‹ Querelles de philosophes: Voltaire et J.-J. RousseauChapitre 280 sur 334 · I. Corresp. iUt., Grimm. Octobre · texte numérisé non relu

I. Corresp. iUt., Grimm. Octobre

« Peut-être auriez-vous pu, Madame, prendre pour vous un peu des leçons que vous me donnez, n*étre pas si facile à croire que je croyais si facilement aux trahisons, et vous dire pour moi une partie des choses que vous vouliez que je me disse pour M. Hume....

(( Vous vouliez que je consultasse les amis que j'ai en France : Quoi, Madame ! quand un homme vient entre quatre yeux m*enfoncer, à coups redoublés, un poignard dans le sein, il faut, avant d'oser lui dire qu'il me frappe, que j'aille demander à d'autres s'il m'a frappé!

(( Je vous suis obligé. Madame, des soins que vous voulez prendre pour ma défense, mais je ne les accepte pas : M. Hume a si bien jeté le masque, qu'à présent sa conduite parle et dit tout à qui ne veut pas s'aveugler; mais quand cela ne serait pas, je ne veux point qu'on me justifie,- parce que je n'ai pas besoin de justification, et je ne veux pas qu'on m'excuse, parce que cela est au-dessous de moi ; je souhaiterais seulement que, dans l'abîme de malheurs où je suis plongé, les personnes que j'honore m'écrivissent des lettres moins accablantes, afin que j'eusse au moins la consolation de conserver pour elles tous les sentiments qu'elles m'ont inspirés*, w

Si Mme de Boufflers désapprouva Rousseau, elle fut désolée de la précipitation avec laquelle Hume avait agi : « J'ose croire, lui écrivait-elle, que si vous eussiez été près de moi lorsque cette cruelle offense vous a été faite, elle vous eût inspiré plus de compassion que de colère^ » Et elle lui témoignait son blâme avec autant de délicatesse que d'élévation de pensées :

\. Le 30 août 176G.

i>. 20 juillet 1706.

5()0 \OLTAIUE ET J.-J. UOLSSEAU

(i Yolre douceur, voire bonté, l*indulgence que vous avez naturellement, font attendre et désirer de vous des efforts de modération qui passent le pouvoir des hommes ordinaires. Pourquoi se hâter de divulguer les premiers mouvements d'un cœur grièvement blessé que la raison n'a pu encore dompter? Pourquoi vous dérober la plus noble vengeance qu'on puisse prendre d'un ennemi, d'un ingrat, ou plutôt d'un malheureux que les passions et son humeur atrabilaire égarent (souffrez cet adoucissement) : celle de l'accabler de votre supériorité, de l'éblouir par l'éclat de celle vertu même qu'il veut méconnaître*? »

Bien loin de répondre avec aigreur à celte affectueuse réprimande, David remercia Mme de Boufllers : « Quoique vous me blâmiez avec quelque véhémence, lui dit-il, vous le faites d'une manière si amicale et si raisonnable que je baise le bâton qui me frappe, et (\ue je vous adresse mes sincères remerciements pour \os reproches'. »

Les lettres de Mme de Boufllers firent sensation; on en parla dans les coteries parisiennes, mais on n'en avait pas le texte. Mme du Deffand s'adressa à Walpole pour robtcnir, en ayant soin d'agrémenter sa prose de réflexions plus méchantes encore que malicieuses.

« Où prenez-vous que je ne condamne pas extrêmement Jean-Jacques? Je l'ai toujours si méprisé, que ce dernier trait ne m'a point surprise; c'est un coquin, c'est un fou. Mais je n'estime guère le paysan*. Sa réserve sur l'idole* ne

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