‹ Querelles de philosophes: Voltaire et J.-J. RousseauChapitre 239 sur 334 · IntfiUe · texte numérisé non relu

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lifier aux yeux du public de Paris. En réalité le bul. que poursuivait le patriarche était beaucoup plus important que sa rcliabilitalion à Paris ou sa réconciliation avec Rousseau, mais ce but il devait le cacher avec soin aux Conseils. D'Ivernois lui avait naïvement avoué les raisons qui éloignaient encore de Ferney quelques chefs delà bourgeoisie; ne fallait-il pas à tout prix lever ces derniers scrupules? Si Voltaire arrivait à prouver son innocence vis-à-vis de Rousseau, il devenait sans conteste le chef avéré des représentants et il pouvait jouer le rôle politique qu'il ambitionnait.

Comme on l'accusait d'avoir agi à Berne tout autant qu'à Genève, si ce n'est plus, grâce à son âme damnée, le « jésuite » Bertrand, le patriarche, qui ne regardait pas aux démarches pour sa justification, écrivit à M. de Freudenreich, banneret de Berno, pour lui demander également d'attester son innocence. Il en reçut cette affirmation catégorique ;

« Vous nfétonnez en m*apprenant qu'on ose vous soupçonner d'avoir contribué à faire sortir le sieur Rousseau des terres do L. L. E. E. Votre cœur généreux et bienfaisant doit vous mettre au-dessus de tout pareil soupçon, je ne conçois donc pas qu'on pousse l'effronterie jusqu'à . vous attribuer des sollicitations vis-à-vis de moi et de M. le ministre Bertrand. J'ai conservé toutes les lettres que vous m'avez fait l'honneur de m'écrire, je viens de les relire, je n'y ai trouvé ni trace ni indication quelconque relative au sieur Rousseau ou à son bannissement. M. le ministre Bertrand m'a montré toutes vos lettres, il n'y est jamais fait mention de Rousseau, ni directement ni indirectement.

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Bien plus, dans les conversations que j'ai eues avec M. Bertrand, il ne ni*a jamais témoigné qu'il souhaitait le bannissement dudit M. Rousseau, bien loin de nous avoir sollicités soit par commission soit autrement. Voilà, Monsieur, ce que j'ai l'honneur de vous déclarer sur mon honneur. Je suis véritablement affligé qu'on vous tracasse par des imputations si peu vraisemblables, et si contraires à votre caractère, et qu'on trouble le précieux loisir dont on devrait vous laisser jouir en paix. C'est du fond de mon cœur que je souhaite que vos joui*s soient prolongés, et qu'ils ne vous offrent que ce qui peut rendre la vie heureuse et remplir tous vos souhaits.

« C'est avec ces sentiments et le plus respectueux dévouement que j'ai l'honneur d'être, etc.^ "

Cette réponse était plus que satisfaisante. Nous n'avons pu retrouver celle de LuUin, mais il est évident qu'elle se borna à des généralités, car le patriarche fut fortement déçu en la recevant; il écrivit aussitôt au secrétaire d'État avec une raideur qui décelait sa colère :

« Vous verrez, Monsieur, que je dois être plus content de la lettre de M. le baron de Freudenreich (jue de la vôtre. J'envoie k Paris la copie dont j'ai l'honneur de vous dépécher la minute, je ne m'ingère point dans les affaires qui ne me regardent pas, mais je dois repousser les calomnies qui m'offensent et qui outragent vos seigneurs autant que moi-même. Si dans les premiers moments on m'avait aidé à détruire ces bruits dangereux qui ont irrité tant de citoyens, vous ne seriez pas où vous en êtes; on se conduisit alors très-mal

i. InMite. Archives de Genève, n«4890. 10 janvier 1766. Celte lettre a été citée en partie par H. Desnoireterres.

et on me devait plus d'égards. Vous savez que je dis toujours ce qtie je pense*. »

Faul-il en conclure que M. Lullin reconnaissait Tintervention de Voltaire dans la persécution ijui avait frappé Rousseau? Assurément non . Si le patriarche n'avait pas été innocent, eût-il jamais osé, dans les circonstances actuelles, solliciter le certificat du magnifique Conseil, au risque de recevoir un démenti public qui l'aurait rendu la risée de tous les partis? Mais il est évident que le Conseil ne fut pas dupe du prétexte de Voltaire, qu'il soupçonna les véritables motifs de sa démarche et qu'il ne voulut pas lui donner une arme qui ne pouvait qu'augmenter sa popularité parmi les représentants; il n'avait pas à se louer de lui depuis la naissance des troubles et il profita de la première occasion pour lui être désagréable.

D'Ivernois, à la suite de son entrevue de Ferney, crut la réconciliation entre les deux philosophes non seulement possible, mais si prochaine qu'il manda à Jean- Jacques :

« Kcrivez-moi, je vous prie, séparément, au sujet de Voltaire, et compreniez si par son moyen nous pouvions vous faire rentrer dans vos droits de citoyen quand môme vous ne seriez pas dans Tintention d'en venir jouir, vous comprenez, dis-je, qu'on aurait beau jeu pour instruire l'Europe de l'injustice du gouvernement envers vous. »

On pense comment fut accueillie une pareille propo-

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