‹ Quelques-unsChapitre 2 sur 16 · A M. YVES GUYOT · texte numérisé non relu

A M. YVES GUYOT

Ancien ministre, directeur du Siècle

Mon cher Directeur,

C'est une pieuse coutume des naïfs pêcheurs de votre Bretagne natale d'inscrire sur des tablettes votives, qu'ils pendent à l'église ou dans leur chaumière, le nom de leur saint de prédilection ou de celui qui les a le plus efficacement protégés. Je ne vous comparerai point à un saint, car sans doute le compliment ne vous agréerait que peu. Mais vous me permettrez du moins d'écrire votre nom en tête de ce petit livre qui, peut-être, n'existerait pas sans vous. J'y ai recueilli, sans presque y rien changer, quelquesuns des articles que j'ai publiés dans le Siècle^ depuis bientôt deux ans que j'ai l'honneur d'être votre collaborateur. Assurément, le terme le plus impropre dont on les puisse qualifier est

VI l'HKFACE

hii'ii c(.'lui de criliqiic littéraire. Je ne >uis pniul crime nature «criti([uaiite », et Ton a pris trop souvent le soin de m'en avertir pour (jue j'ai pu garder des illusions à cet égard. En ces causeries, je me suis laissé aller tout uniment et, — comme disait le grand Gondé, — « tout bonnement » îi mes souvenirs, mes impressions et mon plaisir du moment, que je donne d'ailleurs exactement pour ce qu'ils valent. 11 y a des gens qui savent régler leurs impressions et leurs souvenirs. Je les admire, mais ne saurais les imiter. Souvent des hôtes que je n'avais point priés et que je n'ai point le courage de congédier, viennent s'asseoir, joyeux ou tristes, à la table de ma pensée. Je suis souvent incertain, mais toujours sincère ; et c'est là peutêtre le seul mérite de ces entretiens. Je me garderais d'en tirer avantage, car il faut pour systématiser, juger, rendre des arrêts et dissi- . muler sa pensée, une assurance el un (aient que je n'ai pas.

Sans être nullement « flattés «, ni « retouchés », les quelques portraits qu'on va lire sont, pour la plupart, bienveillants. Et cela tout naturel-

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