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2. Le prince de Cunti avait obtenu que l'un fermerait les yeux sur sa présence et que le Parlement ne le poursuivrait pas.
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quence. On peut « juger de sa positioa» lui qui iru jamais pu s'Iiabituer à la malveillance de personne! »
Ce n'est pas tout! Le concierge du château est atteint d'une hydropisie et son état s'aggrave. Rousseau compatissant lui envoie du vin, des confitures, du poisson. Le malade succombe. Aussitôt le philosophe se croit soupçonné d'un crime, il s'imagine qu'on l'accuse d'avoir empoisonné ce malheureux, il demande justice et veut à tout prix comparaître deviint le Parlement. On a toutes les peines du monde» à lui Taire abandonner ce projel.
Sur ces enlrefaites, du Pevrou vient rendre visite à son ami; par malechance il tombe malade, et dans le délire de la fièvre, hanlé par les récits dont son hôte ne cesse de l'entretenir, il repousse le breuvage que Jean-Jacques lui offre, en le disant empoisonné. C'est le dernier coup. Plus que jamais Rousseau se croit de la part de tous ceux qui l'entourent robjetdes plus affreux soupçons. « Tirez-moi de l'abîme d'iniquité où je suis plongé, écrit-il suppliant à Mme de Boufflers, faites-moi finir mes jours en paix. » La comlesse lui répond avec la plus affectueuse bonté; le prince de Conli accourt lui-même à Trie pour donner au fugitif un témoignage éclatant de sa protection, rien ne peut calmer ses terreurs. Au bout d'un an de séjour, arrivé au paroxysme de l'effroi et de l'affollement, il quitte subitement le château de Trie comme il a quitté Woolton; il se rend à Lyon; de là il gagne Chambéry, puis Bourgoing, où il arrive le 1(3 août 1768.
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C'est pendant son séjour à Bourgoing que Jean- Jacques épousa Thérèse Levasseur. Il est assez singulier qu'il n'ait songé à régulariser leur situation que le jour où depuis longtemps déjà- leurs relations étaient devenues purement fraternelles. Du reste, tout se passa le plus simplement du monde. Il n'y eut ni cérémonie religieuse, ni cérémonie civile, ni contrat, ni bénédiction imptialc. « Rousseau nomma simplement Thérèse sa femme en sortant de table et en présence de deux convives*. » 11 faut dire que Jean-Jacques étant protestant, aucune cérémonie ne lui était permise*.
« Mme Delessert aura pu vous dire, écrivait-il à M. X, que Mlle Uenou est devenue ma sœur Sarah et que je suis son frère Âbiaham. Si tous les mariages commençaient ainsi par un attachement de vingt-cinq ans confirmé par l'estime, ne pensez-vous pas qu'ils en seraient généralement plus unis^? »
Personne ne comprit cette singulière union ; on ne put s'expliquer pourquoi Rousseau donnait son nom à la créature qu'il traînait à sa suite depuis vingttrois ans. Ses amis, qui avaient appris à la connaître
1. D'Escheniy. O's deux témoins étaient M. de Champagneux, maire de Bourgoing, et M. de Hoziére, tous deux orûciers d'artillerie.
2. A cette époque les protestants qui voulaient se marier légitimement étaient obligés de se présenter devant l'Église catholique, démarche qui équivalait à une abjuration.
3. Inédite. Catalogue d'Autog. 2 septembre 1768. L'année suivante, c'est-à-dire en 1709, celte union, que rien n'élait venu troubler tant qu'elle avait été libre, subissait déjà les singulic^'s eflets du lien, bien fragile cependant, que le philosophe avait créé. Jean-Jacques soupçonna Thérèse de froideur, de défiance, et il lui proposa une rupture qui ne fut pas ucceptée.
et qui appréciaient à son prix sa valeur morale, fui-enl stupéfaits de celte détermination :
« Si Rousseau l'épouse pour légitimer des enfants, écrit Mlle de Bondeli, je ne puis que Tapprouver; il ne peut leur laisser que sou nom, et ce nom-là sera, je croîs, une plus forte recommandation dans vingt ans d*ici, qu'il ne l'a été jusqu*ici. Mais s*il n'a pas cette raison, c*est pure faiblesse, assujettissement, dépendance des soins de cette pei*sonne qu'il craindrait de perdre; dans ce cas-là je ne sais ce qu'il peut s'en promettre quand il aura satisfait son ambition. Peut-être aussi que c'est un principe d'honnêteté et de reconnaissance, que la Levasseur lui aurait fait valoir, son temps, ses soins, sa réputation altérée et son sort s*il venait à mourir sans lui laisser son nom*. »
Depuis sa fuite d'Angleterre, Rousseau s'occupait do terminer l'histoire de sa vie, qu'il avait commencée à Wootton :
« M. Hume me mande, écrivait d'Alembert à Voltaire, que ce pauvre fou travaille actuellement à ses mémoires dont le premier volume a été fait en Angleterre, et qui doivent en avoir treize ou quatorze (il ne me dit pas, si c'est in-folio on in-vingt-quatre) ; Y Histoire romaine n'en a pas tant. Il est vrai que ce qui regarde ce grand philosophe est absolument la nature entière pour lui, et je lui conseillerais d'intituler son bel ouvrage Histoire universelle ou Mémoires deJ.-J. Rousseau^, »
Son idée constante était qu'on voulait l'empêcher d'écrire ses Mémoires et qu'une ligue immense dont