‹ Quelques types de joie et de béatitude dans la pathologie mentaleChapitre 29 sur 51 · LA JOIE DU TOXICOMANE · texte numérisé non relu

LA JOIE DU TOXICOMANE

C'est précisément la recherche de cette euphorie pathologique qui conduit le malade à la toxicomanie et entretient celle-ci.

Les poisons diffèrent ; ils abondent ; leurs effets sont plus ou moins variés. Le but visé reste identique : suppression de la douleur physique ou morale, jouissance. Le sujet n’ignore pas le lourd tribut qu'il devra solder pour ces heures passagères. Ce n'est pas cette connaissance, on le sait, qui l’arrête. Il y a déjà là un élément pathologique.

Quel que soit le poison, la’ psychologie du toxt comane est la même. Des caractères semblables se retrouvent chez les uns:et les autres, créent des liens de parenté. Les toxicomanes sont tous membres d’une même, vaste et lamentable famille.

Cependant, là encore, on peut distinguer deux branches maîtresses : euphorie et béatitude.

La galerie des portraits est assez variée. Depuis « la trogne » de l’ivrogne qui, véritablement, dépare le cadre, jusqu'au masque délicat de l'oriental imprégné d'opium.

Retracer ces portraits après les admirables et nombreuses études qu'on trouve dans les littératures de ‘tous pays, est une lâche, devant laquelle la modestie ne peut mieux conseiller qu’une prudente réserve.

D'ailleurs que resterait-il à ajouter aux confessions

pe

subtiles, et parfois si précises, Fes de génie ?

Qu'ils soient fumeurs d'opium, mangeurs de hachich, buveurs d’absinthe, priseurs de cocaïne, ou autres, c’est avec une égale complaisance qu'ils nous

le font savoir. Prosélytisme, c’est certain. Peut-être

aussi pour évoquer le passé, pour se redire à euxmêmes les joies maintenant plus rares, pour tenter de recréer l'atmosphère « paradisiaque ». C'est à mi-chemin qu'ils écrivent : ayant cessé de gravir et avant de rouler dans le bas-fond. Très clairvoyants, ils savent la déchéance toute proche. Veulent-ils encore avant de perdre tout moyen, et parfois sous l'empire passager de « la bienfaisante drogue » se justifier ?... Ils chantent les louanges « du merveilleux poison ‘», le vénèrent et le maudissent, plus peut-être pour en parler que pour convaincre ou s’excuser. Et ce sont les mêmes mots : griserie, ivresse, volupté...

Confessions toutes semblables. Leur charme reste dans la personnalité des auteurs.

C'est dans l’antichambre des joies que : se noircis-

sent les feuillets, devant les portes closes. C’est là.

que l’intoxiqué évoque les qualités du « plaisir » qu'il ne fait plus qu’entrevoir, et nous fait connaitre son prix. Il s’exalte et gémit. Sans doute, trouvet-il dans cette confession, un dérivatif. Il temporise. Effort vain.

Pourquoi parler de l’intoxiqué, quand il à luimême pris, si minutieusement, ce soin ?

Il nous renseigne amplement sur la question.

Grâce à lui, on peut imaginer la chose, sans risques.

Ne nous dit-il pas cette impression de se trouver sous un soleil généreux, la-rapidité des associations,

le-sentiment de force et de puissance. Chaque mouvement devient une source de plaisir. Tout est beau dans cette ivresse. L'illusion tamise la réalité, l'embellit. À la faveur des sens aiguisés, les perceptions deviennent plus intenses, les interprétations plus favorables... ,

La synthèse de ces éléments évoque le souvenir de Phypomaniaque. On pourrait, somme toute, les ramencér à ces deux tableaux : manie, hypomanie. A quelques nuances, près et quel que soit le toxique invoqué ou sa dose

Morphine : dont le premier effet est « un sentiment de bien-être, une sorte de stimulation des faeultés, une résurrection après l’état de besoin » (Réois). Phvsiquement : une détente, le calme, la suppression de la douleur et de la fatigue. Psychiquement : une exaltation intellectuelle propice aux développements imaginatifs, l'oubli des soucis, le parfait détachement de la matière. Une trêve.

Hachich : Pilules de joie ou fumée. Cénesthésie étrange, sensation de légèreté... « altération de l’espace et du temps, et fréquemment aussi des symptômes convulsifs dont un rire spasmodique et interminable souvent pénible » (Régis).

Cocaïne : dont l'ivresse est quelque peu superposable à l'ivresse alcoolique (Guiraud).

Alcool : ...Qui ne garde le souvenir d’un aimable « pochard » à la mine colorée, animée, gai, exhubérent, logquace, attendri et dont les propos mettent en joie l'assistance (1). Son voisin cependant est maussade. Cet autre est furieux. Ils n’ont pas « le Vin gai »... æ

Toxique identique, effets différents. Faut-il voir

(1) Manic ébrieuse.

4 Ta E EL AR Lt

Page 1