Surnom que Voltaire donnait à Frédéric
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si le pauvre diable va à Berlin, il y sera traité comme un garçon de boutique de Genève qui a besoin d*asile, ou je suis fort trompé. Jean-Jacques est un fou qui a des demitalents, avec cela on va droit à Thôpital après avoir passé par les Petites-Maisons. Que vous réparez bien le tort que ce polisson a fait à la philosophie M »
Mme de Yerdelin, la fidèle dévote de Rousseau, se rencontrait avec le patriarche pour désapprouver ce voyage à Berlin et en mal augurer. « Une très forte raison devrait suffire à vous en éloigner, écrivait-elle à son ami, c*est Taccueil indistinct qu*on y fait à tout homme de lettres : fripon ou honnête, tout est fêté, pourvu qu*il soit subjugué et qu*ii loue le maitre. » En même temps elle insistait pour qu'il acceptât les offres généreuses que Thistorien anglais David Hume* lui faisait depuis plusieurs années et qu*il venait de renouveler à la première nouvelle du désastre de Motiers.
Rousseau et Hume avaient été mis en relations dès 1762 par la comtesse de Boufflers, qui, croyant, non sans raison, que le philosophe serait plus tranquille eu Angleterre que partout ailleurs, lui avait vivement conseillé de s'y retirer. Hume, sollicité par elle, avait aussitôt adressé à Rousseau une lettre des plus honnêtes, où, en lui faisant ses offres de service, il l'assurait que
1. Inédite, A d'Alcinbcrt, 2 déceiubre 17C5. Extrait du Temps du 31 juillet 1884.
2. Hume, auteur de Y Histoire d^ Angleterre, né à Edimbourg en 1711, mort pn 1770. Il a écrit des ouvrages pliilosopbiqncs d'une grande liardiesse.
« depuis la mort de Montesquieu, il était de tous les hommes de lettres celui qu'il respectait le plus, tant par la force du génie que par Télèvation des sentiments. »
Jean-Jacques, charmé, lui répondit : a Je ne vous rendais que la moitié de ce qui vous était dû quand je n'avais pour vous que de Tadmiration. Vos grandes vues, votre étonnante impartialité, votre génie, vous élèveraient trop au-dessus des hommes, si votre bon cœur ne vous en rapprochait*. »
Mylord Maréchal aimait Hume et Testimait ; il en parlait sans cesse à Rousseau et tous deux caressaient Tespoir de finir leurs jours en Angleterre en compagnie de cet homme sage et vertueux : « Je ne puis renoncer à la douce espérance d'aller enfin passer le reste de ma vie en paix entre Georges Keith et David Hume. » mandait Rousseau à Mme de Latour le 17 juin 1763. Et Moultou, informé des projets du philosophe, lui disait : « Vous vivrez donc avec David Hume et le sage Keith ; il semble que la Providence, qui prévit vos malheurs, forma tout exprès ces deux hommes pour vous en consoler*. »
David remplissait à Paris les fonctions de secrétaire de lord Hertford, ambassadeur d'Angleterre : « La nature, dit lord Charlemont, n'a jamais formé un homme dont l'extérieur fût plus dissemblable de son caractère réel. Le plus habile physionomiste n'aurait