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% Inédite. Bibliothèque de Neuchfttel, Nss.
tO VOLTAIRE ET [i.-i. ROUSSEAU
suscitait à Paris, le philosophe partit pour la Prusse où depuis plusieurs années Frédéric cherchait à l'attirer.
LcDiêcours sur les sciences et les arts plut par son excentricité même. « Il prend tout par-dessus les nues, écrivait Diderot, il n'y a pas d'exemple d'un succès pareil. » Tout le monde crut à une boutade d'un homme desprit; on fut enchanté de la satire, même ceux qu'elle ménageait le moins. Ce discours, en elTet, pouvait bien n'être qu'une fantaisie, mais l'auteur comprit vite le parti à tirer d'une attitude étrange et qui étonnait ses contemporains. A peine l'Académie de Dijon lui a-t-elle décerné le prix, que Rousseau forme la résolution « de rompre brusquement en visière aux maximes de son siècle. » Dès lors il y a dans sa vie un changement absolu, et celle époque marque le point de départ de la voie dans laquelle il va s'engager de plus en plus.
Aujourd'hui il a attaqué les lettres et les arts, pour lesquels ses contemporains ont un véritable culte; demain, au milieu de la société la plus raffinée, il fera l'apologie de l'état sauvage ; bientôt il entreprendra la réforme même du siècle : usages, habitudes, mœurs mêmes, il voudra tout changer, tout modifier. Du jour où il a goûté du paradoxe, il s'en fait l'apôtre passionné. Tant qu'il est resté inconnu, il a vécu comme tout le monde et il s'est conformé aux usages de son époque sans s'en étonner ni s'en choquer le moindrement; à peine rcmarque-t-on chez lui de loin
en loin quelques singularités'. Dès que sa réputation commence à grandir, la tète lui tourne.
Soit qu'il subisse une influence de nature irrésistible, soit que le succès de son discours Tait giûsé et qu'il ait cru arriver plus vite en se singularisant à cette réputation qu'il enviait si passionnément, il prend le contre-pied de tout ce qui existe dans la société où il vit, il se pose en moderne Diogène.
« Je commençai, dit-il, ma réforme par ma parure; je quittai la dorure et les bas blancs; je pris une perruque ronde', je posai Tépée; je vendis ma montre en me disant avec une joie incroyable : Grâce au ciel, je n*aurai plus besoin de savoir Tlieure qu*il est'. »
Si Jean-Jacques avait compté pour les exploiter sur la sottise et la niaiserie de ses contemporains, il n'eut pas lieu d'être mécontent. Son discours avait fait grand bruit; sa misanthropie affectée, son prétendu mépris pour le jugement des hommes, eurent encore un bien plus vif succès. Des qu'on le vit faire parade de cynisme, mépriser la politesse, fouler aux pieds toutes les bienséances, il devint l'homme à la mode, l'objet de la curiosité la plus impatiente.
1. Nous citerons par exemple son bizarre entrelien avec la courtisane de Venise.
2. Galiani prétendait qu'il était douteux qu'on pût avoir du génie en portant perruque, en frisant ses cheveux et en les enfermant dans une bourse. Il attribuait à cet usage noire infériorité à l'égard des anciens . HItons-nous d'ajouter que Galiani, comme tous ses contemporains, portait perruqae.