‹ Querelles de philosophes: Voltaire et J.-J. RousseauChapitre 211 sur 334 · Lettres sur l'hisloi»'e de la terre · texte numérisé non relu

Lettres sur l'hisloi»'e de la terre

VOLTAIRE ET J.-J. KOl'SSEAl 383

lilKîIle pouvait bien venir de Ferney set on le dit à Rousseau, qui aussitôt accusa Vernes de diffamer Voltaire pour se disculper.

Comment pouvait-on s'y tromper?

« Quel est rhommc assez dépourvu de goût et de sens, écrit Jean-Jacques, pour attribuer de pareils écrits à M. de Voltaire, à la plume la plus élégante de sou siècle? M. de Voltaire aurait-il employé six pages d'une pièce qui en contient huit à parler des ministres de Genève et à tracasser sur Torthodoxic? m*aurait-il reproché d'avoir mêlé l'irréligion h mes romans? m'aurait-il accusé d'avoir voulu brouiller des pasteurs? aurait-il dit qu'il n'est pas permis d'étaler des poisons sans offrir l'antidote? aurait-il affecté de mettre les auteurs dramatiques si fort au-dessous des savants? aurait-il fait si grand'peur aux Genevois d'appeler les étrangers pour juger leurs différends? aurait-il écrit quinze cent, faire cent indéclinable étant une des fautes de langue particulières aux Genevois? M. de Voltaire sait que les libelles sont un moyen maladroit de nuire; il en connaît de plus sûrs que celui-là*. »

Et cependant Voltaire était bien Tautcur du Scnlimeni des citoyens,

i. <i Tout c«; que jo puis vous dire, mon cher pliilosophe, écrivait Gabriel Cramer à Grimm, qui avait tout de suite deviné lauteur, c'est que depuis que je me connais, je n'ai rien vu, ri^n lu, ni ouï parler de rien qui m'ait autant déplu, dégoûlé, repoussé que l'infâme jjclit libelle dont vous vous plaidez. l\ a été très ])eu répandu ici, il a révolté, et je crois qu«' personn»^ n'a ou le même soupçon que vous ; j'ai été deux ou trois fois à Ferney depuis layiparition de cette vilenie, je n'en ai pas ouï parler, et je n'ai rien dit ; je n'en pense rien non plus, faites de même el ren>oyez votre idée sur cela le plus loin (jue vous pourrez. » (Sayous, Dix-huitième siècle à Vétrangvr.)

*2. Uéclaration relative à M. Vernes.

II n'y a pas le moindre doule. Wagnière Ta reconnu*, et il a donné pour excuse à celte violence de polémique la dénonciation dont le patriaiche avait été l'objet dans les Lettres de la montagne.

Ce qui: nous étonne, c'est que Rousseau se soit ainsi mépris, c'est qu'il ait supposé que son attaque pouvait rester sans réponse, c'est qu'il h'ait pas immédiatement reconnu la main qui le frappait si durement.

Pendant que le malheureux pasteur se débattait contre les imputations de Rousseau, Voltaire, paisiblement installé à Ferney, contemplait son œuvre, et se réjouissait « des effets de cette pomme de discorde entre un déiste et un croyant* ».

Quels que fussent les torts réels, persistants de Rousseau, on ne peut approuver les violences de polémique de Voltaire. De ce qu'on a affaire à un délateur, il ne s'ensuit pas qu'on doive devenir délateur soi-même.

Ce qu'on peut dire à l'excuse du philosophe de Ferney, c'est que depuis dix ans Jean-Jacques s'est toujours t jouvé sur sa roule, c'est que depuis dix ans, sans motifs, .sans raison, il n'a cessé de le provoquer en toutes circonstances. Enfin, pour venger des griefs imaginaires, il le dénonce aux tribunaux séculiers. Cette fois, c'en est trop.

A une attaque injustifiable le patriarche exaspéré, à . bout de patience, répond avec ses armes; il a jusqu'ici tout pardonné, tout excusé, il ne pardonnera pas

i. Mémoires.

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