‹ Quelques Types de Joie et de Béatitude dans la Pathologie Mentale: Les Fous satisfaitsChapitre 38 sur 48 · NE DH · texte numérisé non relu

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Et c'est avec la même brusquerie qu'éclate « ce

petit rire sans motif, bref, explosif, brusque,’ rapide, comme une impulsion... Ne semblant traduire aucun élément émotionnel » (Régis), et qui ne laisse pas de surprendre un peu. Parfois c’est une véritable saccade de rires, un fou-rire se terminant par les larmes.

: À vrai dire, c'est assez surprenant el paradoxal. D'autant qu'il arrive souvent que cette manifestation se trouve en pleine contradiction avec l'idée qu'exprime le malade. « Je n’arriverai pas à me défoller » disait l'un d'eux, tout en souriant d’une manière étrange. Puis le sourire se fige brusquement, se transforme en une grimace. EL prenant un air sombre, il annonce : « Le colimacon a des cornes ; tous les cocus ne sont pas dans la prairie ».

A défaut d'une conversation suivie avec le dément précoce, la lecture de sa physionomie offre déjà un intérêt suffisant. « Visage aux expressions contradictoires et paradoxales..… Des dissociations mimiques (paramimies)... Grimaces et tics.. Jeux de physionomie étranges el souvent des plus comiques » (Régis). Ensemble discordant, affecté, maniéré, artificiel, et qu'il est délicat d'interpréter. :

C’est comme un masque animé, voilant le véritable visage, et se figeant parfois en des expressions bizarres (des moues : faciès en groin ou en museau), évoquant alors le souvenir de ces masques de comédie qu'avaient autrefois coutume de revêtir certains acteurs chinois et dont la perpétuelle expression s’accordait mal avec la diversité des propos.

En effet, « les expressions mimiques ont parfois une intensité théâtrale » (Guiraud). Ce sourire joué, ces regards en coulisse, ces mimiques outrées, ces minauderies laissent douter de la sincérité de l’expression. C'esl {trop poussé. En tout cas, ce rire n'a rien de jovial, d'heureux. Toutes ces manifestations

ne donnent pas véritablement l'impression d'être des manifestations de joie. Rien qui rappelle la franche gaîté des maniaques, l'heureuse suffisance des HAE et des mégalomanes ou la joyeuse exhubérance des paralytiques généraux.

De prime abord, ce rire et ces « manières » surprennent. Et au premier aspect on pourrait penser, comme l'avait noté Régis, que le malade simule, pour se moquer et s'amuser des gens.

Se moque-t-il, s'amuse-t-il ? [1 serait téméraire de résoudre la question par la négative ou l’affirmative, sur une simple impression. Ge rire est-il sans motif ? Pour la plupart des auteurs, oui. Régis, cependant, se montre plus réservé. Il se demande si le rire du dément précoce ne serait pas lié à une cause psychique réelle, à une réflexion gaie, ironique ou saugrenue, à une association d'idées comiques ou de contraste ; peut-être à une hallucination.…..

Pour notre part, nous admettrions volontiers ces réserves. Il y a probablement des motifs. Motifs sans doute passagers, purement intellectuels, trop brefs peut-être pour trouver le temps d'ébranler l'élément affectif. Ou bien, celui-ci resterait muet, parce que dissocié.

Quoi qu'il en soit, il ne s'agit donc pas là de joie, comme nous Fentendions au début de cette étude.

Le malade ne rit pas, il ricane. Le maniaque, lui, s'amuse, est espiègle, se joue de son interlocuteur. Le dément précoce donne peut-être, parfois, cette illusion, mais on ne tarde pas à reconnaître, comme nous le disions plus haut, qu'il ne s’agit pas là d'un jeu.

Peut-on parler d'ironie morbide à son propos ?

En lout cas, nous ne dirons pas que ces manifeslations, que ces expressions mimiques sont sans étal mental correspondant, mais plutôt sans ton émotionnel correspondant. Il est possible d’admet-

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