‹ Quelques souvenirs de course en Suisse et dans le pays de BadenChapitre 9 sur 22 · ZURICH · texte numérisé non relu

ZURICH

Je ne retrouvai plas à Zurich deux hommes pour lesquels je conserverai toujours estime et amitié, MM. Usteri et Meister. Usteri était le modèle d'un véritable patriote suisse ; ses lumières étaient fort étendues; son courage était au niveau de ses lumières, et une patience, fmidée sur ses idées d'amélioration progressive de l'humanité^ lui permettait toujours de saisir le moment opportun pour obtenir , avec le moins d€ résistance possible , les réformes qu'il méditait depuis longtemps. IL a laissé dans son pays une mémoire chère à tous, les partis. Meister avait tout-à-fait le caractère de lliomme de lettres ; vif, ingénieux,^ impressiopable, mobile, tout Français par son affection pour nous aussi bien que par l'habitude de se& idées, sans |amais cesser d'être ferme patriote suisse^ Dans sa jeunesse il avait été fort lié avec la secte philosophique Diderot, Grimm , d'Alembert, avec Rousseau, avec Voltaire, et il écrivait le français avec une grâce qui lui assurait une place convenable dans une seniblable association. Il m'a raconté même à ce sujet une anecdote littéraire assez piquante^

Jusqu'ici nous avions été habitués à croire que la correspondance littéraire de Grimm était en

( ^17 ) effet de Grimm, mais il parait qu'il n'en est rierr. Suivant M. Meister, le premier volume et la moitié du second sont de IKderoty la fin de ce second Yolume est de Grimm, le troisième est de d'Alemberty et à dater du quatrième tous sont de Meister, sans que Grimm en ait ëcrit une ligne. Seulement dans les dernières parties de la correspondance iian imprimée, quelques lettres sont de Mademoiselle Meukn, devenue depuis Madame Guizot, personne si noble dans toutes ses idées, et si regreij^ée de tous ceux qui ont eu te bonheur de la connaître, même moins qu'ils ne l'auraient désiré. Meister mç disait qu'aussitôt qu'il eut appris le projet de publication de cette correspondance, il partit à l'instant pour Paris, alla trouver M. Suard qui s'en était chargé, lui montra que les originaux étaient écrits de sa main, et ne se servit de ses prérogatives d'auteur que pour faire biffer certains morceaux qui ne pouvaient passer du secret d'une Qprrespondance intime au grand jour de la publicité, sans exciter de justes mécontentemens persohnels. Devenu vieux et ami du repos, il préféra voir les idées quelquefois assez hardies de sa jeunesse circuler sous le nom de cette espèce dé paladin à prétention nominé Grimm que sous le sien. Meister a d'ailleurs laissé des ouvrages^ qui prouvent qu'il était fort en état d'écrire cette correspondance. Au moment où je fis connaissance avec lui, il était fort âgé et présentait un phéno-

mène intellectuel assez curieux pour notre âge» Il avait dans sa jeunesse embrassé toutes les idées de la philosophie du dix-huitième siècle^ et pro« tégé depuis contre les fortes commotions par la tranquillité de son séjour de Zurich, il était resté à quatre-vingts ans ce qu'il était à vingt ; indulgent^ &• ciloy tolérant, mais doutant un peu de toutes les oon* victionsi même des siennes; et sans cependfint qu'il eût changé, lui qui dans sa jeunesse passait probablement pour un démagogue, il était, avec les mêmes idées pourtant, comme un aristocrate dans notre siècle ; tant le siècle a marché avec ra* pidité 1 tant ces vérités fécondes ont promptement acquis leur développement ! tant la liberté' s'est déjà débarrassée de l'entrave des idées du passé ! Les passions de quelques hommes et lîgnorance des retardataires encombrent seuls encore le chemin; mais on arrivera maintenant au but après quelques instans de lutte sans dèute^ mais par U seule force des lumières, et d'une modération qui ne sera pas sans fermeté.

Depuis 1 83a, la ville de Zurich voulant se montrer digne de son antique réputation de science (i), a fondé chez elle une université* Les institutions de droit, de médecine et de théologie qui y existaient, ont été réunies pour composer cette univer-

(i) Voyez notes 4 , 5 , G , 7 et 8 ; dans F Appendice , te DOtieet littéraires sur Zurich , EîMedeln > Berne , Payern et Genève.

( ai9 ) site et on y a ajouté une quatriè/ne faculté, celle de philosophie^ dans laquelle on a placé tout ce qui ne i^ouvait être classé dans les trois autres facul* tés. £lle a environ iSo élèves cette année. Les profesiseurs, au nombre dé i5, comptent dans leur sein- des hommes du mérite le plus éminent, tels que le philologue Orell et le naturaliste Ocken par exemple, qui partout sont comptés au premier rang de la science. Il y a en outre à Zurich un gymnase d'externes avec i5 professeurs et jao élèves,^ et une école industrielle, aussi avec 1 5 professeurs et âoo élèves. En continuant et en soute* nant surtout de tels e^rts, les habitans de Zurich verront bientôt les lumières briller d'un nouvel éclat dans leur pays. Si on contemple leurs institutions judicij^ires, on voit qu'ils ont encore quelques p^s à faire, car la torture à coups de nerfs de bœuf y existe encore, et on vous soutient que cela ne peut pas être appelé torture. Il y a aussi une meilleure proportion à établir entre les peines et les délits. On se rappelle en e£fet qu'au, milieu 4u dix-«huitième siècle encore^ un des hommes les plus éclairés et les plus probes du canton fut mis à mort pour avoir, dans un ouvrage purement scientifique, fait usage d'une charte du quinzième siècle, copiée dans les archives. En général, dans presque toute la Suisse, l'organisation judiciaire et le code pénal sont encore £[»t imparfaits. Dans les cantons démocratiques même, la peine est

( ajïo ) appliquée tout-à-fait arbitrairement parle peuple^ En passant à Altorf, j'appris qu'on allait couper la tête d'un pauvre diable. J'interrogeai les carabiniers^ qui l'avaient arrêté, et j'appris qu'ayant déjà été puni deux fois pour vol fait dans les champs^ on lui avait déclaréi que si une troisième fois il vokitc au-delà de quelques florins, il aurait, la tête cou--> pée. Quelques années après il yole, je cpois> un^ mouton , est arrêté et a la tête tranchée. Les petits cantons trouvent la peine de mort plus éco^ nomique que toutes les autres punitions. U serait trop dispendieux pour eux de tenir les coupables etk prison, et trop difficile de les y placer sons le régime d'une instruction morale capable d'en faire des hommes* En général, }'ai remarqué souvent que c'était par égoïsme et par paresse d'esprit que les hommes faisaient des lois cruelles, de même que les pédans fouettaient autrefois les enfans pour s'épargner la peine de les^ convaincre par la raison. La lâcheté de cœur amène la peur; l'ignorance la grossit ; l'égoïsme fait détourner les yeux des remèdes trop lents au gré de la peur; et on sacrifie des hommes parce qu'on est assez sot pour les craindre quand ils savent, trop ignorant pour les instruire quand ils ne savent pas. Cela est vrai de la France aussi bien que de la Suisse, au temps des réformes religieuses, comme au temps des réformes politiques.

Ces dernières agitaient vivement les esprits au

( i^ai ) moment de mon arrivée à Zuriclï. On avait vaine*ment tenté depuis deux ans les moyens de concilier et de rapprocher les opinions rivales ; elles se séparaient de plus en plus, de jour en jour. Tant que le système de i8i5 avait tenu la France asservie chez elle, la Suisse, dominée par le même système, n'avait pas à s'inquiéter de donner une garantie réelle à sa neutralité reconnue par les traités. Les-gouverhans suisses savaient bien que ^e long-temps la France, sous Charles X, n'aurait aucune velléité de se mettre en contradiction avec l'Autriche, de tenter une violation de la neutralité suisse, de faire briller ses armes sur les champs illustrés par Masséna, et de porter la guerre daçs les états de celui qui avait arraché ia couronne de la tête de sa fille afin de la poser sur celle des Bourbons. A la vérité, des idées révolutionnaires pouvaient se manifester en France et les Bourbons être chassés une troisième fois; alors sans doute l'Autriche pouvait être, de son côté, tentée de violer une fois déplus cette neutralité si hautement garantie, et se frayer par là un passage plus rapide et plus sûr en France; mais i^ette dernière supposition n'excitait pas des appréhensions bien vives dans les gouvernans d'alors, qui, dans un cas semblable, n'eussent pas mieux demandé d'ouvrir les portes des villes aux troupes autricliiennes , comme ils le firent en j8i3 et i8i5. L'aristocratie suisse a toujours

conservé une vive sympathie pour rAu^Lche.

La révolution éclata prédisément en France, mnsi que pouvaient le prévoir tous ceux qui suivaient avec attention les progrès tous les jours croisstns des exigences réactionqaires et les progrès tous les jours croissans aussi des lumières publiques^ Le trône fondé sur la possession de &mille et le droit divin avait été renversé , et un autre, fondé sur le principe rationnel de }a souveraineté populaire, avait été réédifié en toute bâte avant que la nouvelle des ordonnances qui avaient amené cet immense résultat fût parvenue aux cours par lesquelles elles avalent été le jpilus vivement sollicitées; n^is le '.mouvement ne s'était pas arrêté là^ et la Suisae, oîi déjà l'esprit d'indépendance venait de reprendre le dessus dan$ trois cantons , se hâta de profiter du premier moment de stupeur et d'abattement du parti de la sainte alliance. Dans tous les cantons les privilèges y restaurés en 1 8 1 5 , furent forcés de rentrer dans les voies légales ^ et les principes de l'indépendance nationale succédèrent aux habitudes d'obédience ou de complicité. LÊe& hommes nouveaux ne furent pas plutôt arrivés aux af&ires <]u'ils sentirent miei^x que janiais les vices du pacte 4e i8i5» Ils virent que ce n'était pas seulement contre la France qu'il fallait pouvoir garantir la neutralité suisse, mais aussi contre l'Autriche , et que, &ute d'une organisation centrale suffisante,

ils étaient complètement désarmes à cet égard. H était d'autant plus nécessaire d'y pourvoir que, dé toutes parts, on parlait de guerre. De là les plaintes unanimes contre le pacte de i8t5. Ce qu'il y eût eu de mieux à faire et ce qui eût très probablement réuni tous les suffrages, était de revenir à Tactç de médiation de Napoléon, sur la sagesse dut|uel personne n*ose aujourd'hui élever des doutes. Tout le monde le sentait; mai$ une sorte de mauvaise honte empêcha de proclamer excellent en 1 83o , Je^ême acte contre lequel on avait cru patriotique de .s'élever en i8i5; quelques bons citoyens, d'ailleurs, désiraient aller un peu au^ delà , et les légiférans genevois voulaient donner des preuves de leur habileté théorique en fait de législation.

Chacun arriva donc avec son projet de constitution fédérale et les dissentions commencèrent à se manifester. Les uns voulaient profiter deTôcca" sion de cette réforme pour tout réformer à la fois et refoiylre en quelque sorte à neuf le vieil édifice de la fédération suisse. D'autres , plus prudens, se contentaient de demander que le lien fédéral ne fût obligatoire qu'en ce qui concernait le besoin de se défendre contre l'étranger, et laissaient à chaque canton pour tout le reste l'action indépendante de sa propre souveraineté. Un petit nombre enfin , cachant ses vues personnelles sous un faux semblant de respect pour le passé, voulait que t»

( 224 .) Suisse continuât à rester sans le moindre lien cFunité pour que l'Autriche y trouvât mieu^i son compte. Les puissances étrangères ne manquèrent pas d'interposer leur influence dans ces importans débats. Les ministres d'Autriche , de Russie et de Prusse proposèrent aux ministres des deux autres puissances signataires du traité de Vienne, de faire une déclaration commune, et d'annoqcer aui Suisses que, le pacle de i8i5 stipulant des obliga«tions réciproques , les Suisses étaient tenus de le conserver dans sa pureté , s'ils voulaient que les puissances se maintinssent *dans le respect {iromis pour la neutralité. L'aqfibâssadeur de France, homme ferme et éclairé, repoussa^ facilement de telles prétentions. L'acte de i8i5 contient en effet deux sortes de stipulations, le^ unes relatives à l'organisation intériedte dont il appartient à la Suisse seule d'apprécier la convenance, les autres relatives aux puissancesétrangères. Si, dans le non* veau pacte proposé , la Suisse affaiblissait ces der^ nières garanties, alors seulement les puissances avaient le droit d'intervenir pour réclamer leurs intérêts communs; mais jusque-là les ministres n'avaient aucun droit d'intervention directe ni indirecte. M. de Rumigny déclara même nettement à ses confrères que , dût-il être abandonné en cela par le ministre d'Angleterre , son devoir était si nettement tracé qu'il le suivrait seul , et que si tous protestaient contre une révision du pacte fédéral;

( mS ) hii s'y refc^eraft. Gomme d'ordinaire ^ léâ velléités de mal faire reculèrent devant la fermeté d'un honnête homme; mais on intrigua d'une manière souterraine. Les petits cantons démocratiques de ScbwitZy Uri et Undervald sont ardens dans leur catholicisme et fiers de la liberté (Jue leur assurent leur gloire ancietïne , leur vigueur de caractère et de corps, et l'âpreté de leurs montagnes. 11 fut facile de leur persuader que le nouveau pacte serait favoral)le à la domination du protestantisme et de l'irréligion , et que pour fortifier le gouvernement central, ils seraient forcés de sacrifier un6 partie de leur souveraineté locale et même un pea de cet argent si difficile à gagner dans leurs ro- <;hers. Les qualités les plus exaltées de ces montagnards ont toujours été autant de leviers à Taide desquels l'Autriche a su les exciter et les conduire à son but. Us combattraient l'Autriche avec fureur sur les champs de bataille ; ils cèdent sans s'en douter aux ressorts secrets qu'elle fait mouvoir.

Ces trois petits cantons déclarèrent donc qu'ils «n'adhéreraient pas pour leur part à ce que décideraient les députés de la majorité des autres cantons réunis à Zurich, et ils formèrent à Sarnen leur diète à part. La ville de Bâle , toujours jalouse de l'agrandissement des autres villes suisses el toujours effrayée de partager l'autorité avec la campagne , se réunit avec les trois cantons ; elle espé*

rait trouver ainsi uu moyen de se venger de la diète de Zurich qui avait admis les députés de Bâle-campagne séparée d elle. Le canton prussien de Neuchâtel en fit autant; et chacune des deux diètes commença h marcher dans des voies diverses. Les petits cantons sont fougueux et braves ; ils demandaient à agir au lieu de parler et n'attendaient qu'une occasion. £lle se présenta.

La confiance des libéraux suisses dans leur succès, leur avait fait éliminer de leur projet constitutif, un article que Napoléon plus puissant avait cependant cru devoir faire insérer ; c'était la garantie donnée au clergé séculier et régulier qu'il conserverait ses propriétés. En vain quelques hom* mes, plus prévoyans, avaient-ils donné le conseil de tenir compte pour le moment de toute l'importance du clergé catholique en Suisse; les observations furent inutiles, et l'article de garantie fut éhminé. Dès-lors on put prévoir que le clergé entier allait se réunir pour &ire rejeter par le peuple l'acte soumis à sa sanction. Le canton de Lucerne était celui sur lequel les libéraux comptaient le plus. Dans lenouveau pacte, Lucerne devenait la capitale de la Suisse; on comptait donc que son intérêt assurait son adhésion. Le jour de mon passage à Lucerne, l'acte avait été rejeté à une formidable majorité. La diète de Zurich en fut épouvantée. L'ambassadeur de France était alors le seul qui l'eût reconnue. Le ministre d'Angleterre lui*

( ««7 ) même s'ëtait abstenu. M. de Riunigny igeul avait compris que, ministre d'un gouvernement régi par la ma]#rité> il devait, près d'un État libre, regar* der comme suffisamment légal à ses yeux ce qui avait la sanction delà majorité; et comme la diète de Lucerne ne comptait que cinq cantons et la diète de Zurich tout le reste des cantons, il siégeait près de la diète de Zurich , se contenant dans le rôle le plus lK>norable. I^ diète de Zurich , piquée de cet abandon des puissances et épouvantée de la résolution du peuple de Lucerne^ ne savait pluis à quelle résolution recourir, lorsque la'précipi«> tation du parti adverse la sauva.

Le jeudi i'^ août i833, les cinq cantons réunis à Sarnen passèrent des paroles et des menaces aux faits. Kussnacht et la campagne de Baie, qui avaient adhéré à la diète de Zurich, furent attaqués à la fois pas des troupes agissant au nom de la diète de Sarnen. La surprise leur avait facilité un instant de succès : il fut court. Tous les hommes éclairés virent qu'il n'y avait pasà balancer, et que si les amis des réformes n'étouffaient pas de légers germes de dissension pour se réunir dans une résolution de défense commune^ cette indépendance à laquelle on aspirait était pour jamais perdue. Les contingens de la majorité des cantons furent donc réunis en peu de jours, et la vanité des bourgeois de Baie et l'égarement des pauvres niontagnards fu<i reni punis. Les prétentions antî-nationales de la

( a^8 ) diète de Saraen étaient anéanties. Les intrigues et même les secomrs de l'éti^âfîger tus pouvaieiit danis cette circoDStande être d'auciiûe utilité afù parti battu ; car si l'Autriche eût àppuye là Yoiniôrité de ses armes , la France pouvait appuyer la hiajoritë, et alorls on courait le risque d'entamer une guei're sous de fâcheux auspices ^ puisqu'on commençait ainsi une attaque contre presque toute la Suisse et contre la France y sous préteite dé défendre lés petits cantons qui ont encore depuis leurs anciennes guerres une haine telle poùi* TAutriche , qu'ils auraient été les premiers à se tout'ner contre leurs prétendus défenseurs aussitôt qu'ils auraient Vu clairement que leurs passions et leuk* ignorance n'avaient été qu'autant d'instruinens dont s'étah servie une ambition étrangère. La France ne fut alors appelée à jouer aucun rôle que celui de con* seiltère éclairée; mais elle le remplit honorablement ^ grâces au bon jugement de sod ambassadeur, et à la main ferme comme aux luniièrés spéciale^ de M. de Broglie^ qui n'ont jamais été en défaut dans ces affaires suisises.

Cette difficulté vaincue, tout ii'était pas terminé encore. Je ne crois pas même que la question se décide avant ^uelcjues années. Les étrangers ont tout intérêt que ces négociation^ restent en suspens ^ pour que, le cas d'une guerre échéant ^ une année ou l'autre, il leur soit plus facile d'agir de ce côté« A la vérité , chaque jour ce^ craintes se

(a3o) du pouvoir executif, et cependant on n^à pu encore s^enteadre , ni sur l'organisation militaire, ni sur une refonte mieux entendue des monnaies, ni sur les douanes locales dans lesquelles quelques cantons sont trop intéresses pour céder , ni sur les routes dont les conununes ne comprennent pas la nécessité , ni sur les postes à l'introduction des« quelles s'opposent les aubergistes, classe nom:breuse et puissante en Suisse , ni sur les lots' générales, car chaciia tient à la petite souveraineté qu'il possède etne songe pas que son cantondevient plus fort de toute laforceque possède la Suisse prise, en corps. 11 faudrait, pour les amener à s'entendre, un homme qui, comme Napoléon en ]8o3', eût une assez haute raison pour ne demander à chacun que les sacrifices indispensables, une connaissance assez approfondie de l'histoire pour savoit* ce qu'on doit respecter et ce qu'on peut frapper , un coup d'oeil assez^ pénétrant pour distinguer ce qui agit sur les hommes et ce qui les élève à lueurs propres yeux comme aux yeux d'autrui en les marquant d'un sceau d'individualité , une puissance assez formidable enfin pour faire exécuter sans résistance tout ce qu'il à approuvé comme bon. Faute d'une telle volonté, les lumières pu-^ bliques sauront agir peu à peu.

( a32 ) primat, oui^venait de voir le roi de Saxe emprisonné pour son honorable fidélité à l'empereur INapoléon, redouta le même sort pour lui-même et vint se réfugier dans son ancien évêché de Constance. Ce prince éclairé voyait arree dégoût tous les fmux qu'allaÂt amener une réaction et ne voiiibit pas se souiller ea prenant part aux xnaux qu'il ne pouvait empêcher. L'ignorant loi^ Castelneagb ne comprM; pas que le seul moyen d'enlever à r^atciicbe la présidence de la diète, c'était 4e conservera prince^primat qui la possédait, et il crut que frap* per un ami de plus àe Fempereiur^ c'était asswrer davantage la vengeaiM^e del'Aaigielcrne. Le prince^ primat venait d'abdiquer le gr^tnddnché de Fn^De» fort en laveur 4)6 son successeur reconnu^ le prince Eugène^ 'respectant seul «neore des engageiMns qu^ii <se hâtait de violer partout. Le prims^ lot sacrifié fiux passions du inomest, mab l'exemple de ses j^r^us a porté d'heuneux fruits^ c'e^teonoie «ne^ole det«>Iéranoe catholique ouvertopar tonle l'AHemagne* Son ooadjoteur à l'évêché de Gc^tt«« tettoe^ le prélat de Wessemberg,. n'a fait qi^'s^ou^^ tef une nouvelle puissance à d^àu^i morales doc^ trines* Grâces à |eiir exemple eoiaiB^ii, le clergé ofl^hodique du pays àe Bade est eo mérae ten^ lé p^s éi>Iairé, le plus piettx^ lé plu» tolérant et la ptes civilisé des ptergéafle^ toutes léa Eglises itt idor, torileâ 4es çMjûnc^. Kous autres Ffançaisi qui somme! si en amère à eetiégaird «tque le Jbigot

( 234 ) divers pays; c'est de faire voter par nations et non par personnes; par un autre mode, les ëvêques italiens, plus nombreux que tous les autres réunis, auraient la décision de toutes les questions. Le concile se par* tagea alors en cinq' nations : allemande, française^ anglaise (reconnue pour la première fois), italienne^ et espagnole. De cette manière, le clergé allemand , seul parfeitement éclairé aujourd'hui, soutenu par le clergé anglais qui a le plus de lumière après lui, pburrait espérer de détacher la majorité du clergé français^ bien pltis ignorant que les deux prié-' miers, de l'aUiance avec les deux derniers, et lefruit de l'expérience des siècles ne serait pas complètement perdu. Si Rome ne s'y prête pas de bon^ gré, l'Allemagne agira d'elle-même ^t peu à peu.

Mais l'Allemagne n'en était pas alors où elle en. est aujourd'hui. L'empereur Sigismond, présent au^ concile, se hâtait d'aHer au-devant des violences de^ pères, en prêtant main forte aux supplices et en se parjurant le premier pour les faireexécuter, tandis que le bon peuple applaudissait des mains et ap-' poftaitson fagot au bûcher. On dit que Jean Huss^ voyant une bonne femme qui se hâtait aussi d'apporter son contingent de bois pour grossir son bâcher, s'écria en philosophe : O sancta ^mpUdtasl 6 pieuse ignorance! Le mot était digne de l'homme ferme qui, s'apérçevant que le bourreau, pour lui dérober la vue des âammes, mettait te feu au bô^ <;her pair derrière, lui avait dit :« Vous pouvez l'ai-

( 235 ) himer devant lîtoi. Si j'avais eu peur du feu , je né serais pas ici; »et il peint tout un siècle. Ce n'est plus aujourd'hui pour brûler des hérésiarques religieux que la pieuse ignorance des peuples apporterait son fagot; on a moins peur des novateurs religieux; mais ne nous hâtons pas trop de nous enorgueiU lir. Les passions et les bassesses humaines se modifient plus qu'elles ne se prescrivent, et l'honnête et tranquille bourgeois qui s'indigne des bûchers protestans, n'est jamais le dernier à crier, à sévir, à frapper avec MM. tels et tels, hommes de très bonne foi et parfaits représentans de leurs sympathies, contre toute idée, toute chose, tout homme politique , dont fe fantôme novateur ébranle leur somnolente imagination.

On est moins fébrile à Constance: et je connais peu de villes où les réactions des deux peurs riva« les, peur des réactions et peur des révolutions, se fessent moins sentir. Le peuple y cultive paisiblement son intelligence pour se mettre en état de mieux jouir d'un meilleur gouvernement^ au moment oil son établissement deviendra possible, et le gouvernement qui ne se voit pas menacé du jour au lendemain ne cherche nullement à entraver les lumières publiques. De même qu'à Carlsruhe, Manheim, Rastatt, il s'y trouve un lycée (r)

(i) Il y a quatre espèces d'écoles, une école latine» deux progymnases ou pédagogies, cinq gymnases à Hiedel-

d^$i lequel on peut sMivre le c<m^s 4^ philp^ ph^e^ ainsi qu*on le fait dan$ les deux universités badoises de Fribourg et d'HeidelI^e^g, et ce çQqr$ çpippte Gopdme §'i) «était fait à Vujçi}\e^^i\fé^Le lyçé/^ deCpu^^^nce^ fr^qj^içntépar plus de f 5p ié}^veç,ei5j placé d^^s l'ancien l^âtiuiept ^e^ jéwites. L'^a? cjeppe biWioth^qtie de$L jésuites; ç^st. restép. Çjer pendant là compte partout^, aq mpuienj^ dje la desr t^uction des co.uvens^ chacun, a empqrté ppur soi| çpinpte les livres auxquelsi il ^tt^ch^it. le p^us dç prix^ et; il 9e reste 9UÇUn n^ii^uscrit yraimeqt pré* çieu^. 11 Vy eu ^ guère pl^sqjU i^nç ciçquantaiu^ dont les plu§ ^cienis. sqn.t di; ï$* siècle. I^e pl^3 cwieiqc fst 4eU6i^ d^ iS" siècle, c'est unq de ces Biblia pauperum telle qq^'QU cq a iipppiipjé plusieurs dans les premiers^ tepps de riuiprimerie. Les miniatures au trait jointes f^ux tableaux gé-néalogiques sont pour la plupart fort élégaip* ment dessinées». Les autres volumes spi^t un yoca* bulaire latin-allemand 4Qrit en i499^ les Satires dHorace, les Céprçiques. de Virgile? çt l'Elç^e de la folie d'Çrasme eu Utîn, d^us un vplumç éprit au 16'' siècle^ un Salluste et divers morceaux d^ Cicéroo, dans un manuscrit sur papier de 1^ 6n de 14* çi^clç o\\ plutôt du cpmmeucemeut du I5^ ^Le pripfessent* Weissgepber de Constance a tiré de ce der-

bçrg, Br^cbs^l^ Offenbourg, Fribourg Çjt Ejonau^scbinge^ , fl quatre (jcée^.

l'italien et Tanglais et encore moins rallemand. Il reste à Constance fort peu d'antiquités. Un des souvenirs historiques les plus anciens est un reste d'une vieille porte de la ville, aujourd'hui fermée et appelée Schotten Thur, entre le cime* tière qui porte le nom de Schotten Feld et une autre petite porte appelée Schotten Thurlein. Ce nom de Schotte ou Écossais donné à ces trois lieux différens, se lie au séjour que firent à Constance St» Coloniban, St. Fridolin^ St. Gall et quelques-uns de ses disciples qui au 7* siècle sortirent du monastère irlandais de Bangor , seul célèbre par sa science dans ce temps d'ignorance, et qui vinrent propager le christianisme dans cette partie de la Suisse et de l'Allemagne en fondant en France et en Italie les famieuses abbayes de Luxeuil et de Bobio. Dans tout le moyen-âge les Irlandais, Anglais et Écossais n'étaient connus que sous le nom général d'Écossais, et c'est sous ce nom que les religieux irlandais de Bangor sont désignés dans tous les manuscrits du temps. Ce n'est que plus tard que les Anglais ont pris le dessus. Il ne reste de la Schotten Thur, ou porte des Écossais, qu'une muraille et peut-étreune petite tourelle voisine, d'une forme assez caractéristique et appelée porte des Sorciers (He-^ xen Thur). On attribue aussiàFridolin la structure du cloître adjoint à l'antique cathédrale, mais il est certainement de beaucoup plus récent, et on l'aura probablement confondu avec la petite chapelle de

(«Sa)

Schotten Feld qui pourrait bien être de cette épo^ que, mais qui a ëté fréquemment renouvelëe en partie et réédifiëe, de manière à ne plus offrir d'ancien que les fondemens.

Le cloître des Dominicains, qui appartient aujourd'hui à la famille Macaire , fort distinguée à Constance et qui le serait partout, contient sur les murs du cloître une suite de tableaux de la danse des morts imités dllolbein. Quelques-uns sont encore fort bien conservés. On y remarque aussi le tombeau du célèbre Chrysoloras mort pendant le concile de Constance.

Je ne parle pas de la salle du Concile qui n'offre aucun autre intérêt que le souvenir d'un grand événement historique.

La ville de Constance est située tout entière sur le territoire suisse, et le grand-duché de Baden ne possède de ce côte du Rhin que Constance et une enceinte de quelques pas. Presque aux portes et comme un faubourg est le village suisse de Kreut^s* lingen avec une ancienne, vaste et riche abbaye de chanoines réguliers, quando queetiam irregulares^ comme me le disait l'abbé, de l'ordre de St. Augusti*n.L'.ibbé revêtu delà dignité deprélat,est un jeune homme de trente-deux à trente-six ans, grand, bien fait et d'une figure distinguée. Il me fit avec beaucoup de bonne grâce les honneurs de son couvent et de sa bibliothèque. C'est un homme instruit dans les matières théologiques et a^sez au courant des af-

fairesde ce inonde. Il reçoit et lit Les joumaax et con« naît beaucoup mieux dans soii cloître le temps où il vit que bon nombre de nos prélats même mondains de France. Son couvent est autorisé par le canton à recevoir 24 religieux^ mais bien que fort riche et peu sévère dans sa règle, puisque les religieux obtiens nent fréquemment la permission de sortir et peuvent recevoir des visites dans leurs appartemens, il n'y en a cependant que i5. 7e lui en demandai la raison, lime dit qu'ils avaient cru devoir se montrer assez sévères dans leurs réceptions et qu'ils . exigeaient dans les récipiendaires des études fort approfondies; que c'était là le seulmoyqp de conserver encore un reste de respect qui s'en allait ; mais que même en se montrant moins sévères^ ils ne parviendraient pas à compléter leur couvept attendu que la tendance des idées ne portait plus les hommes vers les cloîtres, et que d'ailleurs même là, on n'était pas à l'abri des revîremens politiques , la cour de Rome n'était plus ni assez forte pour protéger ce qui est ancien , ni assez éclairée pour le sauver en le réformant à propos.

L'abbé est logé d'une manière vraiment splen* dide, non pas par l'ameublement qui est simple, bien qu'orné de tous les conforts de nos salons modernes y tels que sophas , fauteuils , pendu* les, etc., mais par la grandeur des pièces, leur* bon entretien, la chaleur égale entretenue partout y et la vue magnifique qui se déroule sous les

fenêtres d'où on embrasse tout le lac de Constance, la petite ville de Lindau située de l'autre côté et les montagnes neigeuses du Vorarlberg. L'église est petite, mais fort jolie, et peinte dans le style des églises d'Italie.

L'abbé me montra une mitre assez ancienne qui, suivant la tradition, avait appartenu au pape Jean XXIU , et fbt offerte par lui à l'abbé lorsqu'il vint loger dans ce couvent en allant au concile. Comme les abbés ne portaient pas encore la mitre épiscopale , les augustins de Kreutzlingen ont tiré long- temps vanité de cette offrande ; mais l'abbé actuel m'a semblé ajouter peu de foi aux reliques ^^ même d^ papes. Je lui reprochai d'entrer dans le siècle par le doute. Mais il sent bien que clergé séculier et régulier, tout est forcé aujourd'hui d'en* trer dans le siècle.

La bibliothèque est la pièce la moins soignée diw couvent (i).

(i) Voyez dans l'Appendice n« lo, la Notke sur les coiivens de Kreuzlingen et de Peterahausen.

HEIUGENBERG.

Le trajet de Constance à lïeîligenberg est asréable et facile. A huit heures du malin rétaîs à bord d'u bateau à vapeur naviguant avec rapidité vers Uberlingen ; à neuf et demie nous arrivâmes^ à UberUngcn. Toute cette partie du laê, fort resserrée entre des coteaux boisés, est d*un aspect charmant. La ville de Môrsbourg se présente avec tout Taspect pittoresque d'une ville italienne^ et la physiorioniie du tac est beaucoup plus gaie que ne Test la partie la plus l^rge, tout» dégarnied'habitations*

Uberlingen est une ancienne ville impériale, ruinée par la guerre de trente ans, et donnée par Napoléon à la maison de Baden en 1801. dallai visiter la bibliothèque de la ville. Le doyen' a depuis pki^ieujrs anné^adou^é looQ flpr^isaiio^ellement pouc son ^itrefiéB. Le collège et le gojBivernement y ont ajouté près de 5oo florins, et peu à peu elle s'approvisionne de livres utiles. Parmi les manuscrits j'ai trouvé une vie manuscrite de saint Gall du onzième siècle; des gloses saintes du quatorzième siècle (manuscrit insignifiant), et un beau Missel de Cluny , copié à Paris vers 1 55a sur vélin avec de fort belles miniatures. Un autre manuscrit

sur papier, offre aussi quelque intérêt : c'est un ré« cueil de poésies fait en i58o par Jacob Reutlingery greffier d'Uberleinged, en 8 volumes în-4'** On y trouve un poàme latin de 1678^ en 200 vers^ sui' le lac de Constance 9 et plusieurs pièce» et renseignemeos historiques. Les archives ont encore con-^ serve un bon nombre de documens depuis le tréiziànie sièole« L^église gothique d'Uberlingen mé^i rite d'être vue en passant. Si les eaux ferrugi*^ nettses qui coulent près de la ville deviennent à la^ mode, la belle situation du pays aura bientôt ré« pare les désastres de ia guerre de trente ans.

A onze heures nous nous mimes en route pour Heiligenberg en passant par Salmonsweiler ou Salem.

S^lmotoAV^ler était une des plus riches abbayes de Fol^e àe$ Ciseaux, et possédait 19 paroisses / 39 villages^ tm grand nombre de hameaux et domaine^ et 10 châteaux. Le châtc^an abbatiales! de la fin du dix-septième et du commencement du ^x»buitième siècle; il est vaste et bean. L'église est d'un très bcm style du quatorzième siècle, richement ornée. La bibliothèque est eoiâposée de près de 60,00a tokimesy et on y a joint un médailler et un dabinet dliistoire naturelle. Cette belle po^ession â été donnée par f empereur Napoléon' à la màiîBon de Baden comme apanage, et elle est aujonrd'huidans Icfs mains du margrave Guillaume, frère du grdud-duc, qui y passe la belle saison. E

venait d'y arriver avec sa femme^ fille du duc Louis de Wurtemberg.

Nous arrivantes à Heiligeoberg a une heure trois quarts. Heiligenberg est dans une magnifique po*' sition« Qn domine les deux lac^, toute la vallée du Rhin, et on a devant soi l'immense développement des montagnes tyi:olienne$ et suisses. Le château est échu par alliance de femme à la mdson de Furstemberg sous Charles-Quint. Les comtes de Heiligenberg^possédaient un droit de justice inle* rieure, et le prince de Furstendberg a laissé ou. fait placer sous le premier portique un tableau du supplice du poing coupé qu'ils avaient le droit d'infliger. Il eût été plus convenable de réserver un pareil tableau pour la salle des antiquités. Lar chapelle du château est fort élégante. La tribune supérieure, en boiserie orni^e et plaquée, est (Fun fort bon effet. Cette tribune communique au graqd salon, d'où la vue est magnifique de toutes parts. Deux assez belles cheminées du seizième siècle sont placées aux deux extrémités. Le plafond est en bois sculpté et orné. Tous les murs sont garnis de tableaux de famille de tous les siècles. Panni ces vieux chevaliers on en distingue un du qua* torzième siècle, dont le costume est aussi, sévère que pittoresque : c'est celui d'un comte d'Heiligenberg, qui ayant été excommunté, trouva, plaisant d'entrer avec toute sa suite de chasse^ chevaux et meute compris, dans leglise au moment de la

( 245) grand' messe. Cette course au milieu de l'église pourrait fournir le sujet d'un beau tableau. Les prêtres et les fidèles se réunissant autour du curé pour le protéger, l'attitude ferme et sévère du prêtre officiant^ la confusion de tous les assistans, et les courses des chasseurs , chevaliers et chiens , tout cela peut donner matière à un beau développement de {rnssions.

Kous dinâmes en sortant de là à Tauberge de l'Aigle (Aider), qui est vaste et très bien tenue. £■ une demi-heure de temps on nous prépara un excellent dîner. Il est peu d^auberges des plus grandes villes de France où on puisse trouver tant de ressources. Les chambres sont très bien twues et on s'en contenterait partout.

A trois heures nous prîmes congé des amis avec lesquels nous avions fait cette charmante excursi^. Nous nous remîmes en ixiute pour Uberlingen où te bateau à vapeur nous attendait et était prêt à reprendre sa course vers Constance^ Notre navigation au retour ne fut pas moins agréable qu'à l'arrivée. Le vent était appaisé; le soleil était magnifique : la tente nous protégeait ; un beau et grand bateau avec sa longue voile déployée s'avançait à quelques pas de nous, et ajoutait à la beauté du paysage. Les rives de la Meinau et de Lorette étaient éclairées d'une manière ravissante, et Constance comme illuminée obliquement par les rayons du soleil couchant, terminait noblement l'horizon. Pourqttoi të&

(a46) lacs de Zurich (i) et de Lucerae $onUils privés de raarantage des bateaux à vapeur? Tout ce qui rapproche les bommea les éclaire et les civilise.

(i) Un bateau à vapeur a été installé à la fin de Tannëe i835 sur le lac de Zurich.

( 248 ) che primitive de marquis de Btid^g. L^ cathédrale de Fribourg est du même siècle. Elle fut bâtie entre 1 1 aa à 1 1 5^. C'est un monument fort étëgant , sur le même plan ^ue f église de Strasbourg , et par le même ar(;bitecte auquel on doit ce chef-d'ceuvre d'élégance. La catbédrale de Fribourg «it moins aérienne et moins vaste; mais elle peut être citée à côté des plus beaux monumens d^architecture gçthique.

Ce qui fait $urtou( la célébrité de Pribourg, et ce qui lui donne un peu de vie, c'est son université catholique. Sa proximité de l'université protestante d'Heidelberg, en la servant par ssRconcurrence, lui a enlevé un peu des faveurs de la cour, lie nj^- . rite de (][uelques-uns de ses professeurs eût pu contrebalancer Finégalité {je Tajipui qu'elle recevait du gouvernement; mais ce mérite^ ne sHi&t pas montré assez souple ^ et ri a 8té frappé. Il n'est personne qui n'ait entendu parler du rôle éminent qu'ont joué depuis quelqi^es années , daitë les affaires publiques, les professeurs de Rotteck^tWelcker, députés des états de Baden et professeurs à l'université de Fribourg. Le professeur a été puni de l'opposition qu'on trouvait dans le député, et les cotirs de MM. de Rotteck et Welcker ont', été supprimés^ non pas pour ce qu'ils y avaient dit, car ils avaient toujours respecté la gravité de la science , mais sous prétexte d'articles insérés dans un journal ^ articles qui avaient déplu à l'Autriche et à la

( «5« ) appelle Téphorat académique des mœurs. Il est chargé de la surveillance des élèves (Kins la ville,

f^idté de th^hgie cathmlique^

Léonard Hqg ^ ( chaDoine de Fribourg) , profcs *

seur public ordinaire de la lit»

térature de l'Ancien et du Nouveau Testam^t et des, langues orientales.

Franz-Xaver Werk y professeur de la scienca pastonde.

George Kefer^ — honoraire de Thistoire à^

rÉglise et de la patrologie.

Ludwig Buchegger , — de dogmatique.

Heinrich ^chreiber , — de théologie morale et de. la science de la religion.

Liber Steugal , aide-professeur de théologie.

Mathaeus Klenkler, suppléant pour Thistoire de TÉ-r glise.

Faculté de droit.

Karl de Rotteck 9 prçf.ordin. ^pensionné\à}^

* droit 4iaturel et des gens.

Karl-Théodore Welcker , — {j>ensionné) du^roit

public allemand et des Pandectes. "^

Johann-Georg Duttlinger, — Je droit et de procédure crimûselle^ dé droit et de procédure Gommerciale , de procédure ailemaudeetde praxis juris.

Heinrich Âmam , prof. ord. de droit ecclé-

- siastique et des Pandectes^

Karl-Juliuti Fe^feb , prof. publ. (^histoire

naturelle et de bo*- , tanique.

Hein.-Joëtph Wctjïer, — de philologie

j orîentftle.

Franz-Joaeph Ziuàmermann , — extraordia.de

^ / philosophie.

l Wilderick Weick/, prival-doceDS.

- Jean Jaquot , / maître de langue

/ française»

L'universilé^ a de plus son bailli pour tous les délH^ commis par le^^udians dans sou ressort.

Il y flrâ(er]Ttlis dans la ville une société pour l'encouragemeot des sciences naturelles, une autre pour rencouragément de rhi3toire , une société libre des arts , et une quatrième société pjpur Tamélîpration mot*ale et intellectuelle des ^tenus.

L'université de Fribourg est surtout fr^uentée par les jeunes gens qui se destinent aux fonctions ecclésiastiques du culte catholique,, et,sous le point de vue ecclésiastique, le grand-duché est fort en avant de la France , il faut Ta vouer. JLa supériorité du clergé badois sur le nôtre tient à plusieurs mo» tifs qu'il est utile d'examiner.

Le Brisgau , comme je l'ai dit plus haut, appar^ tenait autrefob à l'Autriche. Joseph II introduisit dans toute la monarchie autrichienne des amélio* rations dont cette province se ressent encore» Ce souverain éclairé avait compris qu'il n'était pas suffisant d'avoir renversé les jésuites, si on laissait subsister tous les désordres de l'ancien édifice çc-^

tlëstttstique. Il ëtudia avec maturité ce qu'il convenait de faire ^ et une fois ses idées arrêtées, il les exécuta avec fermeté. Napoléon disait qu'il fallait qu'un grand souverain consentit à être un peu haï ^pendant sa vie, pour être beaucoup aimé après sa mort; c'est ce qui est arrivé à Joseph IL Un jour , s'il m'est loisible d'arriver aux matériaux indispensables^ je me propose d'écrire la vie de Joseph II, et on verra avec quel jugement sain tous ses plans ont été formes , avec quelle fermeté et en même temps avec quelle modération ils ont été exécutés. La monarchie autrichienne profite aujourd'hui de tout te bien qu'il avait prépare. Bien secondé par le vieux ministre Kaunitz et l'évêque éclairé de Leybach, Charles comte d'Herberstein , il entreprit d'introduire dans ses États les réformes d'organisation ecclésiastique les plus indispensables, et qu'il n'eût jamais pu obtenir dif pape, même après de longues années de lutte. Il savait que Rome n'accorde que ce qu'on lui arrache. Il soumit le mariage comme contrat civil à la législation de l'État , en rendant les curés sur ce point fonctionnaires civils responsables aux yeux de l'État. Il permit le divorce. II fit une nouvelle circonscription des évêchés de ses États, régi a les cérémonies et les processions publiques, dé* fendit le recours à Rome, établit, outre les séminaires diocésains , six grands séminaires dans lesquels devaient entrer tous les étudians en théolo-

gie et oîi il assarait gratuitemeot u(ie insU^UAtton plus solide au clergé* Il dédiMra aussi qù'aujcune bulle, décret, bref j mandeoM^nt M pourraient être publiés saas l'autorisation et l'exameo de l'a^itoritjér civile* Il avait été frappé de voir que les évéi)uefr et hauts dignitaires du clergé avaient fini à la lon^ gue par s'attribuer le reveau de toua tes bi^ns of^ ferts par la dévotion des temps anciesis, tandisi que beaucx>up de paroisses manquaient de curés^ et qne les curés de villages n'avaient p$fs de quc^ suhsisicer, et il chercha à ^ remédier. Les États au-^ trî6biens éta^nt coMverts deconvens et d'abbayes* Il exAirâna quek étaient ceux qui étaient asaea opnleps pour entretenir leurs moines^ ou qui étaiedt ase^ célèbres par quelqud fnériiei ancien ôim nouveau) pour mériter d'être eonserféd. Getix«lày il les olaintint avec, respect en se contchtanl ètf leur ifi^poser robligatitm de doter les enrés de c^rt^in^s pm^^es pauvres et de se cfaarger.de rédi!U;atÂ<^n* QiiKmt aux autres monasièiies dont le» revenus éta^ot tombés en comméndite^ du qui n'4vaient pas de qupi se suffire , il en pronôn^ la: supi^çssion complète^ Tous leurs biens furent veu-r dus pour Ibr^ef unfondst^i^articûlier destinéà ibâir^nirau^ fraôs d etiti^tien. d'un nombre déterminé debour$iiei*s e^ïclésiastiques daiii las)UAiTer^éèy du clergé Hifërieuiv et de Tinaiructioo pdbUqne/Ce fonds a 09atiuu6 jusqu'ici à étreadtninistpesépaffé*^ mé^t de touA les autres revon^s f no& pas par le

( a55 ) dergCy gui Peut d^ nouveau consaerë à J'ëclat des évêchos et chapitrçs, mais par l'État seul et par riatérmëdiaire d'une commission ecclésiastique^ Le souverain actuel en a honorabkment conserva l'emploi. Cest à cette ressource pécuniaire ,• doi^ le Brisgau avait sa part proportionnelle^ que le^ cltrgé de cette partie de l'Allemagne doit Taisaned de les membres. La France , en conquérant le Brisgau ^ a respecté raltoeation de ce fonds , et i\ sert aujourd'hui à l'entretien des boursiers ecclésiastiques dans l'université de Fribourg et à ta do-' tation des curés de paroisse.

On se plaint en Frant^ de l'hostilité du clergé catholique cototre le gouvernement , 0on ne (bit rien pour Téelairer. 11 né suffît pas de ménager sa susceptibilité, en lui laissant une large part dans Vinstructioii publique, par exemple, si on n'a pas pris d'avance les moyens de rendre son infhience toute bienfaisante^ toutecitoyenncTaisous les yeux une bi^ochure imprimée en i8ï2, par le baron dé Wessemberg, sotts le litre de : Considérations sui^ l'éêat aetttd de VinstruotiQn pubHque du clergé ca^ tfwlique en France et en Mlémagne. te Non«seute-^ ment, dit- il avec beauicoop de raison*, Pinstmetion du cl«rgé de France n^a fait auçtm progrès depuis le siècle de Louis XIY, |nais c'est de la fei d^ celle époque si glorieuse pour la littérature '«I le> clet*gé' de FrancQ, que date la déeadenee de sa Gutture. ^ Il en douneles raisons^ et «herche etisliîle

( 256 ) les moyens cT^uremédier. I^ approuve les inesuf es prises par le décret de Napol^Qp sur l'université impériale et les facultés de théologie, mais il les trouve encore insuffisantes. Et cej)endant même ce décret ne fut pas observé par le clergé français , et les facultés tbéologiques des univei*sités furent partout comme non avenues, par suite de la permission accordée de ne pas assister à^ ses cours et de suivre uniquement ceux du séminaire. En Italie le clergé montre moins de fierté. Le rtcteur de Tacadémie de Turin , le célèbre abbé Peyron , m'a dit qu'il n éprouvait de difficultés que dans les dio* cèses de Savoie, par suite des traditions épiscopales françaises, mais que cependant il savait bien forcer les évêquesà céder. Pendant mon s4|ov dans cette ville, un professeur de théologie fut vivement réprimandé par luji, pour avoir enseigné des doctrines conformes à celles qui servent de^ règle à notre clergé. Le gouvernement n'a-t-il pas droit d'exiger, en effet, que les hommes aux lumièi*es desquels est confiée en si grande partie la direction de la morale du peuple , soient par leurs lumières au niveau de leur vocation et au niveau du progrès social, <c II n'est aucunement question, dit M. de Wessemberg dans sa brochure pleine de sens , de fisûre de tous 1^ prêtres des sa vans, mais oo est encore £cirt loin d'être savant quand on s'est acquis les connaissances nécessaires pour remplir sa vocation. L'ignorance n'est jamais bonne à rien. Les

prêtres ignorana sont une peste pour la société. l\â se distinguent pour Tordinaire par des mœurs peu réglées ou par une fausse piété* L'ignorance des prêtres est la source principale de la superstition et du fanatisme des peuples. i>

Tai souvent demandé à plusieurs évéques français comment ils ne comprenaient pas tout le mal que l'ignorsince générale du clergé leur faisait à euxmêmes et comment ils ne cherchaient pas à y remé« dier. Je leur demandais comment il se faisait qu'on permît à un jeune prêtre d'entrer dans une cure sans qu'il çût suivi des cours d'histoire ecclési^sti* que, d'explication des livres saints et de théologie pastorale (i), et comment» au lieu de mettre entre les mains de leurs élèves les Pétau et les Dupin, les de Marca et les Tbomassin, les Sirmond et les Richard Simon , les Mabillon et les Calmet, les Pascal et les Fléuryi les Bourdaloue et les Massiû Ion y les Bossuet et les Fénélon, regardés comme classiques partout où la culture des lettres a fait quelques progrès, ils en étaient encore y au lieu de faire étudier ces chefs-d'œuvre , à faire pâlir pendant quelques années leurs séminaristes sur les livres scholastiques d'un Lacroix ou d'unBusenbaum^

(i) L'enseignement de lathëologie pastorale coin|>rend en Âltemaghe k science h<nmMirque otL de la prédicatîoii, l'art d'expliquer convenablement le catéchisme , les ^acipes de-la pédagpgie, les lithu^gies et les maxim^ de sagesse propres à diriger ui> pasteur dans toiiiie sa opQduîto.

(PIiu tbllet ou d'un Tôurnèly, Ihëotogie et phî^ loî^Àphie sôi-disaut universèliès , ihâis misérable et' bizarre méhrnge dà dogme , de là morale et àix droit canon ou plutôt des dëcrétklesV tout cela varié par l'apprentissage machinal et jamaU raisonné des rîtes de 1- église , et sans jamais les exercer dans l'éloquence de la chaire , une de^ gloires de la France. A cela ils me répondaient que les élèves leur étaient remis dans un état trop complet d'ignorance pour qu'en trois ans et mémo quelquefois deux ans de grand séminaire^ ils pus* sent leur faire enseigner autre chose que l^îndispen* sable, et en quelque sorte le métier. Si cette raison est réelle^ il appartient au gouvernement dé consi* déi*er mûrement cette situation forcée et d^y porter remède; car chaque jour le mal ira croissant, €it je ne connais p^s, de mal plus profond que l'ignorance d'hommes destinés parleur institution à conibattre les ténèbres et l'ignorance. Dé savans ecclésiastiques français, tels que M. l'abbé de La ÎVIennais et l'abbé Lacordaire , ont voulu porter la maih sur l'édifice croulant pour l'étayer.lls ontappelél^ sens commun au secours de la théologie (i) ; bn sait comment ils ont ét^ accueillis par ceux qu'ils voulaient 4éfpn(dre , et comment ilç ont ^té for^Qes d'hMXPiUer leur.ficjmc» devant Tig^oniBce»

[f\ Cdtëckistne ku setùréàmmuhl par l'ébbé de La Mennh^'»JËiÉ(H sur tind^rence^ page» 8k et suîr. '

( 259 ) Cela peut être une bonne leçon morale donnée à Tiiainanitéy mais cek n'avancera en rien l'œuvre d'adfetmisteinent de l'Église.

Un autre ^vant ecclésiastiqùeyrabbë Bautainde Strasbourg^ qu'on, n'a^ctiùsera assurément ni de ft^oidçur religieuse iii d'un défaut de soumission absolue aux décisions^ de Rome , n*a pu , tout en combattant ledi^éformes proposées par l'abbé de La Mennais et en frapk||)àut tout système philosophique non fondé sur la révélation, fermer les yeux au mat existant. « Ce qu'on appelle aujourd'hui phitD8bpbie^chôlà^tique(i) dans nos séminaires , dit-^il^ n'€tst point, à' proprement dire, un corps de doctrine, un Système' de science : c'est plutôt une méthode pour examinei» et *juger les opinions humaintas contraires aux vérités métaphysiques. Cet cfiseignèmefnt n'a ricin de commun avec lés systè* mjss modernes, ceux' qui le donnent ou ne^ le con-« naissant pas,, ou ne vouianlt plits s^én oticupér. Il est petté au ï9' siècle ce qu'il était au 17", et c'est un spèctaiele slinguliei:* au milieu du progrès général dfôî connaissaftioes humaines , de voir la philoso* phie sdiolastiqué garder ses anciennes allures, son ^ieox lan)gage,sésforttiés usées, ne marchant point avee le siècle, ibie voulant se mêler en aîucuhe ma-

(i) De t Enseignement de la Philosophie en France au ig'^siéeU, parl'rfbbé Èautain. Strasbourg, i»35. L'abbé PaïUaid esl>prôfiwe|i]^' au aéqiiinai^ ^tà b fatiilié/

nière avec lui i bien qu'au fond elle participe i son esprit plus qu'elle ne croit; car, tout en gardant les formes et le langage du moyen-âge, elle n'en a pluB la foi ni la science. Elle est cartéu^ine dans son esprit y et c'est ce qui explique sa sécheresse et sa stérilité..... L'enseignement philcoc^hique de cette école (nos séminaires) se réduit à la logique ^ et encore à la partie la plus technique de la logi«> que. Les problèmes les plus importans sont résolus à coup de syllogismes, ci les majeures des argu«* mens dans lesquelles sont contenues les conclu-' sions qu'on veut obtenir, sont reçues de confiance, soit comme évidentes par elles-mêmes, soit comme appartenant au sens commun , soit même comme vérités traditionnelles ; car ici tout est mêlé et confondu. On suppose le plus souvent ce qui est en question ; car la raison , ne pouvant se faire ses principes à elle-même, est bien obligée d'en supposer ou d'en admettre qu'elle ne fait pas. Yoilà ce qu'on appelle de la philosophie dans la scholastique moderne.Là le plus grand philosophe est câui qui dispute le plus intrépidement à tort ou à raison; ou plutôt c'est celui qui débite le mieux les ar* gumens tout faits que lui fournit son livre ou que son maître lui dicte. Il ne s'agit point dans les écoles de traiter à fond les questions, il s'agit de rai« sonner pour ou contre. C'est pourqu(H on s'entoure d'un grand attirail de dialectique, qui cache le vide, et on supplée par l'appareil des formes

(a6i) au manque d'idées, de science et de vérité. » Yoilà ce que sentent , voilà ce qu'avouent les ecclésiastiques en trop petit nombre qui ont pu, en sortant du séminaire, se refaire une instruction toute nouvelle. Le public lui-même juge le mal par ses effets. Il est donc urgent de s'en .occuper; mais il y faut à la fois, méthode, ménagement et fermeté. J'avais souvent été étonné que Napoléon , en réorganisant le catholicisme en France, n'eût pas mieux préparé en même temps les moyens d'obtenir par la suite un clergé plus éclairé. Le fait est qu'après avoir conféré tant de bienfaits sur le clergé, it croyait toujours le trouver facile à son égard. Les évêques lui manifestaient lé plus complet dévouement, et par les évêques que le concordat avait rendus pluspuissans que jamais, il comptait aisénnent contenir le reste du clergé. Plus tard il comprit qu'il n'avait pas pris assez de précautions et voulut revenir sur le passé. Âmi du vertueux princeprimat, il lui demanda ses conseils. Le primat s'en expliqua net tement et publia même, à peuprès à cette époque, quelques-unes de ses idée&sur l'Eglise d'Allemagne ( 1 ).!Napoléon pouvait se rappeler que, quand Marie^Thérèse voulut opérer ses réformes ecclésiastiques, elle se garda bien d'en appeler à tous les

(i) De ia paix de t Église dans les étals de la Confédération Rhénane. Vœux exptîmés par Charles , archevêque métropolitain de Ratisbonne. Paris,. 1810.

évêques d'Autriche, oîi le&|;ens oql^irésc pouvaient se trouver ea miuorité, ms^ qi^'elie s^ bçvxxB. k se former un conseil, composé 4e l'évéque Çtokdeiliï^u»^ tadt,de l'abbé Rantei^s]traiJ|cïi, 4e Vfin S^ieté^ et de quelques autres savaiis éofinens , f t qpe f(^^f3i H s était contenté de l'appui dç réyequç, iftqrbç^piQ^ et il eût trouvé sans peine à se composer un^nseU de cinq ou six prélats et sayans distingués qui eussent mis ses întentipns à l'abri de fout reproçne; mais la multiplicité de ses occupations le dé^ termina à se décharger lui-même d'une semblable responsabilité et il ^t eq i8if appela i^e sorte de concile national , d'abord pour Tinstitu^ion ca-» nonique, mais en effet avec de§ vues étendues d'ayenir (i). On serappelle les embg^rras qui en sur-r girent. Sans la guerre de Russie, il eût triomphé des obstacles en les tournait avec habileté.. Ce que l'empereur n'a pas fait alors, i^ devient

(i) Dans une autre occasion d'une nature tpute diffeî*enfe , Napoléon s%i^ référa avec confiance aux lumièred d'un eorps et s]en trouva fort mal. En 1801 , le' célèbre F4;i||Qa vintoffi*tr à Napoléon de construire, àPaidede (a vapeur,, des yaisse^i^x qui > fi^ dépit des vents, pour^ rainent transporter nos soldats et remorquer nos -flottiltes sur toute côte désignée de f Angleterre. Le projet fut envoyé à TAcadétnie des sciences , qui déclara FuUon un visionnaire et s^i prétendue découverte un rêve sans base. Vingt 911S après >F4iltOn couvrait deses vaissçaux a vapeur les mers d'Ai^|eterre et d'Amérique. -Qu'on juge des eft fets d'un semblable levier entre les mains de Na|K>l^ii !

îndispenseble aujourd'hui^ iè iaîre, «i nous ne voulcms paa que noiri^j <^gé^ d^ j»Uià£émiip^a«i clergé allemaDd, le sattbifiBlot aa clergé d'Espn^ gneet dltalie, plus iDd^eodant des^ évoques el; ixi0În& étranger au mande qui l'eavironnev Po»r arriver au but, trois chase$.SQnt nécessaires. La première d'assurer au clergé inférieur une hoa<^ nét^ aisance j à cet égaï^ pw ^e pbos^ ivçgtç k désirer, et ce qui ref>te g fairç 4eviendi^ £^i(ç ^o^ supprimant les ^%^ ^isçopaui^ j^fm, désignés daQS le çoAcprdfit pflur ^ c(x^sgç3ç^ k^ dépense à l!ainéUûratîi>ii du clprgé ;i|iff§riçur.^ Vpil^i qil^L esl:^. fiussi exactei^ent q^i'il mfa ét^ pos^^l^ de l'^yiHçh* ftir, rétat de TÉglise çatboUqq^ çn^fr^iji^^j^

Archevêques ......... i^Ç

Evêques. .....•....; 66

^Mte^gé^lô?aw..... i74l En loul 40,7.. membres.

Chanoines 660 J înscriis au budget pour fe

^ r ,. ■ « I somme de 33,Qi.8,ooo fr.,

Curo», l" claiae 767 l sao» les abonneinens , redc^

Jd. 2« classe a,534 / 7,'""- ^'^'S*' , obUtions et

• ' ^ I aliocaiioos des. depalrte^cns Desservans. ..... .^ . , d6>776 et des comniunes ,,et sans w

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