‹ Querelles de philosophes: Voltaire et J.-J. RousseauChapitre 118 sur 334 · I. 1702. luéJifc · texte numérisé non relu

I. 1702. luéJifc

Uranie nous enseigna à persécuter un Rousseau, mais je n'aurai pas honte seule; comme je suis informée de toute raffaire et qu*on ne se doute pas que la véritable chaîne en puisse être connue, j'en ferai usage pour confusionner mou prochain \ »

Mlle de Bondeli tint sa promesse et fît si bien usage de ses renseignements pour confusionner son prochain, que trois mois après Mlle Curchod lui écrivait :

(( Vous vous êtes fait ici des amis et des ennemis, vous avez écrit tous les détails de la conduite de Voltaire vis-à-vis de Rousseau, H. Houltou Va su et Ta publié avec tout Tempressèment imaginable. Partisan de Rousseau jusqu'à l'enthousiasme, il a usé son esprit et son corps à justifier ou à pallier les fautes du Citoyen ^ »

Ainsi c'est par Mlle de Bondeli, qui habite Kœnitz, que Moultou, résidant à Genève, et vivant dans Tintimité des Conseils, apprend toutes les machinations de Voltaire. N'est-ce pas étrange et d'une rare invraisemblance? ce qui n'empêche pas Moultou de regarder comme article de foi tous les détails qu'on lui donne et de les répandre à l'envi.

Mais ce n'est pas seulement à Genève que Voltaire passe pour un des principaux instigateurs des rigueurs exercées contre Rousseau ; à Paris la même opinion s'est accréditée. D'Alembert, assez mécontent des bruits qui circulent sur son ami, lui écrit pour l'en prévenir et le prémunir contre les tendances qu'il peut

i. Kœnitz, 7 juillet 1762. Julie von Bondeli, 2. Octobre 17G2. — Julie von Bondeli.

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avoir à se venger d'anciennes injures. Il lui dit très sensément :

(( Les amis de Rousseau (non plus de Rousseau le poète, mais de Rousseau de Genève) répandent ici que vous le persécutez, que vous Tavez fait chasser de Berne, et que vous travaillez à le faire chasser de Neufciiâtel. Je suis persuadé qu'il n*cn est rien, et que malgré les torts que Rousseau peut avoir avec vous, vous né voudriez pas Técraser à terre. Je me souviens d'un beau vers de Sémiramis :

La pitié, dont la voix,

Alors ({u'on est veiigé, fait entendre ses lois.

« Souvenez-vous d'ailleurs que si Rousseau est persécuté, c'est pour avoir jetô des pierres, cl d'assez bonnes pierres, à celte infâme que vous voudriez voir écrasée; et qui fait le refrain de toutes vos lettres, comme la destruction de Carthage était le refrain de tous les discours de Galon au sénaP. Rousseau ressemble à cet homme des fables d'Ésope, qui donnait des soufflets aux passants, et à qui on conseilla pour son malheur, d'aller souffleter aussi un sot accrédité qui se trouva sur son chemin, et qui lui fit payer les soufflets pour lui et pour les autres passants.- Hais il ne faut pas que la pliilosophie, tout insultée qu'elle est par lui, puisse être accusée d'avoir contribué ou même d'insulter à son malheur'. ))

Exaspéré de ces bruits, qui le harcèlent de tous côtés,

1. Voltaire écrivait à d'Alcnibcrt le 0 décembre 1757 : « Je fais comme CaUm, je finis toujoui^ ma liaranjcue en disant : Deleatur Carthago.... U ne faut que cimi ou six philosophes qui s'entendent jHiur renverser le colosse. Il ne siv/it pas d'emiièclier nos laquais d'aller à la messe ou au prêche; il s'agit d'arriicher les i)ères de famille à la tyrannie des imposteurs et d'inspirer l'esprit de tolérance. »

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