‹ Quelques Types de Joie et de Béatitude dans la Pathologie Mentale: Les Fous satisfaitsChapitre 33 sur 48 · NILE · texte numérisé non relu

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qui justifient l'expression : « retomber en enfance ».

Il est désorienté dans le temps plus que dans l’espace, gardant une certaine notion de lieu et de circonstances. Cependant, il lui arrive parfois de tarder à rentrer : il cherchait son chemin.

Arrive le moment où il ne peut plus se suffire. L'indispensable lui échappe ; il s'oublie. On le voit user le temps, traînant d’une chaise sur l’autre, sans préoccupations définies, abandonné à de douces rèveries ou au sommeil. Il passe ainsi ses journées, tout à son bonheur paisible, « calme et apathique, acceptant tout événement avec une indifférence aussi sereine qu'elle est involontaire » (Mignard).

Existence routinière à laquelle le corps ne participe que d’une façon tout automatique, tandis que la pensée se livre au flux des images du rêve et au. reflux de celles du passé. Le malade se laisse aller béatement à ces associations, Parfois, ses lèvres accompagnent sa pensée, comme pour mieux la préciser ; il pense tout haut... il divague.,

Le visiteur s'étonne quelque peu de savoir ce tranquille vieillard à l'asile. Ne pouvait-on lui réserver ‘une place au foyer, quelque coin où il eut pu se promener et divaguer à son aise, et terminer ainsi, heureusement, ses jours ?...

C’est que parfois, avant de goûter la détente d’une calme résignation, le sénile a pu présenter des crises de turbulence, un délire plus ou moins actif ; l’incohérence des idées amenant l'incohérence des actes et provoquant l'internement.

D'ailleurs, il termine tout aussi heureusement ses jours dans les murs de l'asile. Résigné, docile, passif, obéissant, incapable de vouloir, il subit sans contrainte et se conforme aisément. Ce n’est pas, à

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proprement parler, de l'indifférence, mais le sénile s'attache peu. Tout le monde est bien aimable, tout est bien gentil, sans marque de préférence. Enfin, il ne en plus rien ; il a fini de penser à l'avenir. Côté physique, il va aussi bien que possible et supporte allégrement ses petites infirmités. Comme il se plaît lui-même à le faire remarquer, « il a encore bon pied, bon œil... et un bon coup de fourchette ». Evidemment, il s'illusionne un peu ; mais puisqu'il sait se contenter... C’est un sage.

Idiot, paralytique général, dément sénile : trois béats. Pour le premier, c’est un état ; pour les deux autres, un terme. | |

Le sénile représente une machine fatiguée, usée, ralentie ; mais non détraquée, brisée, ruinée comme celle du par Rue général.

Cependant, des caractères communs se retrouvent chez les uns et les autres, unissant ces trois sujets, à commencer par le ton émotionnel : la béatitude.

Il n'est pas question pour nous de reprendre la psychologie de chacun d'eux, d’en dissocier les éléments et de les affronter. Mignard s’en est chargé avec précision et maîtrise. Nous ne pourrions mieux faire que suivre son sillage. Et, pour vouloir le joue nous risquerions d'abondantes répétitions.

En bref, on note, chez tous, la béatitude s'épanouissant à la faveur du ralentissement des fonctions psychiques et physiologiques. Inconscience, indifférence, insensibilité, apathie, constituent à des degrés divers des termes constants.

S'il est vrai que l’on puisse dire que tous les P. G. euphoriques et déments se ressemblent entre eux comme des œufs, on ne peut formuler pareille constatation pour les béats en général...

Des différences existent, conservant à chacun d’eux une individualité nette. Ainsi, le monoïdéisme passif de l'idiot, concentrant toute son attention sur son tube digestif, ne semble en rien comparable avec les grandiloquentes incohérences du P. G. ou le radotage tranquille du sénile.

Même absence d'effort chez tous, mais l'idiot parce qu'il ne sait pas vouloir, le P. G. parce qu'il ne sait plus, le sénile parce qu'il ne peut plus. L'aboutissant est identique. Le processus pathogénique, cependant, s'il a des bases communes, semble présenter des variantes dont on doit lenir compte.

Béatitude : ce bonheur passif semble la somme de toutes les négations. L'oriental contemplatif lacquiert à ce prix. Il fait le vide : il se dispense de juger, de raisonner ; ferme la porte aux impressions extérieures, paralyse l'imagination, freine les passions, se libère des instincts ; nie le passé, ne veut pas se soucier de l'avenir. Ne veut rien, ne désire rien. Ignore tout. Se mure dans l'indifférence. Il cherche une immobilité voisine du néant ; finit par devenir parfaitement insensible ; il pourrirait sur place.

Le but à atteindre : éviter la source de tous les maux. I ne s'isole pas, il quitte le monde, il se fuit lui-même. Et pour ce faire, l'unique objet de ses préoccupations devient le milieu de son ventre.

Nos malades n’en sont pas encore là. I leur reste tout de même quelque chose qui ajoute sans doute une coloration plus agréable à leur béatitude.

Mais, pour conclure avec le sénile, soulignons cette remarque de Mignard : « Is nous paraissent exagérer seulement les tendances affectives de certains vieillards, rendues plus évidentes par l’affaiblissement de leur esprit ».

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