Le comte d'Esjherny, Mélanges de littérature, tome IH
que sa vie était menacée et qu'il fallait fuir à tout prix.
Rousseau abandonna Métiers et ses habitants inhospitaliers dès le 8 septembre, le lendemain môme de l'attaque nocturne contre son domicile. C'est dans Tîle de Saint-Pierre, située sur le lac de Bienne, qu'il se réfugia ; il y reçut un accueil empressé, ce qui le déler"
mina à s'y établir.
Son séjour ne devait pas s'y prolonger. Apprenant
que le gouvernement de Berne songeait à prendre des mesures contre lui, il demanda à être considéré comme un prisonnier perpétuel et il donna sa parole de ne plus toucher une plume. Tout fut inutile, et on lui enjoignit de quitter l'Ile dans les vingt-qualre heures. Il partit pour Strasbourg, où nous le retrouverons bientôt.
L'allégresse fut grande dans tout le clergé calviniste, quand on apprit le départ dcV Impie\ Le 12 janvier 1766, M. Sarazin écrivait à M. de MontmoUin :
(1 11 peut être que dans vos sermons vous ayez attaqué rincrédulité et blAmé les incrédules; cela était indispensable et tressage. Le peuple, déjà indisposé contre Rousseau, a pu, à cette occasion, augmenter sou indisposition et se porter aux insultes dont on s'est plaint. Il a eu tort en cela ; mais en ôtes-vous la cause et est-on responsable des suites fâcheuses parce qu'on défend la vérité? d'ailleurs on dit que c'est moins contre Rousseau que contre sa gouvernante que
1. Depuis les prédications do M. de llontmollin, Rousseau était désigné dans le pays sous le nom de Vlnipie et Thérèse de VInfâme,
le peuple était indisposé ; elle ue s'est jamais fait aimer de personne, loin de là I Grâces à Dieu, pour vous et pour nous, M. Rousseau est loin d*ici. »
En apprenant les faits scandaleux qui venaient de se passer à Motiers, Frédéric fit publier le rescrit suivant :
ce 11 est étonnant que dans un siècle aussi éclairé que le nôtre, le fanatisme ose encore lever Tétendard jusque dans des pays soumis à notre domination. Nous ne doutons pas k la vérité que la classe, éclairée par de meilleurs principes, ne désapprouve le zèle inconsidéré et amer de l'ecclésiastique qui vient de souffler le feu de la discorde à Motiers et ne reprenne sévèrement en lui une conduite aussi contraire à Tesprit de charité et de paix dont il devrait donner Texemple à ses paroissiens ^...
En réponse au rescrit royal, la vénérable classe de Neufchàtel s'empressa de décerner à M. de MontmoUin un certificat où elle glorifiait le zèle et Texactitude qu'il déployait dans Faccomplissement de ses devoirs, et où elle lui marquait son entière satisfaction*.
Non contents de ce démenti officiel infligé au roi, les pasieurs eurent l'audace de lui écrire pour se plaindre de l'ingérence du Conseil d'Élat de Neufchûtel dans des questions purement religieuses.
Mylord Maréchal, au courant de cette corrcspondanca. en prévenait Rousseau :