Grimm. Correspondance UUéraire, 1*' janvier
VOLTAIRE ET J.-J. ROUSSEAi: 507
seconde. Évidcmnent Grimm n'a pas inventé raventure, il dit la tenir d'un témoin oculaire, et Thistoire a couru à cette époque. Mais, malgré la faiblesse persistante de Voltaire à l'égard de Jean-Jacques, il nous parait impossible qu'il pût avoir des sentiments généreux vis-à-vis d'un homme qui se faisait délateur, sans souci des risques que cette dénonciation pouvait faire courir à son ennemi.
Voltaire est bien plus dans son rôle et dans la vraisemblance quand il dit à M. Bordes :
« Ah! Monsieur, vous voyez bien que Jean-Jacques ressemble h un philosophe comme un singe ressemble à rhomme ; il me paraît que ses livres et lui ont été reconnus sous le masque. On est revenu de ses sophisnies, et sa personne est en horreur à tous les honnêtes gens qui ont approfondi son caractère. Quel philosophe qu'un brouillon et qu'un délateur I
« Abandonnons ce malheureux à son opprobre. Les philosophes ne le comptent point parmi leurs frères. »
Le patriarche, dans sa correspondance, revient sans cesse sur ce sujet; on voit à quel point il a ressenti l'outrage, combien il y a été sensible :
(( Ce petit magot de Rousseau a écrit un gros livre contre le gouvernement et son livre enchante la moitié de la ville. 11 dit, en termes formels, qu'il faut avoir perdu le bon sens pour croire les miracles de Jésus-Christ; malheureusement il m'a fourré là très mal à propos. 11 dit au Conseil que j'ai fait le Sermon des cinquante. Ahl Jean-JacqueS;
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cela n est pas d*un piiilosophc : il est infâme d'éire délateur, il est abominable de dénoncer son confrère et de calomnier aussi injustement!...
« Vous m'avez incendié, dit-il; incendiez donc aussi « mon confrère : j'ai fait mal, mais il a fait pis. » Ce n'est pas ainsi, ce me semble, que Socrate parlait aux Athéniens. Je vois que le grand défaut de Jean-Jacques est d'èlre enragé contre le genre humain : il a là une bien vilaine passion ^ »
Il raccusail en même temps d'avoir, pour le compromettre plus sûrement, fait imprimer en Hollande chez Rey le Sermon des cinquante^ et quelques autres brochures sous ce litre général : Collection complète des œuvres de M. de Voltaire.
Rey, en effet, avait bien imprimé ces brochui*es, mais rien ne prouve que ce fût a Tinsligation de Rousseau. Voltaire réclama, et le libraire écrivit à Jean-Jacques celte lettre singulière :
« .... On dil que M. de Voltaire crie et braille comme un enragé au sujet de ces deux ouvrages, il m'écrit une lettre au sujet du second dont j'ai vendu quelques exemplaires; j'en suis Aîché, nous sommes exposés à de pareils inconvénients, je n'y ai réfléchi qu'après coup, ce qui me rendra plus circonspect par la suite, mais je ne comprends pas pourquoi il s'est adressé à moi, je lui ai répondu que ne sachant à qui m'adresser pour savoir qui a imprimé cet ouvrage je ne pouvais lui être d'aucune utilité. Cet homme est, je crois, le plus fourbe qu'il y ait sous la voûte des