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PIERRE DE BOUCHAI D

Caslis cum pueris ignara puella mariti Disceretunde preces, vatem ni musa dedisset ? *

Toutes ces grâces attrayantes du poète, vous les retrouverez dans les vers de cet habile et séduisant poète qu'est M. Pierre de Bouchaud.

M. Pierre de Bouchaud, qui a dépassé à peine la trentaine, débuta tout jeune dans les lettres par quelques études aussi savantes et légères qu'agréables et documentées sur Pierre de Nolhac et ses travaux, Claiidkts Popelin, peintre émailleur et poète Ja Pastorale dans le Tasse ^ etc. Entre temps, il nous donnait quelques recueils de nouvelles, Vie manquée et Histoire d'un baiser, d'une forme très distinguée et qui trahissent une âme douce et chaude et un esprit ingénieux. Mais il. revient toujours à la poésie, parce que la poésie est son péché.

L'auteur des Rythmes et Nombres est né aux environs de Lyon, cité entre toutes fertile en

' Horace, epistola I, libri II.

portes. C'est la ville de Valdo et de Ballanche, de Maurice Scôve et de Louise Labé, de Victor de Laprade, de Joséphin Soulary ', de Bartlic^lemy, Jean et Clair Tisseur*^, de M. Sully-Prudhomme et de tant d'autres. Il y eût de tout temps une école poétique lyonnaise ; llorissanle encore aujourd'hui, elle fut au xvi" siècle comme une ébauche de la Pléiade.

Lyonnais et neveu du bon poète Charles Reynaud^, dont la vie littéraire fut si intimement liée à celle de Ponsard et d'Augier, M. Pierre de Bouchaud avaitdonc de qui tenir. Sa petite àme d'enfant s'entr'ouvrit de bonne heure au charme naturel des choses. H aimait errer dans les champs, à cette heure matinale où les fils argentés de la Vierge se tendent d'une haie à l'autre, quand les hautes herbes sont encore toutes perlées de rosée et que la brume légère s'évapore au-dessus des labours aux premiers rayons du tiède soleil d'automne. Dans

• Consulter le livre de Paul Uarïéion: Joséphin Soulary et la Pléiade Lyonnaise.

- Anatole France : La Vie Liltéralre, III, IDO. — Pierre de Bouchaud : Sur les Chemins de la Vie, 112.

3 Pierre de bouchaud : Sur les Chemins de la Vie, 8.

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la splendeur dolente des soirs d'été, il s'attardait à regarder la cime des collines prochaines se dorer sous le ciel rose du couchant; et dans les longues veillées d'hiver, il retrouvait, en lisant les poètes anciens, Tidéal de beauté qu'il portait confusément en lui. 11 était cet enfant, que fut Ovide, songeant aux poètes avec vénération et les imaginant pareils aux dieux.

Quoique erant vates, tôt rebar esse deos.

Il rêvait d'être couronné quelque jour de ces mêmes violettes qui parèrent le front d'Alcibiade au banquet d'Agathon.

'^On me saura gré, j'en suis sûr, de citer ces quelques strophes des Silhouettes de Saisons :

Alors que se répand, lourd et délicieux, Le parfum vespéral des lauriers et des roses, A Thorizon poudreux et dans les lointains roses Sombre le grand soleil salué par les cieux.

Dans le discret silence où les rêves enfuis Renaissent des senteurs de Toeillet et des menthes, Les Adonis rieurs et les Vénus charmantes Rougissent au détour des quinconces de buis^.

M. Pierre de Bouchaud a su garder en lui la

' Le Recueil des Souvenirs, 30.

fleur de cette curiosité et de celte fraîcheur d'impressions. Dans les tristesses et les inquiétudes de la vie, il est soutenu par ce sentiment de l'admiration qui fait le prix de la jeunesse. Il vit dans le passé comme dans le présent, et il est de ceux pour qui le pays bleu des songes existe. Il est le poète de la lumière voilée, des murmures confus, des Mirages incertains et fugitifs. Mais, c'est Tllalie qui lui a inspiré les plus beaux, peut-ôtre, de ces vers. Il la connaît dans son histoire comme M. Emile Gebhart et M. Charles Dejob, et comme M. Anatole France, il l'aime d'amour. Voici une pièce que nos anthologistes, s'ils étaient avisés, pourraient dès aujourd'hui recueillir:

0 les chors oliviers frissonnant sous les brises Et buvant la lumière allègre du matin ! Ils mettent des festons bleutés, des houpes grises Et de discrets décors à l'horizon lointain.

Ils couronnent d'argent les hauteurs de Fiesole Oui, sur un mamelon délicieux, s'isole Pour regarder Florence, et le cirque des monts A la courbe élégante et l'éclat des limons Du Mugnono onduleux que le soleil fait luire.

PIERRE DE BOUCIIAUD 2(>9

0 les chers oliviers égayés crun sourire

Sous Teffluve embaumée du vent et le ciel bleu,

Et voilant d'une écharpe et de fine dentelle,

Les villas aux murs blancs, roses et tourterelle...

0 les chers oliviers de la Toscane en feu ^ !

Il faudrait citer encore toutes ces Heures Florentines où traîne une langueur charmante. Florence^ Sainte-Marie des Fleurs^ Or san Michèle^ La Chartreuse d'Ema^ Sainte-Marie-Nouvelle^ les Jardins Boboli sont autant de suaves fresques sur fond d'or, comme celles de la chapelle Bardi, si bien chantées parM. de Bouchaud lui-même-.

Cela ne veut point dire que Fauteur des Mirages ait réduit son art à la seule habileté mécanique. 11 n'est point de ces éphèbes d'Athènes qui, tandis que Lysandre campait au pied de la blanche Acropole, se plaisaient en souriant au chant modulé des joueuses de flûtes. Etant homme de cœur, il ne saurait se confiner dans ce culte laborieux et puéril de la forme, qui n'est que vanité. Loin de se complaire en les

' Rythmes et Sombres, 97, 98.

- Le Recueil (les Souvenirs, 18.

sublililos captieuses des décadents, des symbolistes, ou mcmo des parnassiens, il montre une nature tondre et aimante, et ne rougit point de chanter ses joies et ses tristesses. La note personnelle est chez lui d'une intimité discrète et touchante. Tantôt il s'égaie en de joyeuses ballades, et tantôt il est en proie à la tristesse et au découragement, rançon des iimes exquises. Et, lorsqu'il se plaint, nous savons bien quel est son mal, c'est le mal dos chimères, le supplice de ceux qui aiment trop vivement et trop de choses, de ceux qui ont trop rêvé.

Tout n'est pas également bon, il faut le dire, dans les recueils de M. Pierre de Houchaud. On y pourrait noter çà et là des faiblesses, des obscurités, des longueurs, des constructions embarrassées et quelques impropriétés. Ce ne sont là que des taches légères cependant. Et puis maintenant que je viens de relire quelquesunes de ces poésies, je ne me sens plus le cœur

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