‹ Quelques Types de Joie et de Béatitude dans la Pathologie Mentale: Les Fous satisfaitsChapitre 39 sur 48 · DEUX TYPES DE RÉTICENTES · texte numérisé non relu

DEUX TYPES DE RÉTICENTES

NPA

tre, dans le cas particulier, une dissociation, une discordance entre les phénomènes intellectuels et les phénomènes affectifs ; quoiqu'il soit bien problématique de savoir ce qui se passe derrière ce mur.

- Ce qui nous semble difficile d'admettre, c’est, comme l'ont écrit certains auteurs, que ces manifestations sont parfois l'expression excessive d’un état affectif.

C’est là un type de dément précoce qui pouvait faire penser à la joie.

æ Il en est un autre, à propos duquel Mile Pascal a pu écrire : « Au premier abord, l’état de torpeur, la

lenteur des phénomènes psychiques et somatiques,

le sourire stéréotypé des déments précoces font penser à « la béatitude passive » décrite par Mignard chez les idiots, les imbéciles, les P.G., les déments séniles... »

« Mais, une observation plus approfondie révèle que ni la mimique, ni le rythme et l’intonation de la parole, ni les actes ne traduisent un état agréa-

ble ».

Il s'agit d’un malade qu'on aurait pu prendre pour un béat, et qui reste avant tout un indifférent.

La joie du second malade représente, disions-nous, une véritable réaction de défense, vis-à-vis de l’entourage, ou vis-à-vis de lui-même. Il ne s'agit pas alors du même type de psychose. Dans le premier cas, le sujet masque son jeu ; dans le second, il lutte et cherche un dérivatif. Nous prêtons à ceux-là des idées de persécution qu'ils s’attachent à dissimuler ;

à ceux-ci des pensées mélancoliques qu'ils sefforcent de vaincre.

Nous gardons le souvenir d’une malade qui avail précisément retenu notre attention par sa gailé excessive et son ironie mordante. La première image qui s'attache à ce souvenir nous semble seule digne d'être rapportée. :

Cette femme était depuis plusieurs mois à l'asile, quand nous entrâmes dans le service où elle se trouvait. Peu de jours après, notre attention fut attirée sur cette malade, à l’occasion d’une véritable « entrée » qu'elle fit dans le bureau du méaecin-chef.

A peine le temps de frapper et, sans attendre la réponse, elle avançait déjà dans la pièce d’une allure vive, le buste rejeté en arrière, le regard droit, les dents découvertes : le sourire et l'allure d’une princesse de tragédie entrant en scène. Et s'adressant au médecin-chef, elle minaude : « Excusez. Docteur, c'est encore la folle qui vous dérange... » Grâce et désinvolture. Elle poursuit d’un air détaché : « Je venais, à tout hasard, m'inquiéter de ma sortie. Si vous ne Jugez pas, toutefois, que je sois trop dangereuse pour être remise en liberté... » Elle ironise « Avec une folle comme moi, ce ne serait peut-être pas très prudent. Je serais capable d’aller tuer mon mari, aussitôt sortie... » Clignant de l'œil malicieusement el sur un lon de confidence : « À vous, mon confesseur, je puis bien le dire : j'ai aussi des inlentions sur le Président... » Elle éclate de rire et ajoute : « Moi, à votre place, je ne relâcherais pas une aliénée de ma sorte. Pensez !... Quelle respon-

sabilité !... Et puis, vous faire complice de tous ces attentats, ah non !... D'ailleurs je ne m'inquiète pas.

Je vous sais trop prudent et trop sage... »

Et de continuer sur ce ton, proclamant des vérilés avec des airs de mensonge, changeant parfois le jeu et insinuant des mensonges avec des airs de vé-

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