‹ Querelles de philosophes: Voltaire et J.-J. RousseauChapitre 281 sur 334 · Mme de Boufllers. appelée Vidole du Temple · texte numérisé non relu

Mme de Boufllers. appelée Vidole du Temple

VOLTAIUE ET J.-J. ROUSSEAU 501

me surprend pas» on lui aura imposé silence. On veut mettre une grande discrétion et une grande modération dans cette affaire. Le parti dont il résultera le plus de célébrité est celui qu*on prendra. Le paysan est un plus grand personnage que l'Arménien. L'Arménien sera abandonné, mais le paysan a eu le tort de ne pas écrire d'abord. On a été mécontente, on veut le lui faire sentir. Je voudrais que vous pussiez tirer de lui la confidence de la lettre que l'idole lui a écrite. C'est, ce dit-on, un chef-d'œuvre...*, o

Les amis de Rousseau lui firent remarquer combien ses accusations étaient contradictoires, combien il paraissait peu vraisemblable qu'un homme, après s'élre employé si activement pour lui, put le trahir, mais le philosophe s'embarrasse peu des objections, il a réponse à tout : « Il est vrai, ccrit-il à du Peyrou, que ces bienfaits et ces trahisons semblent s'accorder fort mal ensemble; tout cela s'accorde pourtant fort bien. Son plan était de me servir publiquement avec la plus grande ostentation, et de me diffamer en secret avec la plus grande adresse : ce dernier objet a été parfaitement rempli*. »

Mlle de Bondeli, malgré son enthousiasme pour l'auteur d*Émile, n'ose le disculper complètement,

« Votre jugement sur la querelle, écrit-elle à Zimmermann, est à peu près le mien. Je penche plus du côté de Rousseau par deux raisons : la première, que Hume ne dit pas un mot sur l'accusation des lettres interceptées ou

i. T) août 1766.

± 12 août 1766.

hO'2 YOLTAIUE ET J.-J. ROUSSEAT

ouvertes, et il aurait pu dire au moins que cette accusation ne méritait pas une réponse, mais ii fallait le dire: l'autre raison est que ce sont deux terribles amours-propres, qui se donnent en spectacle. Rousseau crie bobo dès qu*on Tapproclie, il s*aime avec une tendresse singulière, mais il y a à tout cela un caractère de candeur et de bonne foi qui le rend seulement ridicule; Tautreaen échange un amourpropre bien nourri, qui porte sur lui-même un caractère de réHexion et sur les autres de mépris, cela se sent, cela ne se démontre pas; les criailleries de Rousseau me font rire, le ton flegmatique de Hume m'indispose. Du reste, il est aisé de voir que Rousseau voulait être aimé et qu*il n*a été que protégé, qu'il voulait qu'on ménageât sa sensibilité et qu'on n'a voulu ménager que sa bourse. H en est de cela comme dans la romance de Tarquin et de Lucrèce, et le défaut de s'entendre fit le malheur de tous deux.

<i On imprime force choses en faveur de Rousseau, et Fréron se met à quatre pour prouver les menteries qu'on débite contre lui; c'est-à-dire qu'il prouve que les menteries sont des menteries; ce Don Quichotisme tient à sa haine contre Voltaire. A Londres on a fait une estampe qui montre Rousseau velu et nu comme un sauvage. Hume en fermier anglais l'attire avec un picotin d'avoine, Walpole lui met des cornes et une queue, Tronchin un emplâtre sur le dos, et Voltaire lui bal les jambes comme font les polissons avec un mouchoir noué et mouillé*. »•

Mlle de Bondeli a tort quand elle reproche à Hume de n'avoir pas réfuté « l'accusa lion des lettres interceptées. » Il y a des accusations qu'un homme honnête ne peut que mépriser. Ce n'était pas Hume que Rousseau

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