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losophique portatif y sans nom d'auteur; il est colporté et vendu clandestinement. Il n'en est pas moins lu, au contraire. L'auteur est bien vite reconnu :
« J'ai parcouru de Toeil, écrit Bonnet, ce Dictionnaire philosophique, le plus détestable de tous les , livres du pestilentiel auteur. 11 n*a lu VÉcriture que pour la mêler à son arsenic. Il s'elTorce de la déguiser ou de la détruire; il redouble ses efforts à mesure qu'il vieillit; c'est qu'elle est pour sa conscience ce que l'arsenic est pour les intestins. ))
Le scandale fut grand à Genève, et le portatif naturellement n'échappa pas aux flammes. Le résident de France en avisa le duc de Ghoiseul.
« Le Dictionnaire philosophique a fait tant de bruit ici, et la bourgeoisie a marqué tant d'indignation contre cet ouvrage, que le Conseil n'a pu se dispenser de le condanmer hier, comme téméraire, impie, scandaleux, destructif de la révélation. En conséquence de ce jugement, le Dictionnaire fut lacéré et brûlé par l'exécuteur de la Haute-Justice, devant la porte de l'hôtel de ville*. »
Le duc de Ghoiseul répond aussitôt :
(( 11 serait à désirer que le Conseil de Genève usât plus souvent de la sévérité avec laquelle il a traité le Dictionnaire philosophique. S'il était plus attentif à réprimer la licence de la presse, il viendrait beaucoup moins de mauvais livres dans le royaume, et les auteurs français seraient moins