Inédite
nous le savons, était de dire qu'il avait trouvé un asile sur le territoire de Genève. Cette assertion le mettait hors de lui. C'est elle qu'il relève avec le plus de colère et d'indignation dans sa réponse au colonel Pictet.
(( Je supplie H. le colonel Pictet de vouloir bien faire mieux informer; je ne suis point venu chercher un asile dans la république de Genève, je n*y ai pris une maison de campagne que pour ma santé; tout le monde sait que j*allais aux bains d'Aix, que M. le professeur Tronchin me les déconseilla et entreprit ma guérison. Je ne suis ici que comme tant d*autres étrangers que la réputation et la science de M. le docteur Troncfiin y attirent. J'ai acquis des terres dans le pays de Gex, parce que j*ai du bien dans les provinces voisines. Je pouvais suivre mon goût pour Tagriculture et pour la retraite dans d'autres terres en France, puisque le roi m'a toujours conservé la charge de gentilhomme ordinaire et m'a gratifié d'une pension depuis que je suis ici»
« Il ne tenait qu*à moi de retourner auprès du roi de Prusse qui m'a fait l'honneur de m'écrire plusieurs fois, mais je ne l'ai pas voulu et je ne l'ai pas dû. J'ai toujours vécu dans la retraite et je n'ai couché à Genève que deux fois depuis huit années. Je n'ai vu qu*une seule fois en ma vie le sieur Jean-Jacques Rousseau et je suis si éloigné d'être son ennemi que je lui fis offrir il y a quelques années une de mes maisons pour rétablir sa santé. Je n*ai point lu ses deux derniers livres, j'en parcourus un à la hâte ayant des occupations plus pressées qui demandent tout mon temps. 11 est impossible qu'on ait pu prendre dans mon château de Ferney la résolution de condamner le sieur Rousseau, puisque j'habite depuis trois mois les Délices où j'ai été malade à la mort.
n y ai été assez heureux pour rendre quelques services à des citoyens de Genève auprès du ministère de France; voilà toute ma faction. Je respecte tellement le Conseil de Genève que je n'ai parlé à aucun de ses membres du sieur Housseau ni de ses livres, cela ne convient pas à un étranger. Je ne sais que révérer le Conseil et ses décisions et je ne m'informe jamais de ce qui se passe à Genève. H est faux que j*aie jamais rien écrit contre la religion chrétienne, j'ai toujours recommandé la Heligion et la Tolérance. Je suis très persuadé qu*un aussi honnête homme que M. Pictet, à la famille de qui je suis très attaché, sera fûché de m'avoir rendu si peu de justice.
<( Je l'assure de mes respectueux sentiments ^ »
Kn môme temps qu'il écrivait à M. Pictet, le patriarche adressait aussi au Magnifique Conseil une solennelle protestation contre les accusations dont il était l'objet. Maïs ses énergiques dénégations furent stériles : grâce aux récits propagés par Rousseali et ses partisans, on lui attribua dans le public tout l'odieux des poursuites, et l'on assura que c'était à Ferney qu'elles avaient été décidées.
« L'arrêt du Sénat n'est que trop vrai, écrit Mlle de Bondeli, et j'en suis doublement affligée, d'abord quant à Rousseau, et encore quant à ceux qui l'ont provoqué, ce sont mes amis, j'ai honte et d'autant plus honte, que leur vrai motif n'est pas cehii de la religion surprise, qui peut en quelques façons excuser les excès auxquels elle porte. Les premiers coups se sont portés à Genève par la cabale de Ferney, cette cabale a influé jusqu'à Berne; je crève de honte en pensant que l'auteur de la Pucelle, de Candide, et de VEpUre à