Inédit, Mémoires de Coruuaud
puis, il en avait envoyé une copie à Moultou. Moultou montra la leltre à De Luc et ce dernier, après l'avoir copiée, la publia partout*.
Celte conduite élait on ne peut plus blâmable, autant valait avouer que Ton voulait à tout prix bouleverser Genève. Aussi fut-elle soigneusement dissimulée, et Jean-Jacques laissa peser sur son correspondant tout Todieux de la publication.
Ce n'est pas tout. Moultou eut l'impudence de se rendre chez M. Chappuis, de lui dire qu'il courait dans Genève des copies de la leltre, qu'il les croyait tronquées, et il demanda à voir le texte original, comme s'il ne le connaissait pas'.
Cependant Chappuis, au désespoir, proclamait partout son innocence et jurait n'avoir point eu de part à la divulgation. Indigné du procédé de Jean-Jacques, car l'indiscrétion ne pouvait venir que de son coté, il lui écrivit pour lui faire part de la visite qu'il venait de recevoir et en même temps lui reprocher d'avoir donné copie de la lettre.
Dès que Moultou fut avisé de cette démarche, il recommanda à son ami la plus grande prudence : « Gardezvous d'avouer, lui dit-il, que vous avez envoyé une copie à Genève, éludez la question, ne répondez pas aux reproches, mais marquez fortement que vous ne voulez
1. Ce n'est pas une supposition : Moultou n'écrit-il pas : « De Luc a eu tort de répandre la lettre à Chappuis, mais le mal n'est pas grand. » L'aveu est formel.