LA BÉATITUDE DE L’'IDIOT
On peut commencer par lui ; c'est le cas simple.
Dès sa première jeunesse, il s'impose à l’observation. La famille justement alarmée ne se fait pas faute de traîner son inquiétude et le patient de consullations en consultations. Jusqu'au jour où l’évidence achève tout espoir. Quelques-unes ne se résolvent que difficilement à l’adméttre ; la majorité cependant s'incline. Plusieurs solutions s'offrent alors à l'entourage. Un petit nombre subira le malade avec une patience et un stoïcisme dignes de tous les éloges. D'autres, plus ou moins maussades, traineront ce fardeau. La plupart cependant songe à l’éliminer. À l'inquiétude a fait place un autre souci.
On l’expédie alors, non sans déchirement, vers une colonie d’enfants arriérés, avec le vague espoir d’une rééducation possible qui apaisera la conscience.
Le jeune idiot d’ailleurs se soucie fort peu de tout cela. Tout au moins celui qui nous occupe. Cette séparation familiale l’indiffère. Il n'est point déchiré, n'éprouve aucun bouleversement intérieur. Sa conscience à lui est en paix. Il s'adapte à la vie asilaire « à la façon dont un caillou lâché de haut s’installe dans la chair d’une méduse ».
Les quartiers d’une colonie d'enfants arriérés cons tituent un vaste champ d'observation. C’est là que