CHAPITRE
Sommaire : Article Genève de d'Âlembert. — Lctlre à d*Alemhert sur les spectacles, — Réponse de d'Aleml)ert. — Rousseau refuse de revenir dans sa patrie. — Corruption des mœurs h Genève.
Quand Voltaire fut établi aux Délices en 1755, son premier soin fut de vouloir y installer un théâtre. On s'explique aisément son goût passionné pour les spectacles, quand on se rappelle la situation vraiment bizarre dans laquelle il se trouvait placé: lui, le premier auteur dramatique de Tépoque; lui, dont les pièces formaient presque exclusivement tout le répertoire du Théâtre-Français, par suite de Tostracisme qui Téloignait de Paris, ne voyait jamais représenter ses œuvres. Comment les juger, les apprécier, les modifier suivant l'optique de la scène? Outre un amour-propre d'auteur bien naturel, on comprend donc le désir très vif de Voltaire de posséder un théâtre sur lequel
il pût essayer les productions de son génie. Mais les spectacles étaient rigoureusement interdits à Genève, les marionnettes mômes n'y étaient pas tolérées, et le poète se heurta à une résistance invincible de la part du Consistoire : s'il se soumit, ce ne fut pas sans regrets ni sans espoir d'un retour de fortune*.
D'Alembert vint aux Délices à la fin de 1755; Voltaire lui confia ses doléances, il se plaignit des vexations dont il était victime et de ce rigorisme exagéré qui transformait la cité de Calvin en une petite ville du seizième siècle. D'Alembert préparait l'article Genève qu'il destinait à V Encyclopédie; il fut convenu qu'il y glisserait un paragraphe sur le théâtre, paragraphe qui, sans nul doute, fut rédigé de concert aux Délices.
Pendant son séjour à Genève, l'encyclopédiste se trouva en relations fréquentes avec les pasteurs, et leurs entretiens roulèrent souvent sur la religion. Le clergé de Genève était renommé pour sa science et passait pour fort libéral ; bien loin de témoigner de l'aversion pour les philosophes, il acceptait volontiers avec eux des controverses sur des points religieux. C'est ainsi que les ministres de Genève traitèrent dans d'amicales conversations avec d'Alembert beaucoup de questions délicates et qu'ils se laissèrent vraisemblablement entraîner en paroles au delà de leur pensée.
L'article Genève parut en 1757. D'Alembert y louait sans réserves presque toutes les institutions de la llépu-