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TOLTAIRC ET J,-J, EOCSSEAF tî5
ter, et toul Paris en est iTÎsè. Rousseau est h \ictane de Yollaîre el de Tronchin. « Leur activité fut sans exemple. dit-îL il ne tint pas à eux qu'on ne inV»tat le feu el Feau dans TEurope entière* qu'il ne me restât pas une terre pour lit« pas une pierre pour chevet. »
Tronctiin« à la Téritê« ne dissimulait pas son opposition. Il était très religieux* il faisait partie de raristocratio« sa famille remplissait les plus hautes charges de TÊtat* ces raisons sufCsaient pour qu'après V Emile el le Contrai social, il se montrât hostile à Jean*Jacques. De plus, étant Genevois, il avait le droit, au même titre que tous les autres citoyens, d'apprécier ce qui convenait ou ne convenait pas à sa patrie. Les œuvivs du philosophe lui parurent dangereuses pour Genève, de nature à perdre les mœurs et la religion des citoyens, il le dit et l'on ne pouvait l'en blâmer.
Jean-Jacques aurait dû être plus équitable. Il avait trouvé très naturel et très utile d'attaquer Voltaire pendant des années et de soulever conti^e lui Tanimosite d'une grande partie des citoyens, sous prétexte qu'il corrompait Genève; aujourd'hui, par un juste retour des choses de ce monde, l'argument se retourne contre lui et c'est lui qui passe pour jn^rvcrtir la cité sainte; des citoyens prudents le disent, et Jean-Jacques crie à la persécution? de quel droit?
N'était-ce pas un devoir pour Tronchin de pn)léger ses concitoyens? Du reste son opposition resta dans les bornes les plus modérées; il se contenta de soutenir une opinion qui était générale dans Taristocralie cl
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dans le clergé, et si Rousseau s'en prit particulièrement à lui, c'est qu'il prêta à son ancien ami, par suite de leur rupture, des motifs de haine qui assurément n'existaient pas.
L'accusation contre Voltaire a encore moins de raison d'être. C'est une fable enfantée par un esprit jaloux et malade. Rousseau aurait pu avec autant de vraisemblance le rendre responsable du décret du parlement de Paris; s'étant acharné contre Voltaire pendant des années, il s'imagina que le philosophe se vengeait de lui : comme il ne pouvait supporter l'idée de se retrouver à Genève tant que son ennemi serait à Ferncy, il crut que la réciproque était vraie, et que si on l'expulsait de sa patrie, ce ne pouvait être qu'à l'instigation de l'homme qu'il détestait.
Était-ce vraisemblable? Voltaire pouvait-il redouter son voisinage? Ne lui avait-il pas à plusieurs reprises offert un asile chez lui? N'avait-il pas des armes assez puissantes pour ne craindre aucune attaque? N'habitait il pas hors du territoire de Genève? En admettant que le rôle prêté à Voltaire fût vrai, comment supposer que Moultou, qui vivait à Genève, n'en ait pas été instruit sur-le-champ? Il n'en dit pas un mot dans sa correspondance.
Cette accusation contre le patriarche est injuste et absurde. Certes il n'aimait pas Rousseau depuis les attaques persistantes et venimeuses qui avaient fini par troubler son repos et ses plaisirs, mais avoir comploté secrètement la perte de son ennemi, l'avoir frappé
par derrière bassement et lâchement, c'est là un rôle odieux qu'on a prêté gi*atuitemenl à Voltaire et dont il n'était pas capable. L'eûl-il voulu, il n'aurait certainement pas eu l'influence nécessaire pour arriver à. ses fins. Le Conseil se trouvait-il à sa dévotion? Ne voyaitil pas lui-même périodiquement ses ouvrages brûlés par la main du bourreau, à la requête de ce même Conseil? S'il possédait tant de crédit, n'aurait-il pas sauvé des flammes quelques-unes de ses productions?
Mais la raison qui, à nos yeux, prouve peremptoi rement sa complète innocence, c'est ce qui se passa par la suite. En 1762, le patriarche est l'ami de l'aristocratie^ et il est détesté de la bourgeoisie qui soutient énergiquement Rousseau. Admettons qu^à cette époque le Conseil ait cédé à ses instances en poursuivant VÉmile : Voltaire aurait eu la responsabilité des dissensions intestines qui pendant plusieurs années troublèrent gravement la paix de la république.
Or, en 1764, au moment où la crise tournait à l'étal aigu, le châtelain de Ferney se brouilla avec l'aristocratie et soutint la bourgeoisie de ses conseils et de sa plume. L'aristocratie ne lui pardonna jamais d'être passé à l'ennemi. Si le rôle de Voltaire en 1762 avait été celui que lui prête Rousseau, le Conseil ne lui aurait-il pas en 1764 amèrement reproché et son rôle passé et sa défection ; ne lui aurait-il pas dit : « C'est vous qui avez fait poursuivre l'auteur de VÉmile^ tous les maux qui en résultent sont votre œuvre, et vous nous abandonnez ! »
Comment supposer qu'à ce moment le Conseil n*eût pas dévoilé à la bourgeoisie Tindigne conduite de son nouvel ami, comment n'eûl-il pas livré des lettres compromettantes, confondu le traître et l'imposteur! C'était là une vengeance facile, et le châtelain de Ferney ne s'y serait certainement pas exposé si sa conscience n'eût pas été en repos.
On n'a jamais voulu reconnaître les causes très simples, très naturelles, très humaines, de la rigueur exercée par le Magnifique Conseil contre Jean-Jacques. Elles sont faciles à établir. Les ouvrages du philosophe portaient en eux-mêmes leur propre condamnation, et il n'était besoin ni de l'influence de la France, ni de celle de Voltaire, pour les faire mettre au pilori. Le Discours sttr rinégalité avait déjà éveillé bien des susceptibilités; quand la Nouvelle Héloïse parut, le livre fut défendu, il échappa avec peine à un châtiment plus sévère, et cependant ces deux ouvrages circulaient librement en France. Dans un pays aussi scrupuleux au point de vue religieux que la ville de Calvin, on ne pouvait tolérer contre la religion établie des attaques comme celles que contenait VÉmile. Mlle de Bondeli n'écrit-elle pas :
« Je suis trop fâchcc contre Rousseau, non à cause du livre en lui-même, mais parce qu'il a poussé sa sottise au point de dire des choses qui le priveront partout, où il sera connu, d*un asile, même en Hollande. Pour Genève, il n'en est plus question, le livre y a été brûlé, et le clergé y excommunierait jusqu'à son cordonnier. On prétend que dans sa
dernière maladie il s'est repenti araôreraent de sa sotlise, mais le livre était déju publiée »
Mais la question religieuse ne fut pas la seule en Jeu.
Le pouvoir à Genève se trouvait concentre entre les mains d'une aristocratie jalouse qui le détenait depuis de longues années et qui entendait le conserver : loucher à ses prérogatives lui semblait criminel, et Ton comprend aisément qu'elle se montrât impitoyable pour ceux qui voulaient y porter atteinte. Les théories politiques exposées par Jean-Jacques parurent aux magistrats d'autant plus dangereuses, qu'elles causèrent plus d'enthousiasme dans les rangs du peuple et de la bourgeoisie; ils comprirent quel adversaire ils allaient trouver sur leur route et ils firent tous leurs efforts pour le tenir à dislance. Les lettres de Moultou ne laissent pas de doute sur ce sentiment.
<( Le Conseil a défendu le Contrat social^ écrit-il à Rousseau, il a fait examiner Emile dont tous les exemplaires
sont sous le scellé; nos bourgeois n*en disent pas moins que ce Contrat social est Tarsenal de la liberté, et tandis qu*un petit nombre jette feu et flamme, la multitude
triomphe*
« ... La cause secrète de la rigueur de votre jugement à été, n'endoutez pas, le désir de vous éloigner de votre patrie ; on vous y craint, vous êtes trop libre, et Ton a peur que nous ne voulions Tétre autant que vous. On souhaiterait que vous ne fussiez pas notre concitoyen, et soyez sûr qu'on fera