‹ Querelles de philosophes: Voltaire et J.-J. RousseauChapitre 175 sur 334 · A Duchesnc, 25 décembre · texte numérisé non relu

A Duchesnc, 25 décembre

4. C'est d'après un original peint par Latour que Duchesne fit la ^a* ▼ure. C'est la seconde fois que I^atour faisait le portrait du philosophe et le lui donnait. Le premier avait été offert au maréchal de Luxembourg. « Ce monument de votre amitié, de votre générosité, de vos rares talents, écrivait Rousseau à Tartiste, occupe une place digne de la main dont il est sorti. J'en destine au second une plus humble, mais dont le même sentiment a fait choix. Il ne me quittera point, Monsieur, ce

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Le déguisement de Rousseau ne fut pas inutile au point de vue de ses succès auprès du beau sexe. Une dame, qui le vit à son arrivée à Motiers, lui trouva alors <c la figure des plus communes, la physionomie triviale quoique avec un beau teint et de très beaux yeux noirs presque foudroyants, et le ton sérieux et timide. » Elle le revit à dîner chez Mylord Maréchal. Cette fois il portait le costume arménien. D'abord elle ne le reconnut pas. Mais laissons Mlle de Bondeli raconter elle-même ce curieux repas :

« La robe donna des grâces à sa flgure, le turban à sa physionomie, ses yeux faisaient le double d^effet. « C*est Saint- Preux, c'est sûrement Saint-Preux lui-môme, dit-elle. » A table il parla des fabriques d'indienne de la Comté et des horlogeries des montagnes qui laissaient les terres incultes; on lui répondit, que par contre cela apportait de Targent au pays; à ce mot d*argent le diable fut aux marionnettes! a Vous aurez de Tor, vous vous roulerez sur l'or et vous crèverez tous de faim! » Puis il gronda, cria et gesticula d'une étrange façon; Tinutilité de l'or et la simplicité des mœurs furent ses thèses; dans sa colère, il dit de si plaisantes choses sur les mœurs du temps et surtout sur celles des femmes, qu'ils riaient tous comme des fous, tout en convenant qu'il avait raison. Mme St.... quoique fort contente de lui, a cependant été heurtée par son habillement, elle penche pour cette dernière opinion, parce qu'il lui sied

admirable portrait, qui me rend en quelque façon l'original respectable, n sera sous mes yeux chaque jour de ma vie, il parlera sans cesse à mon cœur, il sera transmis après moi dans ma famille, et ce qui me flitte le plus dans cette idée, est qu*on s'y souTicndra toujours de notre amitié. » 14 octobre 1704. in/dt7«. Catalog. d'autog.)

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(aie) admirablement bien, il n*en allégua d^autres raisons que la commodité. J*en suppose une quatrième . qu*il ne pouvait dire à des femmes ^ »

Rousseau recevait de ses enthousiasles de Genève des visites assez fréquentes qui apportaient une agréable diversion à sa solitude : les De Luc, Moultou, d'Ivernois* vinrent à plusieurs reprises passer quelques jours avec lui. Plus tard, méconnaissant comme toujours Taffection et le dévouement de ses amis, il a parlé de ces visites comme d'une charge odieuse qui lui élait imposée :

« Les De Luc père et fils me choisirent successivement pour leur garde-malade : le père tomba malade en route; le fils Tétait en partant de Genève; tous deux vinrent se rétablir chez moi^. »

D'ivernois, qui fut pour Jean-Jacques Tami le plus sûr et le plus dévoué, a encore été moins bien traité; Uousscau, qui recourait sans cesse à ses bons offices fut, il est vrai, touché d'un zèle que rien ne pouvait lasser, et il lui écrivit de Moliers des lettres où débordaient la tendresse et la reconnaissance, mais il s'est bien vengé de cette faiblesse en laissant dans les Confessions cet agréable portrait de son ami :

a Ce M. d'Ivernois passait à Métiers deux fois Tan, tout exprès pour m'y venir voir, restait chez moi du matin au soir plusieurs jours de suite, se mettait de mes promenades,

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