‹ Querelles de philosophes: Voltaire et J.-J. RousseauChapitre 245 sur 334 · mars · texte numérisé non relu

mars

pourvu qu*il me fasse passer pour dupe. Je ris toujours de vos Parisiens, de ces esprits si subtils, de ces jolis faiseurs d'épigrammes, que leur Voltaire mène incessamment avec des contes de vieilles, qu'on ne ferait pas croire aux enfants. J'ose dire que ce Voltaire lui-même, avec tout son esprit, n*est qu'une bêle, un méchant très maladroit. Il me poursuit, il m'écrase, il me persécute, et peut-être me fera-t-il périr h la fin : grande merveille, avec cent mille livres de rente, tant d*amis puissants à la cour, et tant de si basses cajohries, contre un pauvre homme dans mon état! J'ose dire que si Voltaire, dans une situation pareille à la mienne, osait m'attaquer, et que je daignasse employer contre lui ses propres armes, il serait bientôt terrassé*.»

Une autre mésaventure eut encore le don de mettre Rousseau hors de lui et de lui prouver une fois de plus à quel point il était la victime du châtelain de Ferney.

Une certaine dame de B.... écrivit à Jean-Jacques pour lui demander quelques éclaircissements sur la religion. Ignorant sa résidence, elle eut Tidée, au moins fort étrange, d'envoyer la lettre à Voltaire, en le priant de la faire parvenir au destinataire. Le patriarche évidemment crut à une mystification, qui, il faut l'avouer, paraissait bien vraisemblable, il jeta la lettre au feu et envoya à Mme de B.... le Sermon des cinquante. Stupéfaite d'une pareille réponse, cette dame écrivit de nouveau à Rousseau, mais celte fois directement, pour lui raconter ce qui lui arrivait, et lui demander s'il était vraiment l'auteur de ce singulier envoi.

Page 1