juin
mença à changer un peu d'opinion sur ce philosophe qu'auparavant il détestait. Passionnés tous deux pour cette œuvre généreuse, ils se trouvèrent mis en rapports; Moultou à regret, animé de préventions instinctives, n'osant se livrer; Voltaire, au contraire, le cœur ouvert, plein d'élan, déployant d'autant plus de charme et de séduction qu'il connaissait l'intimité de Moultou et de Rousseau et qu'à tout prix il voulait séduire le pasteur. C'est un peu ce qui arriva. Moultou s'apprivoisa si bien que peu de temps après il reçut les confidences du patriarche; il fut chargé de transmettre à Motiers le regret qu'on, éprouvait à Ferney de cette fâcheuse inimitié et le désir qu'on y caressait de nouer des relations plus cordiales.
C'est à la suite d'une de ces entrevues que le pasteur écrivit à Jean-Jacques :
« .... Je vous parlerai aussi beaucoup de Voltaire; il a une passion extrême de se réconcilier avec vous; je ne comprends rien à cela. Quelles sont ses vues? Est-il de bonne foi? Je vous jure que je m'y perds.... Je le vis deux fois, et il ne me parla point de vous, mais il y a trois jours qu*il me fit dire qu*il était malade, qu'il avait à me parler, qu'il ne pouvait venir chez moi : je crus qu'il s'agissait des Calas, il ne me parla que de vous. Je n'ai pas le temps de vous dire cette conversation, je vous la rendrai à Motiers, mais je vous jure que je n'y comprends rien, c'est un comédien bien habile, j'aurais juré qu'il vous aimait*. »