Julie von Bondeli
inait, et je partageais bien son goiit ; apprêtée supérieurement, et dans ce genre simple, il n*est pas possible de faire mieux que Mlle Levasseur; c^étaient de succulents légumes, des gigots de moutons, nourris dans le vallon de thym et de serpolet, d*un fumet admirable, et parfaitement rôtis. L*Âreuse nous fournissait des truites saumonées dont elle abonde, et, dans la saison, je n*ai mangé à aucune table de Paris des cailles et des bécasses comparables à celles qu*on nous apportait; c'étaient des pelotons de graisse! Nous ne buvions que des vins du pays, mais ceux de Cortaillod, dans les bonnes années, sont aussi bons que les meilleurs vins de Bourgogne.
« La conversation était vive, animée; elle roulait sur toutes sortes de sujets; rien de suivi, souvent des dissertations sur les plats qu'on nous servait et sur les qualités de chaque mets, dignes de figurer dans la gastronomie, ou d'être inscrits au rocher de Cancale. Mlle Levasseur paraissait de temps en temps, rompait le (éte-à-téte; Rousseau s'égayait à ses dépens, quelquefois aux miens, mais je lui rendais ; je faisais compliment à Mlle Levasseur sur son diner ; ce qui m'étonne, c'est que, malgré mes invitations, jamais il n'a voulu permettre qu'elle se mît à table avec nous. Il était à son aise et fort gai.... Le soir, dans l'été, c'étaient des promenades dans les bois des environs. Dans les beaux clairs de lune, il se plaisait sur les bords de l'Âreuse à chanter des duos; nous avions toujours bon nombre d'auditeurs, surtout les jeunes filles du village qui ne manquaient pas de venir nous écouter*. »
Pendant la belle saison, ils faisaient de fréquentes
excursions dans les environs pour herboriser, ils mar-
chaient des jours entiers, et couchaient sur le sommet