BÉATITUDE ET DÉBILITÉE MENTALE
Nous avons rencontré plus haut le débile vaniteux, gai, euphorique, pétulant et pérorant en liberté. Et ce n'est pas dans les murs de l'asile que nous avions puisé les sources de notre observation.
Ici encore, c'est au dehors que nous avons eu l’occasion d'étudier le cas que nous voulons aborder.
C'est là un fait un peu particulier, où la débilité mentale semble prendre le pas sur la vanité pour aboutir à une béatitude pathologique bien spéciale. Cas peu fréquents il est vrai, mais dont le paradoxe étonne et laisse planer des pensées interrogatives. Cependant, la première conviction qui spontanément s'impose, c’est que l'on a affaire à un débile. En poussant l’investigation, cette conviction s'affirme
C'est véritablement un « cas », et tout d’abord un cas médical.
Voici les faits : il s’agit d'un modeste fonctionnaire, aux limites de la retraite. Consciencieux et ralenti, il se faisait oublier depuis plusieurs années déjà dans les modestes locaux d'une vaste administration. Il attirait peu les regards. Chacun savait pourtant qu'il était atteint d'une maladie de cœur : on précisait même : affection mitrale. Sa réputation était solide et unanime , on le disait « peu frisé ». Deux faits qui lui valaient Flindulgent mépris de l'entourage. On murmurait : « Pauvre type, maik bien brave homme... »