‹ Querelles de philosophes: Voltaire et J.-J. RousseauChapitre 214 sur 334 · Inédile, Genève, 26 septembre 1704. Affaires étrangères · texte numérisé non relu

Inédile, Genève, 26 septembre 1704. Affaires étrangères

VOLTAIRE BT J.-J. ROUSSEAU 589

tentés de se livrer à de pareils ouvrages, lorsqu*ils auraient perdu Tespoir de les publier impunément dans cette République ^ ))

Le Dictionnaire causa encore plus d'indignation en France qu'à Genève.

M. de Montpéroux, sans égard pour de bonnes el anciennes relations, eut la malencontreuse idée d'écrire à Choiseul que le philosophe de Ferney passait pour l'auteur de cet ouvrage. Il faut dire à l'excuse du diplomate qu'il s'élait marié récemment et plus récemment encore avait été frappé d'une attaque d'apoplexie. C'est à ces deux événements que Voltaire attribua aussitôt le trouble d'esprit qui, sans aucun doute, avait saisi Montpéroux : comment un homme dans son bon sens aurait-il pu accuser le patriarche d'une œuvre aussi impie que le Dictionnaire! Il paraît même que ce trouble d'esprit fut suivi d'une perte de mémoire, car le résident, qui avait emprunté quelque argent au seigneur patriarche, négligea de rembourser sa dette.

Mais l'affirmation de Montpéroux eut les plus fâcheux résultats. Le roi en fut averti et il prononça cette phrase, bien menaçante pour l'hôte de Ferney : « Estce qu'on ne peut faire taire cet homme? »

Toutes les lettres de Paris présentaient la situation à Voltaire comme des plus dangereuses, et ses amis lui conseillaient de songer à sa sûreté. Il était question

i. Inédite, Affaires étran^rcs.

de rarraclior de Fcrney et de renfermer à la Bastille pour le reste de ses joui^.

(( Le roi est trop juste et trop bon, écrivait le patriarche alarmé, pour me condanmer sur des calomnies aussi frivoles, qui renaissent tous les jours, et pour vouloir accabler, sur une accusation aussi vague et aussi fausse, un vieillard chargé d*infirmités^ »

En môme temps, il usait de tous les moyens pour tâcher de détourner Forage. Il poussait môme le zèle jusqu'à écrire à M. de Sartines, et il lui dénonçait le portatif comme un écrit des plus pernicieux.

Tous ses amis étaient mis en réquisition pour nier à Tenvi qu'il en fût l'auteur :

(( Ce recueil est de plusieurs mains, mande-t-il à d*Alembcrt, comme vous vous en serez aisément aperçu. Je ne sais par quelle fureur on s*obstine à m*en croire Tauteur. Le plus grand service que vous puissiez me rendre est de bien assurer, sur votre part du paradis, que je n*ai nulle part à cette œuvre d'enfer'. »

Un mois plus tard, ses inquiétudes n'étaient pas moins vives et il répondait à d'Alembert, qui s'élonnail d'une alarme aussi chaude :

(( Vous me demandez pourquoi je m'inquiète tant sur un livre au.]uel je n*ai nulle part : c'est qu'on me Tattribue; c'est que, par ordre du roi, le procureur général prépare teciuellement un réquisitoire; c'est qu'à l'âge de soixante ot onze ans, malade, et presque aveugle, je suis prêt à essuyer

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