A Voltaire, 31 juillet
« Us remplirent leur Mercure d'inepties et du plus plat cafardage* », écrit Jean-Jacques'; ils firent tant et si bien, que le magistrat municipal défendit Y Emile ^ la classe des ministres le déféra; le conseil d'État allait prendre des mesures contre la personne même de Fauteur, mais Milord Maréchal, qui n'était pSs homme à s'embarrasser des clameurs des orthodoxes, intervint cl déclara que les ordres du roi étaient qu'on laissât le philosophe tranquille; il fallut s'incliner.
Le ministre chargé de la paroisse de Motiers était un certain M. de MontmoUin. C'est : c< Un homme assez gai dans la société, dit Jean-Jacques, qui ne manque pas d'esprit, qui fait quelquefois d'assez bons sermons et souvent de fort bons contes^. » Dès son arrivée dans la localité, Rousseau fut mis en rapports avec lui; le pasteur chercha d'abord à entrer en discussion, mais il fut arrêté net par cette phrase péremptoire : « J'ai répété dans cent endroits de mes ouvrages que je ne disputerais point. J'ai dit ce que j'ai dit après y avoir longtemps pensé. »
Cette attitude superbe devait être de peu de durée. Fatigué de ces luîtes, de ces pérégrinations incessantes, inquiet de l'avenir et craignant que la protection de Milord Maréchal ne fût pas toujours suffisamment eflîcace, désireux surtout de donner à ses partisans de