‹ Quelques Types de Joie et de Béatitude dans la Pathologie Mentale: Les Fous satisfaitsChapitre 16 sur 48 · LES AUS · texte numérisé non relu

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terrain qu'elles abordent, plongeant les uns dans la tristesse, extériorisant chez les autres des réactions de joie. S'il se produit des résultats inverses à ceux que lon était en droit d'escompter, on peut supposer que des facteurs extrinsèques ont modifié provisoirement la personnalité. Le « naturel » a subi une défaile temporaire, mais reprendra inévitablement le dessus. |

Nous admettons donc, à la base, une hypertrophie pure et simple de la constitution psychique innée. Les autres facteurs ne sont que surajoulés : simples facteurs d'entretien.

D'ailleurs, la manie n'est-elle pas le {vpe de Ia psvchose dite « constitutionnelle ». De même la mélancolie.

Elles restent évidemment des maladies constitutionnelles jusqu'à nouvel ordre. L'école somatique avec Jacobv tente de rapporter la somme unique de toutes les maladies aux différents viscères de léconomie. Les troubles psychiques ne seraient que des symptômes, comme d’autres, d’une affection organique dont il faut localiser le siège. Les données de la physiologie moderne plaident sans doute en cette faveur. Mais, nous le verrons, l’étude même des élats [ésionnels, en particulier la paralysie générale, offre une contre-partie, avec, suivant les cas, ses formes dépressives el ses formes maniaques. Les mêmes causes, les mêmes lésions ne produient done pas toujours les mêmes effets.

Sans tomber dans l'excès opposé avec l’école spirilualiste pour qui « l'Ame est le principe de la vie el [a cause unique des phénomènes qui s’accomplissent dans le corps », on ne peut cependant nier l’appoint d’une prédisposition. Si également on ne peut suivre Heinroth, disant que « les lésions cérébrales rencontrées dans certains cas étaient l'effet et non

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la cause des fâcheux états d'âme », on ne peut man- - quer de reconnaître cependant que le trauma moral a ur rôle prédisposant certain, pouvant affaiblir le terrain et favoriser le développement des lésions.

Si l’on veut considérer les choses avec éclectisme, il faut faire la part de chacun de ces éléments suivant les cas. Dans celui qui nous occupe actuellement, examinons successivement le côté organique et psychique, et tentons de dégager les éléments qui peuvent contribuer à entretenir cette joie. Facteurs d’entretien ; étant donné une fois pour toute, qu'ils ne peuvent se développer que sur un lerrain prédisposé.

« La joie, dit Jensen, imprime à la circulation une activité plus grande, colore la peau et les joues, augmente le sentiment de la force et de la puissance musculaire... » : retentissement organique de l'émotion.

La proposition est en partie réversible. Ces éléments contribuent également à entretenir la joie. Ce sentiment de bien-être, d'activité physique, de plénitude, incite aux sentiments agréables. Un simple fait : le quart d'heure de culture physique suivi d'hydrothérapie, favorisant la circulation et l'élimination des déchets de l'organisme (acide lactique), n àt-il pas des bienfaits éprouvés ?

Or, chez le maniaque, la débauche de mouvements outil au contraire à un surmenage physique dont les stigmates sont d’ailleurs évidents. D'où lui vient donc cette source inépuisable d'activité, alors qu'il bénéficie à peine du sommeil réparateur ?... (L'épuisement d’ailleurs le conduira parfois à une phase dépressive).

D'une façon générale, les fonctions organiques de ce malade s’accomplissent mal. Il ne réalise en somme aucune des conditions que l'on peut admettre chez l'individu normal, conditions de santé, consti-

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tuant dans ce cas un terrain certainement propice au développement de la joie.

Le rôle du sympathique ? Tantôt excité, tantôt ralenti, en tout cas le plus souvent déréglé. En fait, pas d'éléments précis et constants sur lesquels on est en droit de s'appuyer.

Quant à la cénesthésie, élant d’un domaine purement subjectif, elle reste à l'appréciation du malade. Il se sent heureux, et bien portant, il le dit.

Avec les quelques réserves formulées précédemment, on peut proposer le maniaque comme illustration aux théories de William James. Ses gestes, ses propos contribuent manifestement à entretenir l'élan de sa joie. Ainsi, dans certains cas d’ébriété, ne voit-on pas parfois l'individu se griser autant, sinon plus, de ses gestes, de ses paroles, de sa panto- HAINE.

Dans le domaine psychique, deux ordres de faits l'hyperfonctionnement, Pinstabilité.

Il semble logique d'admettre que cet hyperfonctionnement puisse être un élément de joie et de salisfaction. Le pourquoi de celte activité nous échappe, mais elle existe. Le maniaque à des yeux et il voit, des oreilles et il entend. Il éprouve de ce fait un sentiment de nouveauté qui l'étonne et qui l'enchante. Il part à la découverte. Tant de choses l’attirent qu'il ne peut fixer son attention constamment sollicitée par les éléments nouveaux que lui apportent ses sens aiguisés. Îl jouit de mille détails qui autrefois lui échappaient. Ce renouvellement de tous les instants le fait pénétrer dans les domaines les plus variés, lui ouvre les horizons les plus vastes. TI n'est pas loin d'éprouver un sentiment de certitude, de supériorité qui, il le sent, l'élève au-dessus du commun des mortels. Il voit de haut. Mais sans or-

gueil, ou avec une vanité bien fragile. S'il se complimente et s'adresse les éloges les plus chaleureux, c'est sans conviction profonde. Il admet cet état de choses comme une grâce du ciel, où même le subit sans y penser. I se contente le plus souvent d’ éprouver. Il ne raisonne pas ce qui lui arrive.

Et puis, il s'amuse. Il à le « sens du comique ». Bergson en à démonté le mécanisme et à propos des modes en donne un exemple très démonstratif (1). Le temps se charge d'en faire valoir le ridicule. Ne peut-on supposer que le maniaque anticipe et que, la qualité de ce sens lui -permettant de devancer les nôtres dans le temps, il rit maintenant de ce dont nous pourrions rire plus tard (2).

Et aussi la spontanéité de sa mémoire d’évocation facilite des rapports qui viennent se joindre aux richesses de ses perceplions et de son imagination (3).

Le malade a conscience de loutes ces modifications psychiques et en jouit.

Mais c’est peut-être plus encore l'instabilité qui confère au maniaque une certaine immunité à la tristesse. IT ne se fixe pas, et ne peut se laisser absorber par les soucis. On ne trouve pas chez lui cette concentration, cette immobilité plus où moïns nécessaire à la macération des idées mélancoliques. Le moindre tracas ne peut linquiéter plus d'une minute.

(x) « Beaucoup de choses sont comiques en drcil, sans l'être en. fait » (Bergson).

(2) « Il devine sous les harmonies superficielles de la forme, les révoltes profondes de Ja matière ». Ce mot de Bergson à propos du caricaturisle, ne pourrait-on l'appliquer au maniaque. N'est-il pas certain qu'il découvre les fils qui font jouer la marionnette... Il senible porter des verres grossissants.

(3) « Que resterait-il, remarque Bergson, de beaucoup de ces émotions, si nous les ramenions à ce qu’elles ont de strictement senti, si nous retranchions lout ce qui est simplement remémoré ».

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L'instant qui suit le trouve déjà à d'autres <ujets d'occupation qui n'ont que les plus lotritains rapports avec les précédents. Le maniaque ne S'attarde pas.

Enfin, la libération des contingences sociales, parfois bien pesantes, cetle sorte de retour à l'état primitif et presque sauvage, ne sont peut-être pas des éléments négligeables.

Et même, l'insensibilité constatée chez ce malade le rend réfractaire aux douleurs physiques. On peul ” le voir braver les intempéries dans le plus pittoresque des débraillés et, couvert d'ecchymoses, dont souvent il se gratifie au cours de son agitation désordonnée, les ignorer.

Toutes les hypothèses sont permises. Le champ est vaste. En fait, la cause première reste difficilement accessible.

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