî^^nce des pareoj| p9f* dps çpi^versiqn^.
^ Vfl auti^e n'hésita pas à faire ti^ap^porter dans^ VégUse Iç corps d'une pauvre ^Mivey^titQuvé^ sur le grand cbemin» attendu, qu'il n'y ay^it là aucun prêtre juif pour s'acquitter d«is fonctions, die la prière, et qu'il ne voulais pas préjuger le défaut de conversion.
Je ne parle pas de la commqpauté d'ég)ise entrir les deux religions catholique et protestante; la mêmç chaire sert à des prédica^urs , qui ont le m.énie but, et la même ^ef ireçoit les même^ vo^ui^ qui ne différent qqe par l'expression. Déjà cettç tolérance civilisatrice est parvenue çn Alsace, et J^ }e(n{)s n'est pçut^rêtre pas ^Joigne où on s'é^oupe^^j^ pn Fr^cç qt:^'e)le. n'ait pas existé partput, , . Je rencontrai i^n jouf; un curé dans les champs^ ]e jour des Rogations^ à la tête d'une proce)s§ip|| de sop village, llvint me voir e;isuite| ^^ içiqQtrii ^e sermon qu'il avait prononcé et les hymçç^ qu^a?
( 268 ) Yâient chautëes ses paroissiens. Il leur expliquait qu'ils ne devaient pas pensera obtenir, par une telle cérémonie, le soleil et la pluie, qui naissaient de causes ordonnées d'avance et pour le bien commun, non de tel ou tel village, mais de Thumanité; mais que c'était là une occasion de renou- Yeler au créateur de toutes choses, leurs remerdmens pour les bienfaits de toute l'année. Les hymnes étaient des chants fort poétiques par la pensée, et dépouillés de cette kyrielle de noms des. litanies, de cette kyrielle de miracles de la lé<n gende. Un catholicisme ainsi épuré , me paraît . beaucoup plus ptx>pre que le protestantisme à répondre à tous les besoins delà faiblesse humaine, et on remarque en effet en Allemagne comme en Suisse, dans tous les villages catholiques, expansion de cœur et gaîté, dans les villages protestans, réserve et austérité, souvent poussées jusqu'au mysticisme.
Il n'est pas jusqu'aux cérémonies de l'église qui, avec les mêmes formes apparentes, n'offrent une direction différente d'idées. Les femmes sont rangées avec ordre d'un côté sur des stalles proprement disposées dans toute l'église ; les hommes sont placés de l'autre côté. Dans le moindre village, l'orgue est touché avec goût, et reproduit les harmonies nouvelles des meilleurs opéras, tandis que tous les villageois y joignent leurs voix en chantant en parties. Souvent des musiciens plus exercés
(«69) accompagnent le chant avec divers in^rumens^ou du moins quelques clairons marquent les finales. Napoléon disait que la messe était Topera des pauvres ; oui, une messe de ce genre et non un assemblage confus de villageois debout, chaiitant ùlux dans une église malpropre. Une heure con« sacrée à la messe en allemand, offre, indépendamihent des idées religieuses qui s'y associent, Tocca* sion d'entendre une musique agréable et de se former à des idées de silence, d'ordre et de bon arrangement, par l'ordre et le bon arrangemetit qu'on est forcé d'y observer.
Il ÙLUt ajouter toutefois qu'en Allemagne les lumières sont plus actives dans le clergé inférieur que dans les évêques. Ceux«ci, choisis en général par suited'une conformité d'idées politiques avec les idées du gouvernement ou de l'ultra-montanisme, se gardent bien d^ seconder les améliorations qui ne s'écartent en rien des doctrines consacrées dans les temps éclairés. Un homme aussi pieux que M. de Wessemberg a été exclu des nominations archiépiscopales par le pape. Les gouvernemens n'ont pas insisté, et quelque désignation d'homme faible, docile, vieux ou peureux, voilà les évêques qui plaisent à Rome, et que se hâtent de faire les tninistres, non moins peureux que Rome. Cependant là aussi le mouvement se fait quelque peu sentir, et à Mayence, lorsque T^Vêqùe mourut èiï i833, le clergé de toutes les sectes, y compris lie
( 9fO ) clei^juify* 6it itmtëà la cénkdonxe ^t wimhqaâ pas dé s'yîrôndro. . ; - m !. >
1^68 înariages mixtes: si difficiles en FratH^^ a l'église^ loesqueies nouveaux coagoiots oé veuiettf pa$- frômfiiire d'élever leurs éufaâs dans le catho^ licàsme^ n':offrétit aucime espèee de difficulté de l'autre coféduRhiti, ^i ce a'est en Bavière^ oit quel* 4jiies prêtres^ pour plaire au gouYeraemeiit adtu^el^ «ffeètent plus dç rigidité «t d'intolérance; etce^ pendant le laàriûge par lé piètre n'est en j^ttincé qu'une satisfaction donnée à la cy>n6cience religieuse, et non une nécessité impose p^t - la loi; Dans les prbvinces rhénanes qni faisaient atàrèfois partie du territoiÊre frtmçais, lencô^eNapolmn à été conservé: et le i^ariage se faijb devant l'adtorité ^vUe* X^a çérémpnie eoclësiastiipie est une iaifair^ de conscience-et né vient* qu^^après; Dai^ les prb* vinces d'OUtre-Rliûi^ leéuré^est^nsîdéré'en même jtentpsKJomma ojOSeier civil responsable^ envers l'an^* torité civile de l'exéoutioa' de sbn mandat, etoonimé fonctionnaire religieux , relevant de son év^qbe pour tout ce qui estuniquem^nt de disc^liaie' re? Iigieuse«.Cest le curé de la parois^ quiy en qualité d'offiçier;.jCÎvilt ^st tenu ^'accomplir lés /oAclibnk du mariage. Si lei deux futur» spdl de cultes différensy ils , peuvent $^ mariei* iadifféremmgal cfajQz.k pasteur protesttant ou le^uriéc^itholiqu^ et «bflb ce <fas I!€;çclési9sûqu9 ni^n employé est obligé ^e donner J^e sorte ,4'e;s^uatMr9 sous pfeine d^tne
(^71 ) puni par la loi civile. Un teî ordre de ëhosès est fort îfaiparfàit encore, quand on le comparé aux disjposîtiôns si logiques de notre cdd^ civil ^ niaid il en résulte du moins Tavantage d'une adhésion plus întïrrie'dù pouvoir religieux à Tautôrîtë dû pays. On n'entend jamais parler ici de petite église, et de prêtres refusant le serment; lés prêtres sont aussi citoyens. 11' y a plus, c*est que même s'ils veulent rentrer complètement de là vie reli^ gieuse dans la vie civile, rautorité civile ne se croit pas investie du droit d'y mettre obstacle. Joseph n avait rendu autrefois une loi qui interdissait au magistrat civil de s'ingérer dans là loi religieuse, en refusant, par exemple, de marier un ancien prêtre auquel le mariage était interdît par la loi religieuse. Il disait qùé chacuh devait rester dans les liniites îque lui prescrirait' la nécessité de maintenir Tordre menacé, et terit que l'ordre rèli* gieux né menaçait pas P6t^i*é civit de pcTlùrbatibh> il ne s'eïi mêlait pàâ. Malgré ^^ (iéiivictiôns, qùè )ô knftriage était uh ISéil pùi'éMeM civil dàkiis tdus Bès éâks, que làcéi^tndnteWUgieuëèh'iliiiefrVeiiait qae pdui'^ lé éôiièftèrfet- etié i^éûdté pilùs âtigiiàte, et <)Qe amè déttH^è ététiv ùàtifàtmé à* délié dèë «mciles, i|ér&tdeWir cédét* poùt* lé moment, mais ses principes sbvt^ovrd^hui adbfités p»:tout en AUemagne, ejb mèîne jusqa'à ûiie certaine étendue dans ks états aatricbieiiis d'Italie, ce qui fait:re^r»> fferViLtitéichèàRomécombie aKlëEAitséhisidfttkpe.
( 27» ) Elle ne se sauve que par la parfaite couformité de ses vues politiques, avec le stabilisme et même le rétrogradantisme romain. Les autres états qui sont un peu moins purs en absolutisme, courraient grand risque d'être fort vertement réprimandés, si on ne croyait pas dangereux d'être brusque avec des gens qui ne demandent pas conseil quand ils croient avoir raison, et qui ont assez de science pour vous embarrasser un peu. Aussi, en même temps qu'une cour royale, au mépris du Code civil, interdissait, de par le pape, à un officier civil de marier M. de Monteil par la loi civile, on nefaisaitaucune difficulté en Allemagne de marier les prêtres qui se présentaient. Il y en a eu plusieurs exemples. J'en connais un en particulier dans le duché de Pfassau. Si le prêtre catholique change de religion lui-même, ou veut épouser une protestante, cela ne souffre aucune difficulté; le prêtre protestant Élit le mariage après s'être &it donner de bon gré| ou sur la demande du gouvernement, le désiste* ment.de son confrère catholique^ Si les deux futurs sont catholiques, un décret du souverain désigne l'ecclésiastique protestant ou catholique qui sera tenu de procéder au mariage. On comprend tout ce que doiinerait d'ei}ti*aves , dans un pays moiiif éclairé, cette difficulté de recourir à un fonctios^ naire religieux, et tout ce que la sagesse de noti^ code nous donne d'avantage à nous*niémes; et cependant les Allemands ont triomphé de tant dt
(273) ilésavantage, et nous, enfans de citoyens qui ont si glorieiisement lutté pour nous conquérir un si grand œuvre de sagesse^ nous nous faisons la risée de l'Europe en abdiquant sottement nos droits.
Combien de bonnes genSy qui lisent Voltaire et ne vont pas à TÉglise, mais n'en soutiennent pas moins victorieusement pour cela l'augmentation desévêchéset la prépotence desévêques, croiraient merveilleusement de bon ton, chez nous, de pousser des cris d'indignations! onlem* parlait du ma« riage des prêtres. En Allemagne où tant de gens vont à la messe et communient, on en parle comme de chose possible et même prochaine, et on cite des autorités ecclésiastiques, des cardinaux même jusqu'au i5* siècle en faveur de cette opinion. Plus de 270 prêtres catholiques jeunes et vieux du grand-duché de Baden ont même signé une pétition aux chambres fpour demander la suppression du célibat ecclésiastique (i). Les chambres qui ont
(1) Parmi ces signatures, on remarque celles de 12 curés de cantons (doyens ruraux); de 3 ecclésiastiques de plus de 70 ans; de 6 de plus de 60 ans ; de i53 de plus de 5o ans; de 33 de plus de 4o ans; d'un conseiller ecclésiastique révéré dans tout le pays ; d'un autre doyen rural , qui sur son lit de mort a demandé à signer, pour obéir , disait-il , au vœu de sa conscience , et en demandant que sa signature fût consignée sur son tombeau ; d'un autre qui en mourant a demandé aussi à ne pas se séparer des vœux de ses collègues , qui sont les siens.
(• 274 ) déjà supprimé tous les couvens d'hommes etde femmes et n*ont conservé à quelques religieuses le droit de s'adjoindre un petit nombre de novices qu'en abolissant les vœux, en limitant le nombre des religieuses, et en les forçant* à se consacrer aux fonctions de l'instruction dont les besoins' seuls déterminent cette limite, n'ont pas repoussé cette pétition avec colère. On attend que les idées soient tout-à-fait milres à ce sujet. M. Amam, professeur de droit ecclésiastique à, l'université de Fribôurg, s'est chargé de la pr^sentatiçn de cette pétition , et il m'a dit que tous les jours le nombre des signataires s'accroissait , et que les plus âgés ecclésiastiques surtout étaient les premiers à déclarer que, tout en renonçant pour eux-mêmes aux avantages du rappel de cette loi, ils n'en devaient pas moins à leur pays de s'élever contre son immoralité.
On croira peut-être que , pour être autorisés à montrer des opinions aussi consciencieuse, les ecclésiastiques allemands sont protégés contre le pape par^ des conventions ou un concordat bien meilleur que le notre. Nullement. Les concordats allemands, partout où ils existent, sont plus mauvais de beaucoup que le concordat impérial de i8oi ; je ne parle pas du concordat des Bourbons qui est le chef-d'œuvre de l'ineptie de M. de Blacas , fidèle écho de cette famille. Le concordat de Bavière, par exemple, est détestable. Après la dissolution de l'empire germanique , la Bavière,^
( 275 ) OÙ le catholicisme s'est conservé avec le plus de ferveur, chercha à faire un concordat avec ïlome, mais les grandes affaires politiques éloignèrent cet arrangement. Après 18149 elle fut la première à renouveler <5ette tentative, et le baron Hâffelin , archevêque de Ghersonnèse, ministre de cette cour à llome, le aigna le 5 juin 1817. Approuvé par !e roi le 24 octobre 1817 , il fut, par un édit du 26 mai 1^18, joint à la constitution. Deux archevê-^ chésde province y furent créés, pour fournira Rome les moyens d'opposer constamment Fun à l'autre, et de se réserver un moyen d'action. Tout le pays fut réparti en six diocèses ou évêchés pour la Bavière Rhénane et l'ancienne Bavière. £n vertu de cet acte, le gouvernement bavarois s'oblige envers Rome à s'opposera la circulation des livres qui lui seraient indiqués par les évêques comme incompatibles avec la foi catholique, les bonnes mœurs ou les intérêts de l'Église. Il y a dans ce concordat beaucoup d'autres stipulations de cette force, mais les lumières publiques sont plus fortes que de sem* blaj)les déclarations ; et la tolérance, qu'on ne doit pas confondre avec une indifférence souvent non raisonnée, et qui n'exempte pas alors les ignorans de prendre ardemment parti , toutes les fois qu'il y a une sottise à maintenir 9 est tellement répandue partout, en Bavière même, et surtout dans le clergé, qu'il est impossible de ramener jamais le temps de Grégoire VIL
La Prusse a moalré beaucoup d'Iiphilett^dans l'affaire de ses transactions avec le pape. Elle a lié Rome sans se lier elle-même. <*M. de'Hardenberg tèrniina cette négociation à Rome après le congrès de Leybachy le a 5 mars 1 8a i. Le pape publia sa bulle d'organisation le 1 6 juillet i8aj, et le roi lui prêta force par son ordre du a3 août, mais il n'y eut pas ^e concordat, c'est^-à-dire de convention réciproquement obligatoire. Il y eut aussi en Prusse deuit archevêchés, run pour les anciennes, l'autre pour les nouvelles provinces, Cnesen, Posen et Cologne, et*sept évêchés, Cnesen, Breslau, Posen, Ermeland, Trêves, Munster et Paderborn.
Le Hanovre fit comme la Prusse. Là bulle est du a6 mars 1824; elle fut confirmée par Ceorges IV le îàO mai 1824.
La partie catholique des six états de Wurtem* berg,Baden,Hesse électorale, grand-duchédeHesse, duché de Nassau et de la ville libre de Francfort fit ses stipulations à part. Des idées mal entendues de souveraineté empêchèrent tout les états allemands de se réunir. Ils eussent ainsi pu faire une organisation beaucoup meilleure, mais l'esprit de localité tue souvent l'esprit de natiotialité, et la na-* tionalité allemande a bien une ame , mais elle ne s'est pas encore donné un corps. Ces six états ont été réunis en une seule province ecclésiastique avec un archevêque siégeantàFribourgetcinqévê» ques à Mayence , Fulde , Rotenburg et Limburg.
I^'archev^uc ^e Fribourg remplit en même temps la fonctiou d evêque du cinquième diocèse placé \\ à Fribourg. La cure de Francfort dépend de l'evêçhé de Limburg. L'ancien ' évêclié de Constance fut supprin\é pour en éloigner M. de Wessemberg qui er\ était CQadjuteur. Jiiies évéchés de Mayence et dje Fulde, aujourd nui dépendana de l'évêcUé de Fribourg , dépendaient aiiliiefQis de l'arçhevêque-r électeur de Mayen«ç^
Voici quelle jst la part d^actibn politique pro- «portionn^Ue que diverses constitutions accordent aq clergé dans la réprésentation nationale.
Dans le grànd-ducUé de Baden, Tarchevéquo de Fribourg et" tfn ecclésiastique protestant , revêtu d^ la dignité de prçlàt^ font partie de la première chambre.
* Daûs le royaumf de Bavière, les deux archevêques catholiques, un'évéque désigné par le roi, et le président du consistoire évangélique, sont menihres de la première chambre. Les ecclésiastiques des ^eux confession^ nomment en outre entre eux
un huitième des membres de la deuxième chambre.
Dans le royaume de Wurtemberg , il n'y a pas de représentant ecclésiastique dans la première chambre, mais lest six surintendansgénéraux protestans, Tévêque catholique et un des chanoines, désigné par le chapitre , font partie de la deuxième chambre.
. Pans la nou-vçUe constitution du royaume de
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(278) Saxe^ la première chambre coutieni cinqimeial)res ecclésiastiques^ qui sont : j "^ un membre du chapvtre de Misnie^ désigné par le chapitre; a^ Je premier prédicateur de la cour; 3"" le doyen du cha« pitre de St.-Pierre à Badissin y et en son abseuc^ un des tpois chanoines ca^tu}aires ; 4"* le surintendant de Leipzig ; 5^ un membre du chapitre cotlégial de Wurzen y choisi par le chapitre dans son propre sein.
Dans le grand-duché de Hesse-Darmstadt^ l'évêque de Mayeqce et, en cas de maladie, un'ecclé^ siastique catholique désigné par le grand-duc ^ et un prélat protestant , sont membres de la première chambre.
Dans le duché de Nassau, deux doyens de l'Église évangélique et un de FÉglise réformée^ sont élus par leurs collègues poun faire partie de la deuxième chambre. ^
Dans toute l'Allemagne, les ecclésiastiques sont obligés de suivre les cours et les réglemensuniver» sitaires qui existent à Fribourg ; car cette univer-» site ne fournit guère d'élèves en théologie qu'aux six États réunis dans la circonscription provinciale de Tarchevéché de Fribourg. En j833, elle con« tenait 65o élèves, dont 200 élèves en théologie^ j 5o en droit, 1 5a en médecine^ et 1 5o dans la fa* culte dite philosophique , ce qui comprend nos deux facultés françaises des sciences et des lettres. Un capital, appelé stipendium, de plus de 3oo,ooo
( «79 ) florins, est attribue à l'université depuis les réformes de Joseph II ^ et Fintérét est distribué à des jeunes gens pauvres pouf toute la durée de leurs cours. Aussitôt qu'une des bourses devient va» oante, l'^iHiversité en donne connaissance par les feuilles publiques, en ajoutant à l'avis les condi-* tions requises par les fondateurs. Il y a 200 bourses au moins à Fribourg. Jusqu'ici, la moitié seulement était consacrée aux théologiens, et l'autre moitié à toutes les autres facultés ; mais un ordre récent du gouvernement prescrit d'attribuer la totalité des Bourses aux théologiens, afin de diminuer par 1^ le nombre des étudians des autres facultés. Les gouvernemens allemands sont presque partout en guerre avec les universités, qui en ont pourtant rq)lacé un bon nombre sur le trône par le dénouement opportun de 181 4* La môme ardeur patriotique est loin d'exciter aùjourdliui la même reconnaissance ou les mômes éloges. Ce nombre de aoo théologiens annuels sera, je crois, de beaucoup supérieur aux besoins du pays , et môme des six pays réunis , car dans le pays de Baden où le tiers de la population est protestant, il y a en tout 800 cures , desservies maintenant par 1,1 00 prêtres, et tous les ans il sort du seul séminaire épiscopal de Fribourg, de 5o à 70 élèves.
Pour être admis comme professeur dans tout gymnase ou lycée, il faut des études plus sévères encore que pour la faculté théologique; et à la
( a8o ) suite de ces études, l'élève subit un examen rigoureux et doit de plus faire imprimer une dissertation sur un sujet désigné, et soutenir ce qu'on a^Tpelle une disputation publique.
Les professeurs de L'université sp^t astreints à des preuves beaucoup. plus rigoureuses; et afin que le public rie s'habitue pas à les. croire, oisifs ou étrangers ^ leur$ anciennes études, toiis les Sfi^mestrès ils sont dans rus.9gedç publier une dissertation ou programme sur une question scientifique , a,^ nom de l'université. Plusieurs de ces prôg^^mi mes sont de véritables ouvrages littéraires. Ceux du sauvant professeur Rqef de Fribourg^ forment une intéressante collection qui va être publiée av^ sa biographie par le docteur Amam. J'en ai p ^i** sieurs autres sous les yeux^ qui annoncent une érudition aussi solide qu'étendue, teU que :
Claudu impercUoris, oratio super cwUate. GaUù danda^ p^r le professeur ZJelL de Fribourg, en \ 833>
Un flssai en langue allemande du docteur S;chi:eiber, sur les lettrés qui ont brillé à Fribourg, et en particulier sur Melchior Fatelin, né en <49P9 ^^ second fondateur de la maison des Chartreux, in\primé en juin iSSa, aussi à Fribourg.
M. Tullii Cicei'onis oratio de prouinciis consularibus à codicibus emendata^ par le professeur Orelj de Zurich, en i833, pour l'Université de Zurich.
De temps à autre aussi, le sénat académique fi^it publier sous le titre de chronique de Tui^i*
verstté, un compte rendu des améliorations opérées dans les divers ëtablissemens, tels ({uebibUo^ thèque^ nlasée, cai)inet anatomique, jardin bota-^ fiique^tt ^s travaux faits par les professeurs des diverses facultés. Les deux derniers programmes de Fribpurg contiennent : le premier depuis Tété de 1824 jusqu'à celui de 1829; le second depliis 1829 jusqu'à Tété du i83a) et ils forment ensemble 68' pages iii-4^« £n les parcourant, je vois quil est peu de professeurs qui n'aient payé lar- •peinent leur dette à Ifi science.
M. deRottecky par exemple, a publié dans cet intervî^lle son Histoire universelle en 9 volumes , depuis les temps historiques jusqu'à notre époque, ouvrage qui a eu plus de. d^x éditions et a été traduit dans presque toutes les langues de l'Eurbge; beaucoup d'autre^ petits écrits historiques et patitique3, eit un abrégé populaire de son grand ouvrage historique.
M. Hug, une Introduction critique au Nouveau Testament, traduite eu français et en anglais.
Le professeur Schreiber, des Mémoires sur Far- <;hiteeture du moyen-«1ge dans les provinces d'outre*Rhin, sur les cathédrales de Fribourg et de Strasbourg , et sur divers sujets d'histoire et de morale.
M. Welcker , dés ouvrages importans sur le 4roit germanique.
M. Schnell, l'Histoire de l'Autriche , de la Bo-
( a«a ) hême, de la Styrie^ delà Hongrie^ avec un Essai sur l'inâuence qu'a eue rAutriche en AUemagoe et en Europe, depuis la réfoçmation. Cet ouv;*age est interdit en Autriche. , '
M. Mundi, l'Histoire de François de Sîchingen, en 2 vol. in-8) et des Recherches sur Ulric de Hutten^ jointes à une nouvelle édition de ses ouvrages.
M. FromherZy ua Manudde chimie.
M. Amam^ TOpiaion de la fiiculté de théologie de Fribourg en faveur des prêtres assermentés de l'Alsace le 20 mars 1798^ avec de nombreux écUircissemens* On rapporte que lorsque le b^jroQ dç Thugut y premier ou plutôt unique ministre de l'Autriche à cette époque, eut connaissance de cette savante dissertation, dans laquelle la faculté théologique déclarait : que les prêtres assermentés p'é* talent, aux yeux de l'Église^ ni hérétiques, ni schis«matiques, ni intrus, et que c'était par ignorance des lois canoniques que les évêques émigrés s'étaient prononcés conlre eux, tandis que leur devoir était de prêcher aux fidèles de leur diocèse le respect pour les prêtres assermentés, il s'écria : a De quoi s'avisent ces docteurs de justifier le c]ergé assermenté de France, dans un moment où , à l'aide des bruits semés par les émigrés et les évêqiies français eux-mêmes, qui peignent les Français comme des athées, nous voulions soulever la Suisse contre eux ! » Phrase courte, mais féconde en conclusions.
(a83) Un des professeurs de Tuaiversité est investi des fonctions de bibliothécaire. Cette bibliothèque, bien qu'enrichie depuis peu d'années par des legs et des achats continuels^ de manière à la mettre au courant de la science^ ne possède aucun manuscrit ancien remarquable sur l'histoire et la littérature du moyen^ge.
STAUFFENBERG, PRÈS D'OFFEUBURa
A liné lieu d*Offenburg on aperçoit sur le haut d'une montagne le château de StaufTenberg^ chevalier marié à une fée. La Mothe-Foùqué a modernisé dans Ondine ce poème dont un ancien manuscrit se trouve à la bibliothèque publique d& Strasbourg , et dont le texte a été publié en 182^^ par M. Engelhardt, en un volume in-8, sivecfac sir mile des miniatures originales. Ce conte ^ qui ressemble pour le fond au conte d'Ahmed dans les Mille et une Nuits {i)^ n'est en grande partie qu'une reproduction du Liiy de Lanval et du Lay de Grué^ lan , si naïvement poétisés par Marie (a). Je vais donner une esquisse de cette tradition.
Peterman de Temringer était un chevalier fort accompli. Le poète se perd dans l'énumération de toutes les perfections qui formaient alors un chevalier, et que Peterman de Temringer possédait au plus haut degré. Il se mettait avec grande élé-^ gance; il savait chasser au tir, au courre, au faucon; il était brave y. cela va. sans dire; libéra l^ comme tous les braves ; expert à tous les jeux et
(1) Milie et une Nuits. Tom. 6 , p. 32g.
(2) Voyez les Lais de Marie , publiés avec une traduclion par M. de Roquefort; 2 vol. in-S**.
( 285 ) a toutes leà armes , et ce qui est plus extraordi* nàire que tout le reste , et ce qui prouve que le poète n'était pas du siècle de son héros j mais d'un siècle plus rapproch^de notre civilisation moderne^ (fesi qu'à toutes les qualités du héros^Peterman ajou^ tait celle de n'avoir oublié ni la lecture, ni l'écriture qu'il avait apprises dans ses jeunes années (i). Un soir que Pierre de Temringer se rendait à cheval à Nussbacfa, village à une lieue de son château de Stauffenberg en Mortenowe ( Ortenau ) , pour assister à la grand'messe j précédé de son varfet, il aperçut une jeune et belle fille , assise toute solitaire sur une pierre. Elle était magnifi* quement vêtue d'or et de soie de Minorque. A ses doigts brillaient des pierres précieuses et des escarboucles si étincelantes qu'elles eussent'dissipé la nuit la plus obscure. Ébloui de tant de grâce et de tant de beauté , le chevalier descendit aussitôt de cheval^ et pria la jeune fille de s'asseoir à côté de lui sur le gazon. Elle ne fit pas la prude et accepta sans hésiter, a Comment une si belle fille que vous, s'écrie le galant chevalier , se trouve* t-elle donc seule ici, dans un lieu si retiré? — Je vous attendais, répond la belle.» Elle lui raconte alors qu'invisible à ses yeux, elle l'avait accompagné partout depuis son adolescence et sa première
(i) Erkund ouch schriben und lesen, Daz lert er in sinon jungen Tagen.
( a86 ) prise d^armesy dans ses courses à cheYal sur les grandes routes comme pendant ses loisirs dans les châteaux 9 dans les tournois où elle assurait ses succès aussi bien que^ dans les combats où elle veillait sur ses jours, dans les cours des rois comme dans son pèlerinage au tombeau du Sauveur; partout enfin, en Souabe, Bavière, Hongrie , Prusse , Russie , Angleterre^ France , Toscane et Lombalgie, elle veillait à ses côtés comme un ami sur un ami (i).
Le chevalier lui reproche galamment d'avoir tant tardé à se manifester à sa vue, et lui promet, en retour de son affection, de rester près d'elle jusqu'à la mort. La belle accepte cet aveu en rougissant , et lui dit que désormais elle se présentera à sa vue dès qu'il le désirera et sera seul (a)^
Dès ce moment bien d autres avantages lui sont assurés. Aucune maladie ne pourra l'atteindre; tous ses désirs seront satis&its, et tout prospérera autour de lui; mais tout cela est soumis à nne condition; c'est que jamais il n'acceptera en mariage aucune fille des hommes. Malheur à lui s'il manquait à cette condition, car, sans qu'elle pût elie*méme le sauver, il mourrait eu trots jours.
(i) Alssein Friind des andern 6oK (3) Wenn do denn wilt, so hastu mich Wa du ahers-eine bist.
( a87 ) Le chevalier lui fait tous les sermens posûbles et veut même lui donner sur-le-champ les preuves de sa tendresse. La belle ne peut l'arrêter dans FeiTusion de ses^sentimensi qu'en lui promettant $ur sa foi g[u'aussitôt rentré chez lui, il pourra faire d'elle à sa volonté ( i ).
Maisji pour le moment^ elle l'engage à continuer son chemin et à aller /ainsi qu'il en avait l'intenùon ^ à la grand'messe , pour appeler la bénédiction du ciel sur leur union prochaine et sans cérémonie. Elle lui remet une bague précieuse en gage d'alliance, lui promet d'être dans sa chambre aussitôt que lui, et lui annonce que dorénavant, lorsqu'il sera seul et désirera la voir, dans quelque lieu et en quelque pays qu'il se trouve, il n'aura qu'à la souhaiter (a).
Quelques distractions troublèrent probablement la dévotion habituelle du chevalier pendant la grand'messe; mais enfin il fit son ofïrand^aâVec piété, attendit la bénédiction, se prosterna , se signa, puis pressant les*flancs de son bon cheval, il arriva assez promptement à son château.
A peine était-il arrivé dans sa chambre et avaitil énoncé son vœu, que voilà la fée, car c'était une
(i)^Und lass er nun ze maie varn Wir sond es hei ze huse sparn Da wil ich tun den Willen din.
(2) Wenn du einest wiinschest nach mir So bin ich endelich by dir.
( a88 ) fée, qui lui apparaît dans toute sa beauté. Le poète se p!aît à décrire ici avec détail leurs doux propos et leurs doux jeux d*amôur j[i).
Je tire ici le rideau du lit gothique, et pie contente de dire qu'à son réveil, la f^e, fcyt satisfaite de son jeune époux , l'engagea à épurir. le monde avec une suite digne d'elle et de lui, non pas' colhme oh le disait alors pour gaaingnerj mais poun illustrer son nom , lui garantissant d'ailleurs que f argent ne manquerait jamais à ses désirs (a) et assurant qu'elle sera toujours présente et visible à son premier appel, de jour ou de nuit, disposée à faire largesse de son amour et de ses trésors (3).
Peterman de Temringer acquit tant et tant de gloire dans ses excursions , qu'à son retour tout son parentage l'obséda pour prendre femme et laisser après lui un héritier de si belle renommée, « Il n'y avait, disaient-ils, aucune fille de prince qui ne fût*dlfkrmée de lui accorder sa main. » Le pauvre chevalier, qui n'osait parler de son mariage avec la fée et ne pouvait leur montrer sa femme , ne fai-
(i) . • . . • ftits?f n Minne-sptel.
(a) Wie vil du wilt^ daz hast von mir
Und gib es wilieclichen dir.
(3) Wenn er sinen Wunsch nach ir pflag>
Es were Naht oder Tag ,
So waz sy by im ze Stunt^
Und tett im ganzi Liebi Kuoe
Mit Lip und ouch mit Gute.
( 289 ) sait que battre la campagne , et donnait d^assez mauvaises excuses aux bonnes raisons qu'on lui soumettait. La fée en eut compassion et lui permit enfin d'annoncer son mariage avec elle et la source des biens dont il était comblé, sans qu'il pût toutefois montrer sa femme à personne.
A cette époque, les cérémonies de l'élection d'un roi des Romains attirèrent dans la ville de Francfort sur le Mein, où cette solennité avait été fixée par la bulle d'or de Charles IV en i356, tout ce qu'il y avait de plus brillant en Allemagne. Ici le poète avait une belle occasion de nous décrire les pompes d'une intronisation impériale, telles qu'elles sont tracées minutieusement, point par point par la bulle d'or. Il pouvait nous montrer comme quoi, dès que l'empereur ou roi des Romains a pris son siège, on place devant l'édifice un tas d'avoine assez haut pour qu'il aille jusqu'au poitrail ou à la selle du cheval sur lequel doit monter le duc de Saxe ; comme quoi celui-ci , ayant en ses mains un bâton d'argent, insigne de sa dignité de grand-ma« réchal de l'Empire , et aussi une mesure à picotin eu argent, pesant 12 marcs avec le bâton , remplit sa mesure d'avoine sans descendre de cheval, et la remet au premier palfrenier qu'il rencontre, après quoi, ayant enfoncé son bâton dans le tas d'avoine, il en permet le pillage au peuple ; comme quoi, dès que l'empereur a pris place à table, les trois ar« clievéques-électeur& de Mayence,Trèves et Cologne,
( 2^ ) accompargoés des autres évêques, ayant au col \ià sceaux de TEmpire et tous à cheval^ s'approchent de la table, la bénissent et déposent le grand sceati sur la table devant Tempereur qui \e replace aussitôt au cou de l'archevêque de Mayence^ grand chancelier de l'Empire; comme quoi , le? marquis de Brandebourg (roi de Prussej^én sa qualité de grand chambellan j s'avance ^ aussi à cheval, tenant en mains unç aiguière et un bassin d'argent du poids de I a marc^, avec une serviette très fine, et donne à laver au seigneur empereur ou roi des Romains; ;Comme quoi, le comte Palatin du Rhin^ en qua-» lité de grand maître d'hôtel, s'avance, aussi à cheval, tenant en mains deux plats d'argent peâant chacun trois marcs et couverts de mets , et comme quoi, descendant de cheval, il les apporte et pose devant l'empereur ; comme quoi, le roi de Bohême, en qualité de grand échanson, aussi à cheval, apporte une coupe d'argent avec son couvercle, le tout pesant la marcs , et remplie de vin et d'eau mêlés ensemble, et comme quoi, descendant decheval,il la présente au seigneur empereur ou roi des Romains qui y boit; comme quoi, après boire, on fait une grande procession, dans laquelle les rangs sont marqués avec la même exactitude; comme quoi enfin, l'empereur assis sur son trône, après avoir posé successivement sur sa tête trois couronnes , l'une ^e fer, l'autre d'argent, et la troisième d'or , fait prêter serment aux grands officiers de l'Empire et pour
( ^9* ) première marque de sa prise de possession du pourvoir souveraio^ fait demander, à son de trompe par les hérauts, s'il se trouve un Dalberg présent dans cette enceinte (ist kein Dalberg da?), l'arme chevalier du haut du trône , comme le premier des nobles ne portant pas couronne souveraine et donnant voix dans la diète , et lui passe au cou un énorme chaîne d'or avec un ordre sur lequel est représentée cette cérémonie avec la vie des hérauts pour légende, ordre que cette famille seule , et l'aîné seul de cette famille a le droit de porter;
comme quoi enfin Mais il serait peut-être
plus à propos que j'imitasse en cela la brièveté du poète, si différente des habitudes poétiques de nos jours,et que je racontasse tout simplement que cette cérémonie était trop éclatante et réunissait un trop grand nombre de princes, de comtes, de barons et de fidèles, pour que Péterman de Teraringer pût se dispenser d'y assister. Il y parut donc avec éclat, accompagné de tous sesparenset d'une suite nombreuse, et si magnifiquement vêtu qu'il y attira les yeux de tous les princes, ducs, marquis, comtes, barons et autres nobles , ^t surtout de ceux qui avaient une fille à marier.
L'empereur lui-même remarqua notre chevalier, le manda près de lui, et lui annonça qu'il se chargeait seul de son mariage. Il avait une nièce unique dont le père et la mère étaient morts, et qui possédait la seigneurie de Carinthie. Elle éttiit
belle et avait dk*huit ans. Ce fut sur elle que Teuipéreur jeta les yeux pour la donner en mariage au chevalier qu'il voulait traiter en fils^ et auquel il se proposait de faire de riches conces^^ sions des terres (i).
/ Le chevalier eut beau alléguefr qu'il était indigne diin tel honneur, i'empereur insista, et il fallut bien que Peterman avouât enfin son mariage. Mais son embarras ne- devait pas finir là, car Tempereur le pria d'amener sa femme à la cour. Forcé dans ses derniers retranchemens, il confessa enfin qu'il avait épouse une femme d'une ïiature tout-àfait extraordinaire ; qu'invisible pour les autres ^
()) ber Kûnig sprach : Tch ûch heUen sol Und ouch inen allen , Wann esist aiso gefallen Daz ich ein einig Mamen hati , Die ist se reht wol getan Und so minecHch géstalt !
Ach-zehen Jare est sii ait ; Vatter und Mutter sind ir tôt ; Der Gewalt wol ati rair stot , Daz ich sU ilch gîb zii der Ê ; Und wil ich sagen darzu me , Ich gib ûch Landes darzu vil, Als ich ûch beseheiden wil Daz ir des gewaltig sind.
Ein Herre wol und ûver Kind , Mit miner Mumen werden.
Is Herrschaft ist ze Kerden.
(293) elle était toujours près de lui à son premier appel*; que sa beauté d'ailleurs était très supérieure à toute autre beauté, et que la seule condition mise à son bonheur était de ne contracter aucun autre mariage, sous peine de mourir dans les trois jours. Là*dessus geandes réflexions des évéques et autres ecclésiastiques. Un vieux chapelain prouva au chevalier que le diable en personne était son compa* gnon délit (i).
Les puissans argumens des gens d'église porté* rent le trouble dans son esprit, et comme on lui promettait des prières pour détourner la fatale destinée quiJui avait été prédite, il prit courage et nialgré la menace d'une mort inévitable dans bs trois jours d'un nouvel hymen, il accepta la nièce de l'empereur. En vain la fée lui apparaît encore et lui annonce le sort qui lui est réservé s'il persévère^ le chevalier épouvanté de l'idée de son asso*. ciation prématurée avec le^^ démon, persiste dans son projet de mariage. La fée lui déclare alors qu'au moment où il" aura irrévocablement rojmpu sa foi avec elle, l'heure fatale de sa mort lui sera annoncée par la vue de son pied qu'elle rendra visible pour tous .les assistans, femmes et hommes; qu'à cette vue il se tienne bien averti de sa 6n prochaine et qu'il se hâte de faire venir un prêtre et apporteu
( I ) Der Tiifel ii> der HelLe Ist tiwer Çchlafgeselle,.
les saintes huiles, car c'en est fait de lui. A ces mots, elle prend congé avec amour, et le laisse con<» fondu dans ses inquiétudes (i).
Il n'était plus temps de se raviser; sa future arrivait escortée d'une troupe nombreuse de sei*^ gneurs et de dames; le repas de noces était prêt. Tout pensif au milieu des éclats bruyans delà fête, lech<^valier prit place au festin à côté de sa fian^ cée. Mais tout à coup un léger bruit se &it entendre au-*dessus de la salle où épient assis {es con« vives. On regarde et on aperçoit, sortant du plafond^unpîed de femme, le plus joli pied du monde, nu jusqu'au genou, et plus blanc que l'ivoire (a). On court sur^le-chainp visiter leplafond et les ap* partemens situés au-dessus delà salle;on n'y tirôuve ui pied ni trace de la place par laquelle il avait dû se &ir Jour pour se manifester aux yeux de tous les , conviés, et femmes et hommes comprirent bi^i que tout cela était une œuvré du démon (3). '
(i) Also schied von dem Kitter her
Die scfaône Frowe mypeDclich ; •
Der Bitter sorget wunderlich .
(a) Eins Menschen Fuss es sehen liess
Bloss , in dem Sal , uns an die Knie !
Uff Erden 80 virart schëner nie ,
Noch mynnencliicher Fus^ gesehen ;
Daz mustent aile Menschen sehen.
Der Fuss ûber den Sal erschein
Wisser denn ie Helfenbein.
(3) Dér Tufcl heltc daz gelan.
^chevalier^sentant que$oii heure était venaoi fit mander un prêtre, se disposa à mourir chrétienne ment, et expira en effet au bout de trois jours. Avant sa mort il avait exprimé le désir que sa nouvelle ^ouse, reportât à l'empereur son oncle toutes 1^ lâchasses qn'elle avait apportées^aiissi bien que celles qu'il avait lui<?même. acquises; mais celle-ci, ^ touchée de voir sop mari sacrifier sa vie pour obte*' ]|ir sa main^se dévpua tout-à-fait à lui, Elle abandonna aux frères du châtelain de Stauffenbergc^ la fortupe de son. mari et la sienne, et se renr ferma dans un couvent, bien, déterminée à ne plus se laisser voir par personne, eitàprier perpétuelle-^ ment Di^i et la sainte vierge sa mère pour sauver dans up autre nionde Tame du beau che^valier qu'elle avait sitôt perdu dans, telui^ci (i).
Yoilà ce que.se racontent aujourd'hui Içs hahit|ins des villages voisins , dent la mémoire est une si fidèle conservatrice de ces vieilles . traditions lo-
(i) Die Brut sprach > us gro^ier Not :
a Du hast verlorn um mich din Leben , ce So wil ouch ich durch dich begeben ; a Dàc ich wil in ein Gloster varn ; <c Mich selber wil ich so bewarn ce I>as8 mich niemer me keia Mân <c Mit Ougen sol geschep ap, , ce So wil ich bitten Got fiir dich , (c Und ouch sin Mutter lobelich y m DiedenwerdenGot'gcbar (^ Die^neoune dîner Sele war. »
(296) cales^ et voilà ce qui a poétisé le nom des vieilles ruiaes de StaufTenberg.
Les plus beauK esprits ue faisaient alors aucune difficulté de croire aux fées et autres apparitions merveilleuses. Le bon Froi^sart, qui enregistre si fidèlement les croyances de son temps , en les admettant du moins comme véiité poétique^n'a garde d'oublier ce trait de mœurs. £n parlant de la cap« tivité de Jean-Sans-Peur, de Boucicaut et de leurs compagnons après la bataille^ de Nicopolis contre Bajazçt en iSgo, et en racontant les aventures deleur captivité, de leur rachat et de leur retour , il dit (i) : « Quand se furent raffraîchis les chevaliers dans Tîle de Corfou , ils vinrent cheoir en l'île de Céph^lonie, et là ancrèrejnt ; et issirent hors des ga« 1ères; et trouvèrent grand nombre de dames etdamoiselles qui demeurent en ladite île et en ont la seigneurie; lesquelles reçurent les seigneurs de Frapce k grand'joie, et les menèrent ébattre tout parmi l'île qui est moult belle et plaisante. Et dirent et maintiennent, ceux qui la condition de l'île connoissent, que ies fées y conversent^ et les nymphes, et que plusieurs fois les marchands de Venise et de Gênes et d'autres terres, qui là arrivoient et qui y séjournoient un temps, pour les fortunes diverses qui sur la ^er étoient , les apparences bien en
(i) Froissart, tome UI de ma a"»* édition, en 3 volumes grand in-8«,Uvrçty,chap. 69, p. 3oa, .année 13.97.
. ( 297 ) véoienty et en véritë^ les paroles qui dites en sont/ approuvoieat. £t joyeusenjent ces damçs deCépha« lonie recueillirent les seigneurs de France, et leur dirent que leur venue leur a voit fait grand bien, pour cause de ce qu'ils étoient chevaliers et hommes de bien et d'honneur; car ou n'a pas acoutumé, si cène sont marchands, aller et converser entr elles. Or, ne pourroit-on demander ainsi, si l'île de Céphalonie n'est habitée que de femmes. Si est, mais les femmes en sont ainsi que souveraines, pourtant qu'elles couvrent d'ouvrages de la main, tant que de telles choses n'est pareille aux leurs ; ni les hommes de ladite île n'en savent rien faire; mais au dehors ils les portent vendre, là oumieux ils en cuident faire leur profit ; et les femmes demeurent en ladite île; et les honorent les hommes pour la cause que je vou^ dis, et qu'elles ont la chevance. Et est cette île dételle condition que nul ne l'ose approcher pour n>al faire; car quis'yessaieroit,ilpériroit. Et tout ce a ëté vq et éprouvé. £t pour ce demeurent les dames en paix, et n^ont crainte de personne ; et sont douces et hombles femmes et sans malice , et quand elles le veulent bien acertes, elles parlent à fées et sont en leur compagnie. »
N'est-ce pas là un épisode tout fait d'un poème épique, et n'est -il pas possible de suppos«^ que Camoëns aura tiré parti de ce passage pour son charmant morceau sur les plaisirs oiferls à Yasco de Gama dans l'île de Melinde, de même
que Virgile avait recueilli aussi l^s traditions rëpaâ^. dues de son temps? Mais laissons là les fées «t Froissarty Gamoëns et Yirgile, et continuons notre course sur la lisière de la Forêt-Noire.
Un peu plus loin que StaufTenberg , près d^m». medingen, se trouvent les ruines du château de. Hochberg j autrefois résidence des comtes de ce nom , issus d'une branche de Tancienne maison de. Baden €t qui sont venus s'ëteindre dans cette fa« mille au quinzième siècle.
Les ruines de ce château, qu'on dit avoir été. bâti du temps de Charlemagne, sont, après celles de Heidelberg, les plus considérables qui restent des anciens châteaux skués vers cette partie du Rhin. Le nom de Hochberg a été renouvelé de nos jours par le grand*dac Gfaarles-Frédéric, en faveur des enfans qu'il avait eus d'un mariage noa princier^ avec la baronne Louise Geyer de Geyers^^ dorfy et oe sont ces enfi^s qui occupent aujour^v d'hui le trône grand-dUcal. .