‹ Querelles de philosophes: Voltaire et J.-J. RousseauChapitre 194 sur 334 · Inédite, Souvenirs de Cornuaud · texte numérisé non relu

Inédite, Souvenirs de Cornuaud

VOLTAIRE ET J.-J. ROUSSEAU 3à5

d'Alembert d'intéressants détails sur l'état des esprits :

(( Le dernier ouvrage de Rousseau, écrivait-il, a mis le feu aux quatre coins de la ville; les tranquilles Genevois sont tous devenus fous; tous s'imaginent avoir perdu leur liberté; ils la cherchent, ils s'inquiètent et ressemblent assez à celui qui demandait son chapeau qu'il avait sur la tète; nous autres Français qui marchons tête nue, leur chapeau nous crève les yeux; nous avons beau le leur dire, ils ne veulent pas entendre et cherchent toujours. Mais cette querelle politique serait une bagatelle, si la religion n'était venue Tenvenimer. Rousseau a voulu ôler les miracles à Jésus-Christ, et le tout pour son bien, à ce qu'il dit, car ces miracles lui donnent tout l'air d'un mauvais charlatan, qui jouait auxfoires de Galilée. Les autres charlatans de la clique ont jeté ici les hauts cris, et tous ces hommes, nourris de l'Évangile, ne vomissent que des invectives. Ils ont précisément imité le beau tour de gibecière qui consiste à manger des ctoupes pour rendre des flammes et de la fumée ; le pauvre Rousseau en est tout couvert à présenta »

La bourgeoisie, surexcitée par les déclamations de Rousseau, songeait en effet aux mesures les plus violentes.

(( Nous avons, dans ce moment-ci, mande Voltaire au marquis de Fraignc, une petite esquisse à Genève de ce qu'on nomme liberté, qui me fait aimer passionnément mes chaînes. La République est dans une combustion violente. Le peuple, qui se croit le souverain, veut culbuter le pauvre petit gouvernement, qui assurément mérite

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