‹ Querelles de philosophes: Voltaire et J.-J. RousseauChapitre 298 sur 334 · biédile. Villers-CoUeieU,2i aoûl 17G · texte numérisé non relu

biédile. Villers-CoUeieU,2i aoûl 17G

à vouloir s'expatrier. Cet autre fou, J.-J. Rousseau, serait le plus coquin de tous les hommes s*il n'était pas le plus fou.... Cet homme est un charlatan de vertu, et je n*aime point les charlatans, et Thomme de Ferney est un fou. Celui qui a dit que Tesprit est un panache qui expose, tandis que le bon sens est un casque qui défend, a dit une chose très vraie. Ayons du bon sens, mon cher fils, et n'envions pas aux autres Tesr prit*. ))

Non content de la Lettre à PansophCy de la Lettre à Hume, des Notes, Voltaire, insatiable dans sa vengeance, écrivit en 1 767 la Guerre de Genève. Sous le prétexte de peindre dans un poème héroï-comique, comme le Lutrin, les dissensions de la petite République et de jeter le ridicule sur ses habitants, il composa contre Rousseau la satire la plus virulente.

Les héros du poème sont ce fameux Robert Covelle, « M. le Fornicaleur », et sa tendre amie, Mlle Ferboz. Le sujet n'est autre que les mésaventures des deux amants, la sentence prononcée par le Consistoire et le refus de Covelle de se soumettre à la génuflexion, refus qui provoque la guerre civile. Mais tous ces incidents ne sont là que pour la forme et n'ont à'autre but que d'amener ce portrait de Rousseau :

Dans un vallon fort bien nommé Travers, S'élève un mont, vrai séjour des hivers; Son front altier se perd dans les nuages, Ses fondements sont au creux des enfers ; Au pied du mont sont des antres sauvages,

t. Manuscrits Troncbin, 8 octobre 170t5.

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Au dieu du jour ignorés à jamais :

C'est de Rousseau le digne et noir palais.

Là se lapil ce sombre énergumène,

Cet ennemi de la nature humaine,

i'élri d'orgueil et dévoré de fiel ;

11 fuit le monde, et craint de voir le ciel :

El cependant sa triste et vilaine Ame

Du dieu d'amour a ressenti la flannne;

11 a trouvé, pour charmer son ennui,

Une beauté digne eu effet de lui.

C'était Caron, amoureux de Mégère.

Cette infernale et hideuse sorcière

Suit en tous lieux le magot ambulant,

Comme la chouette est jointe au chat-liuant.

L'infâme vieille avait pour nom Yachine,

C'est sa Circé, sa Didon, son Alcine.

L'aversion pour la terre et les cieux

Tient lieu d'amour à ce couple odieux.

Si quelquefois, dans leurs ardeurs secrètes.

Leurs os pointus joignent leurs deux squelettes

Dans leurs transports ils se pâment soudain

Du seul plaisir de nuire au genre humain.

Toutes ces lettres, tous ces libelles injurieux que les philosophes ou soi-disant tels se prodiguaient à Tenvi, amusaient inconleslablement le public, mais faisaient tort à la philosophie. Le poète Dorât*, trouvant que ces querelles intestines manquaient de dignité, voulut rappeler Voltaire et Rousseau au sentiment des con-

i. Dorât (Claude- Joseph) (1734-1780), poùlo assez connu par ses épif^ranimos et par les pièces noniltreusos qu'il a fait représenter.

VOLTAIUE ET J.-J. KOUSSEAli 531

vcnances et il écrivit un Avis aux Sages du siècle^ où il leur prêchait la modération.

Sages fameux, qu'allez-vous fîiire ?

Laissez les dogues d'Angleterre S'entre-niordre, se déchiier :

Vous sied-il d*amuscrla terre?

Vous êles faits ])Our Téclairer.

i) mes maîtres! ne donnez pas l/exemple de ces vils combats ijui font rougir chaque adversaire.

Pour Thonncur de Thumanité, Soyez unis, daignez m'en croire; Vous avez h célébrité, Il faut songer à votre gloire.

Soyez toujours nos bienfaiteurs; Et, plus dignes de nos hommages.

Achevez enfin par vos mœurs Ce (|u*ont ébauché vos ouvrages -.

A la lecture de cette [)ièce qui non seulement laissait planer sur ses mœurs un doule blessant, mais encore le mettait en parallèle avec Jeau-Jacques, Voltaire ressentit une vive indignation. Il connaissait le mar- <|uis de Pezay^, ami intime cl élève de Dorât; il lui écrivit aussitôt poui* se plaindre d'avoir été confondu

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