‹ Querelles de philosophes: Voltaire et J.-J. RousseauChapitre 165 sur 334 · Inédite · texte numérisé non relu

Inédite

Il ne suffisait pas que Rousseau éprouvât pour Voltaire la plus vive antipathie, des âmes charitables ne manquaient pas à l'occasion d'cxcifer l'un contre l'autre les deux philosophes.

En 1765, Jean Lefranc de Pompignan*, évoque du Puy en Velay, publie Ylhstruction pastorale, qui s'attaque à tous les philosophes, mais Voltaire et Rousseau sont plus particulièrement visés*. L'auteur s'ingénie à irriter le patriarche, en le traitant comme un adversaire sans conséquence alors qu'il regarde Jean-Jacques comme un homme de premier talent et bien plus dangereux. « Voltaire, dit à peu près l'évêque, n'est qu'un poète, il fait assurément de beaux vers, mais il n'a ni force dans les raisonnements, ni enchaînement dans les idées. Qu'il est loin de la profondeur de Jean-Jacques ! » On peut deviner facilement l'agréable impression qu'éprouva le châtelain de Ferney à la lecture de ce parallèle.

L'évêque se montre encore plein de modération, vis-à-vis d'un homme aussi respectable que Rousseau et qui a si vite et si bien dit leur fait aux vrais philosophes : « Le fameux J.-J. Rousseau, écrit-il avec onction, mérite une exception particulière parmi les modernes ennemis du christianisme. Il connaît mieux que personne les prétendus philosophes de nos jours; et c'est

1. C'était le frère de Simon Lefranc de Pompignan, célèbre par ses démêlés avec Voltaire.

2. Rousseau pour son Emile ej Voltaire à propos de son poème sur la Religion naturelle.

sans doute parce qu'il les a trop bien connus, qu'il ne veut avoir de commun ayec eux, ni le nom qu'ils affectent, ni les principes qu'ils débitent. »

Jean-Jacques, de son côté, extrêmement flattéd'être glorifié aux dépens de son ennemi, se confond en éloges sur le prélat : « De tous mes antagonistes, le plus modéré, celui que je respecte le plus, c'est monsieur Tévéque du Puy; voilà du moins un homme qui parle sincèrement. Il expose presque toujours mes sentiments avec toute la fidélité possible ; quoiqu'il ne m'ait pas compris partout, j'ai été véritablement édifié de sa charité et de sa bonne foi*. » Et il est tellement enthousiasmé de Vinstruclion pastorale^ qu'il écrit à Rey pour l'engager à imprimer cet écrit, l'assurant qu'il en trouvera facilement le débit^

Voltaire riposta par les Lettres d'un Quaker aux malices de M. de Pompignan.

Peu de temps auparavant le patriarche avait publié à propos des Calas son Traité sur la Tolérance. Ses efforls persévérants en faveur de celte famille injustement frappée lui conquirent beaucoup de sympathies : « Il s'est si bien conduit dans toute cette affaire, écrit Mlle de Bondeli, que depuis lors il s'est réconcilié avec tout Genève. »

* On peut s'élonner que Uousseau ait laissé à Voltaire le soin de prendre la défense des protestants de France, dont le sort était si misérable. Comment lui,

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