ÉD DO PEER
nous saisirons notre type. Là, où nous le trouvons au premier plan.
Ensuite, il quittera la colonie pour lasile. Mais ici il s’efface. On l’oublie, on l’ignore, il fait partie du mobilier. On le découvrira, relégué dans quelque coin, identique, mais plus voûté, plus ÿelu. À part cela, il n’a point changé. :
C’est lui que nous apercevons, là-bas, sur ce banc, inerte, indolent, avachi, replié sur lui-même, inoccupé, abandonné. Son voisin lui ressemble comme un frère. Celui-ci, cependant, semble très absorbé à mutiler des feuilles de marronnier qu'il dilacère en mille pièces. Il les entasse minutieusement au creux de sa-paume, les malaxe, en fait une boule et la jette en poussant un léger gloussement. Aussitôt il se baisse, ramasse une nouvelle feuille et reprend consciencieusement le même travail. Cet autre, les
mains sous les fesses, les jambes croisées, se balance
rythmiquement au son d’un sourd grognement qu'il accompagne d’un curieux grincement de dents. Et ainsi, depuis plus d’une heure déjà... Il ne paraît pas devoir se lasser.
Ils ne communiquent pas entre eux : Chacun pour soi. Qu’auraient-ils d’ailleurs à se dire ? Parfois une ruade, quand l’un vient troubler la quiétude de l’autre.
L'un d'eux se traîne vers nous d’un pas pesant, massif, lourd, raclant la poussière, le regard attaché au sol et balançant la tête. Presque l'aspect d’un bovidé. Il longe le mur, laissant dolemment traîner sa main sur le granit. Il ne paraît point pressé. Le voici, cependant, docile et apathique. Il ne gagne rien à être vu de près. Sale, négligé, inesthétique ; il sent mauvais. Le vêtement souillé de taches, dé-