avril 1765. (Friti Berthoud
4i6 VOLTAIRE ET J.-J. ROUSSEAU
ser d'un voisin aussi dangereux et aussi turbulent que Tautcur d'Emile. « Il serait à souhaiter, écrivait Sarazin, qu'il cherchât un domicile fort éloigné de vous et de nous; votre tranquillité et la nôli*e s'en trouveraient bien*. »
Mais comment parvenir à éloigner Rousseau, protégé par les rescrits du roi? On exploita la passion religieuse. Désormais la lulte fut circonscrite entre l'autorité séculière et le clergé; chacun y mit son amour-propre; si le gouvernement avait la force et la puissance apparentes, les pasteurs possédaient des armes bien autrement terribles.
« Ce qu'il y a de pis, écrivait H. Servan à d'Alembert, c'est que le Consistoire de Neufchâtel a pris aussi la cause de TÉvangile en main, il a cité Rousseau, on parle de l'excommunier formellement, les villageois de Hotiers- Travers sont terriblement prévenus, le sexe dévot surtout est effarouché au point que Rousseau écrivait dernièrement que pour avoir le sort d*Orphée, il n*avait qu'à sortir de sa maison; je crois que la fmesse de tout ceci consiste à le chasser du pays et b le contraindre de se retirer à Berlin. Je ne sais comment le roi de Prusse s'accommodera d*un homme qui ne veut ni opéra, ni guerre, ni rois' ».
Montmollin, poussé par ses collègues de Ncufchàlel, parla plusieurs fois en chaire contre les théories impies des Lettres de la montagne. A la suite de ces prédications, une assez vive excitation s*éleva contre le philo-
i. 22 mai 1765. (FriU BerUioud.)