‹ Querelles de philosophes: Voltaire et J.-J. RousseauChapitre 247 sur 334 · aoûli7GG · texte numérisé non relu

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VOLTAIRE ET J.-J. KOUSSEAU 451

giient! » Aucun secours n'ayant été donné, tout fut détruit.

Comme le bûtiment se trouvait dans une promenade, que personne n'y entrait et que les clefs étaient déposées dans un corps de garde voisin, on acquit bientôt la certitude que le feu avait été mis par malveillance.

Le lésidcnt de France se plaignit avec aigreur aux syndics de Thostilité que Ton témoignait aux sujets du roi* et il exigea une enquête sévère. Comme toutes les enquêtes celle-ci n'apprit rien, et les coupables restèrent impunis. Le dernier mot sur cette affaire paraît avoir été dit par Lesage :

« Vous aurez ouï dire, écrit-il au duc de la Rochefoucauld, que notre salle de spectacle a brûlé; que les représentants en ont paru bien aise, et qu'en conséquence on les soupçonnait d*en être les auteurs. A présent on sait mieux ce qui en est, et toutes les personnes de sang-froid en accusent la négligence de quelques beautés, tendres ou intéressées, qui y donnaient de fréquents rendez-vous avec des lumières ou des chaufferettes*. »

Voltaire, nous l'avons vu, avait longtemps caressé l'espoir de jouer un rôle prépondérant dans les troubles de Genève, et d'éteindre « l'incendie -allumé par Jean-Jacques ». Même après Tarrivée des seigneurs médiateurs, il voulut continuer ses tentatives de conciliation; on le voyait courant de l'aristocratie à la

i. Les comédiens étaient français*

2. Inédite, 11 février 1768. Bibliothèque de Genève. Corresp. de Lesage.

bourgeoisie, et réciproquement, un rameau d'olivier à la main; mais il lui arriva ce qui arrive toujours quand les esprits sont surexcités : ses bonnes intentions furent méconnues et les deux partis l'accusèrenl de trahison. Mécontent du peu de succès de son intervention, le philosophe se renferma dans son château de Ferney et on ne le revit plus à Genève. Les troubles ne furent apaisés qu'en 1768; ils se terminèrent par le triomphe complet de la bourgeoisie*.

1. On pourrait en conclure que Rousseau avait donne un fort bon conseil à £es concitoyens en les soulevant contre l'arislocralie. Il ne nous appartient pas d'apprécier si l'abaissement des Conseils fut ou non profitable à Genève.

(JTAPITRE XIX

Sommaire : Rousseau à Strasbourg. — David Iluino. — Lollrc O'Horaco Walpole. — Rousseau en Angleterre. — Départ pour VVootlon. — Premiers soupçons contre llimic.

Que devint Rousseau après sa fuite de Bieiinc?

Il en partit le 29 octobre 1765 et il se rendit par BcUe à Strasbourg, où il arriva le 4 novembre. Son projet était toujours d'aller en Prusse, à Berlin, persuadé que Frédéric, non seulement lui accorderait l'hospitalité, mais encore le comblerait d'honneurs.

Voltaire ne partageait pas cet optimisme.

(( Luc^ méprise beaucoup Jean-Jacques, mandait-il à d'Alembert; il lui a donné quelque protection à NeufchAlel; non pas pour le favoriser, mais pour mortifier la canaille des prédicants; ils l'ont lapidé comme saint Etienne, mais

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