UN PARALYTIQUE GÉ
= Dissolution du corps après celle de l'esprit. Malgré cela, le même fonds inaltérable de satisfaction.
« Le malade ne sait plus qu’une chose : manger. Et encore avale-t-il souvent de travers ». Il engloutit sans profit, n'assimile plus. Nutrition mauvaise : les masses musculaires se fondent, les yeux s’excavent, la peau devient sèche, flasque et déshydratée, de couleur terreuse.
Le malade se laisse aller béatement et s'achemine insensiblement vers la mort. L'âme déjà absente semble planer au-delà dé ces contingences. Le corps achève de se dissoudre, sans révolte, sans sursaut, insensible aux impressions extérieures qui paraissent l'effleurer à peine.
« Et, sur ces décombres, la béatitude fleurit comme si, par une suprême consolation, ces universels vaincus devaient recevoir la grâce d’une sereine eu-
thanasie ». (Mignard).
Au total, des ruines : physiques, intellectuelles, morales. C'est une désagrégation progressive de l’être. Intelligence dissociée, affectivité nulle, moralité évanouie ; le paralytiqué général est un déchu.
L'idiot, nous l'avons vu, est un ralenti, un restreint, se dispensant de l'effort parce qu'il ne sait pas
- vouloir et s’immobilisant dans un monoïdéisme stupide. Le P. G., lui, végète dans le marasme parce qu’il ne sait plus.
On pourrait se demander d’ailleurs à quoi s’accroche cet état de béatitude. Des hypothèses paraissaient justifier la joie du début. Elle se reconnaît encore dans les types de transition. Mais à la période terminale ? Faut-il admettre un reste d’automatisme ?...
On pourrait également discuter la valeur de cette satisfaction. Ces malades nous semblent apathiques
et indifférents plutôt que béats. Mais une indifférence à tendances cependant optimistes, et celles-ci pourraient être considérées comme un reliqual. Nous décrivons, il est vrai, des types schémaliques et on ne peut leur appliquer en bloc que des hypothèses restreintes. En fait, on rencontre des types plus panachés. Si on voulait approfondir leurs psychologies, on dégagerait certainement une série de nuances s'appliquant plus particulièrement à tel ou tel. Et l'on ne va pas sans commettre d'erreurs pour vouloir trop systémaliser. Les mêmes considérations ne peuvent être appliquées à tous les mala- à des quelle que soit la similitude de l'aspect extérieur. Il est plausible cependant de Sélectionner des caté- À gories à la faveur de points Communs, où de points essentiels, et de choisir un type de description pour les représenter.
D'une manière générale, on se montre moins gêné pour exposer les faits que pour les discuter. IF nous paraît préférable de s’abriter derrière l'expérience des aînés.
Mignard, le premier, dissocie la joie passive de la joie active, les oppose, et s'attache uniquement à | l'étude des états de satisfaction chez les idiots, . Les | paral\tiques généraux, les déments séniles. Il les | étudie parallèlement, et les unit, tentant une PSY - | chologie de la béatitude pathologique.
A l'appui d'observations minutieusement détaillées, 11 reconnaît des caractères communs : attitude flexion, abandonnée ; expression hébétée. Chez tous ces sujets, l’attention spontanée ou volontaire, la mémoire d'évocation ou d'acquisition, le jugement, le raisonnement, les processus associatifs, limaginalion, l’affectivité, tout est en défaut, ralenti, amoindri, atrophié ou dissocié. Mais, il persiste un cerain automatisme : automatisme béat.
L'auteur note que « leur qualité psychologique la
re
plus constante réside, sans conteste, dans leur état sentimental et émotionnel ». Il entend par là cet état de satisfaction avec un minimum de manifestations extérieures : la béatitude.
Même ralentissement du point de vue physique sensibilité émoussée, motricité diminuée, phénomènes circulatoires ralentis. Existence végétative.
Enfin, au point de vue psychologique, il admet dans ses conclusions « un état spécial de l'attention qu'il est possible de rapprocher des phénomènes d’extase ». — « Il s’agit, dit-il, d'une sorte de fixation passive de la pensée, de monoïdéisme. involontaire el sans effort qui parail intimement uni aux états de satisfaction béate. » Constatation qui est justement applicable à l’idiot, mais peut-être moins au paralytique général.
En tout cas, inconscient et insensible, nous comprenons que ce dernier ne souffre pas.