avril
VOLTAIRE ET J.-J. IlOUSSEAU 263
fui grande et il reprocha durcracut à ses concitoyens leur mollesse et leur inaction :
« Kt ces imbéciles, bourgeois, écrivait-il, qui regardent tout cela du haut de leur gloire, comme si cela ne les intéressait point, et, au lieu de réclamer hautement contre la violation des lois, s*amusent à vouloir me faire dire mon catéchisme, et à se demander ce que je ferai tandis qu'ils demeurent les bras croisés, que me veulent-ils? Je ne saurais le comprendre. Je croyais que les Genevois étaient des hommes, et ce ne sont que des caillettes. Dans Tétat où je suis, ennuyé de tout, et surtout de la vie, le repos et la paix sont les seuls biens que je puisse goûter encore. Voulez-vous que j*y renonce pour aller chercher des corrections, des leçons, des réprimandes et de nouveaux affronts, parmi des gens que je méprise? Oh ! par ma foi, non*. »
Puisque les Genevois manquaient ainsi à leur devoir, et paraissaient si peu se soucier de le posséder, Rousseau prit le parti de renoncer avec éclat à son droit de bourgeoisie. « Ils sont si sots et si rogues, disait-il, que le bien môme ne m'intéresserait désormais de leur part gucres plus que le mal. On ne tient plus guèros aux gens qu'on méprise*. » Moultou le suppliait de ne rien précipiter, dans l'espoir que sa Lettre produirait à la fin l'effet désiré; il lui offrait même d'aller le chercher à Métiers, et de le ramener à Genève pour le mettre à la léte de ses partisans.
Dans le même temps, où il s'efforçait de le détourner