mars 1764. Bosscha, Amsterdam
protestant, descendant d'émigrés, nouvellement rentré dans la religion de ses pères, ne s'cst-il pas, avec le zèle d'un néophyte, posé comme le champion de ses coreligionnaires opprimés? C'était là un beau rôle, qui lui eût fait honneur! s'il le laissa à son ennemi, ce ne fut pas faute cependant de sollicitations. Dès 1761, un certain M. Ribotte^ commis dans un magasin de Montauban, lui écrivait pour lui faire part de l'arrestation de M. Rochelte, ministre de l'Église, et le prier d'écrire en faveur des protestants; mais il avait la maladresse de faire intervenir Voltaire, ce qui ne put que nuire à sa supplique :
(( Vous qui avez fait un si beau projet d'une paix perpétuelle pour les royaumes, écrivait Ribotte, vous devriez en faire un pour les conciences : peut-ôtre le ministère serait plus tolérant.... M. de Voltaire pourrait encore parler pour nous.... Je lis avec un plaisir infmi vos ouvrages.... J*aime aussi infiniment ceux de H. de Voltaire.... J'ai eu Thonneur d'écrire à M. de Voltaire pour qu'il ait la bonté de s'intéresser pour nous ^... »
Jean-Jacques resta sourd aux supplications de ces infortunés. Le pasteur Rochette fut exécuté, * et trois gentilshommes verriers du comté de Foix subirent le même sort pour avoir simplement voulu le sauver.
En 1764, les protestants firent de nouveau appel à Rousseau, mais sans plus de succès.
i. Bulletin de la Société de V Histoire du protestantisme français, tome IV, p. 544.
Le philosophe écrivit à M. de Pourtalès qui s'était fait l'interprète de leurs supplications* :
« Je n*avais pas attendu les exhortations des protestants de France pour réclamer contre les mauvais traitements qu'ils essuient; ma lettre à Mgr Tarchevôque de Paris porte un témoignage assez éclatant du vif intérêt que je prends à leurs peines. Quel gré m'en ont-ils su? L'on dirait que cette lettre, qui a ramené tant de catholiques, n*a fait qu'achever d'aliéner les protestants, et combien d'entre eux ont osé m'en faire un nouveau crime! Gomment voulez-vous, Monsieur, que je prenne avec succès leur défense, lorsque j'ai moi-même à me défendre de leurs outrages? Opprimé, persécuté, poursuivi chez eux de toutes parts comme un scélérat, je les ai vus tous réunis pour achever de m'accabler. Si je continuais à plaider leur cause, ne me demanderait-on pas de quoi je me môle? Ne jugerait-on pas qu'apparemment je suis un de ces braves qu'on fait combattre à coups de bâtons?
« Vous avez bonne grâce à venir nous prêcher la tolérance, « me dirait- on : tandis que vos gens se montrent plus intolé- « rants que nous, votre propre histoire dément vos principes, « et prouve que les réformés, doux, peut-être quand ils sont « faibles, sont très violents sitôt qu'ils sont les plus forts. (( Les uns vous décrètent, les autres vous bannissent, les « autres vous reçoivent en rechignant. Cependant, vous vouii lez que nous les traitions sur des maximes de douceur « qu'ils n'ont pas eux-mêmes ! Non, puisqu'ils persécutent, ils « doivent être persécutés; c'est la loi de l'Évangile qui a veut qu'on fasse à chacun comme il fait aux autres. Croyezt nous, ne vous mêlez plus de leurs affaires, car ce ne sont