mars 1763. Streckeisen-Moiiltoii
Jean-Jacques répond aussitôt :
i( M. de Voltaire vous a paru m'aimcr, parce qu'il sait que vous m'aimez; soyez persuadé qu'avec les gens de son parti, il tient un autre langage. Cet habile comédien, dolis instructus et arte pelasgâ, sait changer de ton, selon les gens h qui il a affaire. Quoi qu'il en soit, si jamais il arrive qu'il revienne sincèrement, j'ai déjà les bras ouverts; car de toutes les vertus chrétiennes l'oubli des injures est, je vous jure, celle qui me coûte le moins. Point d'avances, ce serait une lâcheté; mais comptez que je serai toujours prêt à répondre aux siennes d'une manière dont il sera content. Partez de là, si jamais il vous en reparle. Je sais que vous ne voulez pas me compromettre, et vous savez, je crois, que vous pourrez répondre de votre ami en toute chose honnête. Les manœuvres de M. de Voltaire, qui ont tant d'approbateurs à Genève, ne sont pas vues du môme œil à Paris; elles y ont soulevé tout le monde et balancé le bon effet de la protection des Calas. Il est certain que ce qu'il peut faire de mieux pour sa gloire, est de se raccommoder avec moi^ »
Avec d'aussi bonnes dispositions de part et d'autre, on pouvait croire que la négociation ne souffrirait pas de difficultés. Puisque, de toutes les vertus chrétiennes, Foubli des injures était celle que Jean-Jacques pratiquait le plus volontiers, on devait espérer qu'il ne garderait pas trop rancune de tous les mauvais procédés qu'il avait eus pour Voltaire, et cependant les premiers pourparlers n'eurent pas de suite.
Les visites de Moultou à Ferney eurent le don