‹ Querelles de philosophes: Voltaire et J.-J. RousseauChapitre 112 sur 334 · l-^ partie, chapitre vi · texte numérisé non relu

l-^ partie, chapitre vi

ques indications dans la correspondance des affaires étrangères; M. de Montpéroux aurait reçu des instruo lions précises, l'affaire aurait laissé quelque trace. Or ce n'est pas le cas. Les lettres adressées de Versailles au résident de France ne contiennent pas la moindre allusion aux fâcheuses aventures de Rousseau, et le résident n'est même pas avisé de ce qui s'est passé à Paris. Montpéroux, comme c'est son devoir, se borne à prévenir M. de Ghoiseul de ce qui a été décidé à Genève cl des mesures prises par le Conseil.

11 est vrai que le Magnifique Conseil chargea M. Sellon, résident de la république de Genève à Paris, d'informer le duc de Ghoiseul du jugement prononcé contre Rousseau cl de lui dire « que le Conseil a vu avec beaucoup de déplaisir, qu'un homme qui se dit citoyen de Genève, et qui, dans l'espace de quarante ans, n'y a séjourné que quelques semaines, a élé assez téméraire pour oser composer des ouvrages si dangereux* » ; il est vrai que le 11 juillet M. Sellon félicitait le Magnifique Conseil, au nom du duc de Ghoiseul, de la condamnation prononcée contre Rousseau'. Mais qu'en faut-il conclure? Que la France l'avait exigée? Nous ne le croyons pas.

Genève, par des raisons toutes personnelles, ayant imité la ligne de conduite du parlement de Paris, crut

\. Affaires étrangères, Genève, 1762.

*i. Extraits des registres du Conseil.

3. Chaque fois qu'à Genève on brûlait un ouvrage condamné en France, le Conseil recevait les félicitations de la France. C'est ce qui eat lieu en particulier au moment de l'exécution du Dictionnaire philosophique.

devoir en tirer vanité et s'en faire un tilre auprès du gouvernement français. Il est bien évident qu'à Versailles on ne pouvait qu'approuver ces rigueurs. Mais de là à les imposer il y a loin.

Dans les Confessions j Rousseau fait allusion à l'influence de Choiseul, mais il s'arrête peu à celte idée cl c'est Voltaire et Tronchin qu'il accuse de tous ses malheurs. Le reproche est-il mérité? Est-il vrai que, par un acharnement sans exemple et indigne d'un philosophe. Voltaire ail fait chasser de Genève son rival inforluné?

Certes, s'il faut en croire la correspondance de Rousseau, le doule n'est pas possible : « 11 est vrai, écrit-il à Mme de Boufllers, que le crédit de M. de Voltaire à Genève a beaucoup contribué à cette violence et à celte précipitation. C'est à l'instigation de M. de Voltaire qu'on y a vengé contre moi la cause de Dieu* . » Le '21 juillet c'est à la maréchale de Luxembourg qu'il confie le nom de ses persécuteurs : « Du reste, c'est le polichinelle Voltaire et le compère Tronchin qui, tout doucement el derrière la toile, ont mis en jeu toutes les autres marionnettes de Genève et de Berne'. »

Philosophes el dévols, parait-il, se sont raccommodés pour le poursuivre; mais les dévols lui font la guerre ouvertement, tondis que les philosophes, lisez Voltaire et Tronchin, gémissent tout haut sur son sort et s'acharnent sur lui en secret. Ainsi, il n'en faut pas dou-

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