DE LA JOVIALITÉ CHEZ LES MALADES ATTEINTS DE TUMEURS CÉRÉBRALES
« C'est une sorte de jovialité puérile, avec tendance aux plaisanteries et aux calembours. Ce symtôme se rencontre à peu près exclusivement dans les tumeurs cérébrales et spécialement dans celles du lobe frontal, » (Dide et Guiraud).
Ces malades, avant tout « neurologiques », s'égarent parfois à l'asile ; les {roubles mentaux étant alors au premier plan. L'intérêt de les situer ici se justifie surtout par les diagnostics différentiels qui peuvent se poser à leur propos. Au tout premier plan, la paralysie générale.
Les observations ne sont pas rares, où ces malades furent primitivement considérés et traités comme paralytiques généraux. L'erreur s’admet. La ressemblance est parfois telle que la dissociation psychologique n'est pas toujours aisée. Surtout, lorsque les signes physiques discrets, ou même absents, tout au moins au début, ne viennent pas au secours du diagnostic. Et même, il est des cas avec tremblement et dysarthrie où, en dépit de réactions sérologiques négatives, le traitement fut institué,
Excitable, hyperactif, gai, exhubérant, d'une jovialité excessive, s'exprimant avec facilité, tendant
Lee 94 —
aux plaisanteries faciles : c’est la « moria » de Jastrowitz. é
Ce malade ne pourrait-il, a priori, être pris pour quelque maniaque ?..….
Cependant, des signes de déficit ne tardent pas à se manifester, touchant l'attention, l’intellect, le jusement, l’affectivité. Ils complètent le tableau, pour donner un état d’allure démentiel rappelant celui de la P.G.
En résumé : des signes d’excitation, des signes de déficit. Il n’y a rien là de bien particulier.
Et dans ces cas, où les signes neurologiques sont absents, le diagnostic reste longtemps hésitant. Il ne se précisera que tardivement, lorsque les vomissements cérébraux, la céphalée se manifestant, conduiront à refaire la ponction lombaire, et à examiner le fond d’œil. Ces examens confirment le soupçon. Reste ensuite le diagnostic de localisation. C'est à ce moment que l’ensemble des signes psychiques orientera vers la possibilité d’une localisation frontale. Hypothèse que viendront bientôt confirmer les procédés modernes d’investigation ; en parüculier la ventriculographie. |
H. Baruck a minutieusement traité la question dans son ouvrage : « Les troubles mentaux dans les tumeurs des lobes frontaux ».
Tous les malades atteints de tumeur du lobe frontal ne réalisent pas, bien entendu, le type de la moria avec euphorie et puérilisme ou celui de la P.G. dans sa forme expansive. Il est aussi des formes avec mélancolie et anxiété ; enfin, des formes confusionnelles.
L'existence des formes avec humeur gaie et exhu-
or
bérante nous autorise à les signaler ici, sans prétendre d’ailleurs les étudier, mais simplement dans Île but que nous exposions plus haut. | Disons enfin, que ces malades vont sombrer dans
une sorte de démence, de confusion, d’asthénie, d'indifférence... Et plus tard, si la nécessité d'une opération se pose, ils ne s’alarment point, l’entrevoient même avec sérénité. Le plus souvent, ils se contentent de subir, sans discuter.